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Ils couraient à la forge où Basile, le soir, Bien souvent, les bras nus, le visage tout noir, Un tablier de cuir autour de la ceinture,
Sans crainte soulevait, avec une main sûre, D'un cheval hennissant le vigoureux sabot :
Pendant qu'auprès de lui, dans un feu de fagot Rougissait lentement un grand-cercle de roue, Comme un serpent de feu qui se tortille et joue Dans un brasier ardent allumé sous les bois.
À l’approche des nuits, l'automne, bien des fois, Quand le ciel était noir, et que la forge sombre Semblait vomir dehors des faminéches sans nombre, Par les carreaux de vitre et les ais du lambris,
Ils venaient regarder, avec des yeux surpris,
Le soufflet haletant qui ranimait la braise,
Et réchauffer leurs doigts en causant à leur aise. Quand on n’entendait plus le soufilet bourdonner, Ni sous le dur marteau l’enclume résonner,
Et que sous les charbons dormait la pâle flamme
En laissant l’atelier, sans malice dans l'âme,
Ils se disaient pareils aux prêtres du Seigneur
Qui viennent de chanter les matines au chœur. Souvent pendant l'hiver, tout palpitants de joie, Rapides comme l'aigle acharné sur sa proie,
L'un et l’autre ils glissaient dans un léger traîneau, Sur la neige argentant la pente du coteau ;
Souvent sur les «hevrons ou le toit de la grange
Ils montaient hardiment, cherchant la pierre étrange Que l’hirondelle apvorte à son nid, tous les ans, Quand elle l’a trouvée «a bord des océans,
Pour de ses chers petits dessiller la paupière. Heureux qui la trouvait cette étonnante pierre ! | Ainsi leurs premiers jours sans pleurs et sans ennuis, Comme un songe doré s'étaient bien vite enfuis !
1] è À lis n'étaient plus enfants à l’époque où se passe
16 D Le récit douloureux qu’il faut que je vous fasse.
| Gabriel était homme, il aimait Les travaux,
8, Forgeait avec son père et ferrait les chevaux.
'e Evangéline était une adorable femme—
ombre, Eilé avait de son sexe et les espoirs et l’âme ;
, On l'avait, dès longtemps, surnommée au canton :
« Le soleil d’'Eulalie, » à cause, disait-on, Qu'elle ferait régner par sa grande prudence,
se. Au foyer de l’époux la joie et l'abondance ; ner, Et que de beaux enfants au visage vermeil Naïîtraient de ses amours : ainsi que le soleil
e Qui brille le matin de la sainte Eulalie | s Féconde les vergers dont chaque rameau plie Sous le poids des fruits mûrs, veloutés, odorants,
N Comme un vieillard heureux sous le poids de ses ans. >.
neau De trange
Déjà l’on arrivait à ce temps de l’année Où le feuillagessec dort sur l'herbe fanée,
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\ ÉVANURLINK,
Où Lo solail tardif est pâle ot sans chaleur,
Où la nuit froide au pauvre apporte la douleur, Eu bandes réunis les oiseaux do passage,
Sous un ciel noir ot lourd, volaient, comme un nuage, Dos froides régions que Paquilon fétrit
Aux rivages riants où Pamandier fourit,
La lorût so tordait sous les vents de septembre Comme un joune coursier qui hennit et se cambre: Tout, alors, prôsagenit un hiver rigoureux, L'aboille avait gurdé tout son miel savoureux,
Et los coureurs des bois et les chasseurs sauvages Qui, dans un cas pareil, se prétendaient fort sages, Assurtiont que l'hiver serait dur et mauvais
Parce que les renards avaient le cuir épais.
Ainsi venait l'automne et les froids avec elle, Mais ce temps enchanteur, cette ds ue si belle Qu'on appelle au hameau l'été de la Toussaint Ranima le cœur triste et le soleil éteint :
Un éclat radieux portant aux rôveries Eluminait les airs, les bois et les prairies ; L'univers rayonnant et brillant de fraicheur, Semblait sortir des mains du sage Créateur,
Où eût dit que l'amour régnait dans tout le monde ; Que l'océan chantait pour endormir son onde ! Et des accents nouveaux, de magiques concerts Paraissaient s'élever des bourges et des déserts ! Des enfants qui jouaient les voix vives et nettes, Les refrains sénillants des luisantes girouettes,!
1, un nuage,
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ages ugos,
ÉVANGÉLINK,
Qui criaient dans Les airs, sur les toits des doujons, Los doux roucoulement des amoureux pigcons, Les plaintes de la brise et les battements d'ailes Dos oiseaux qui volaient au-dessus des tourelles, Tout n'était qu'harmonie, ivresse et pur amour | Tout semblait du printemps annoncer le retour ! Sur le bord de la mer et des hautes collines
Le soleil argentait les limpides bruines ;
L'océan était d'or: les arbres des forêts
Bercant, avec orgueil, les châtoyants reflets
De leur manteau safran, où pourpre, ou diaphane, Etincelaient de loin comme Îe fier platane,
Quand le Perse idolâtre orne ses verts rameaux De chiffons éelatants et de brillants joyaux.
l'out respirait La paix, Le calme et l'innocence : La nuit duns les vallons descendait en silence, Et l'étoile du soir étincelait encor,
Erisant Le ciel bleu de ses fllandres d'or.
Les troupeaux bondissants revinrent à l'étable Eu flairant du gazon le parfum délectable,
Eu respirant du soir l'agréable fraicheur.
Eu tôte des troupeaux, brillante de blancheur, Venait en s'ébattant une grasse génisse,
Celle d'Evangéline, avec son beau pee lisse, Sa clochette joyeuse et son joli collier.
Puis le pâtre revint à travers le hallier, Ramenant en chantant les brebis du rivage Où pour elle eroissait le meilleur pâturage.
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