PENDANT UNE SOIRÉE D'ORAGE
Les ombres de la nuit planent sur notre tête, Et l'œil cherche une étoile en vain ; On entend, au dehors, le bruit de la tempête
Qui déchire le ciel d’airain.
Le roseau se tourmente, et, sur sa vieille souche, En criant le chène se tord
Comme le moribond qui se tord sur sa couche Devant le spectre de la mort.
La pluie, avec fureur, bat l’humble toit de mousse Où je viens me réfugier ;
Et puis. de temps en temps, une affreuse secousse L’ébranle en le faisant crier.
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158 KÉVERIE.
Le vent fait des soupirs monotenes, funèbres, Comme les soupirs d'un damné ;
Nul oiseau n’a de vo, , hors l'oiseau des ténébres Qui crie et se cache étonné.
On entend quelquefois le pavé solitaire Retentir sous le bruit des pas ;
Puis soudain, de nouveau, tout commence à se taire : L’ouragan seul ne se tait pas.
Quand toute la nature autour de moi s’agite Dans ces rudes convulsions, Je me plais à rêver, et mon âme palpite ous le poids des émotions.
J'aime le vent qui pleure en brisant les feuillages, Les cris d’effroi des matelots ;
J'aime le Saint-Laurent qui jette à ses rivages La blanche écume de ses flots;
J'aime l'éclair brûlant qui déchire la nue Et brille comme un feu d'enfer ;
J'aime l’ombre des nuits, la forêt toute nue Comine aux jours sombres de l'hiver.
taire ,
RÊVERIE
Ces objets de tristesse ont un puissant langage ; Ils sont pour moi sans nulle horreur ; Ils sont un souvenir, une fidèle image Qui parlent à mon pauvre cœur.
Chaque flot qui gémit, chaque feuille qui tombe En s’en allant nous jette un mot.
C'est une voix qui dit : « L'homme est près de sa tombe : « Il vient et disparaît bientôt, »
Les arbres dépouillés que ronge la vieillesse, Les champs que l'automne a jaunis
Ont eu leur doux éclat, leur brillante jeunesse. Déjà leurs beaux jours sont finis !
Aux baisers du printemps j'ai vu les fleurs naissantes Livrer leur sein voluptueux ;
J'ai vu du jeune oiseau les ailes frémissantes Prendre un essor impétueux;
J'ai vu, comme des put nos fertiles campagnes
Bercer leurs flots de blonds épis; J'ai vu la marguerite émallant nos montagnes De sa neige et de ses rubis.