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Près de [ui le gros chien au poil long et soyeux Fièrement trottinait d’un air libre et joyeux,
Et pressait les traîneurs qui restaient en arrière. Quand le jeune berger dormait sous la bruyère C'était lui qui gardait les timides agneaux,
Et la nuit quand les loups réunis en troupeaux, Dans les bois d’alentour hurlaient leurs cris de rage, Lui seul les protégeait par son noble courage. Quand la lune, plus tard, éclaira l'horizon,
Que sa molle lueur argenta le gazon,
Les chariots remplis d’un foin aromatique, Arrivèrent des champs à la grange rustique :
Sous leurs larges harnais décorés de pompons,
Les chevaux hennissants balançaient leurs grands fronts, Secouaient avec bruit leur épaisse crinière Où tombaient la rosée et la fine poussière,
Et rongeaient l'acier dur de leur mors écumant :
Les vaches s'arrêtaient toutes patiemment,
Et ruminaient toujours pendant que la laitière,
En écume d'argent, dans sa blanche chaudière, Faisait couler le lait. Et dans la basse-cour, Répétés par l’écho des granges d'alentour,
L’on entendit encor, comme dans un délire,
Des bêlements, des cris, et des éclats de rire.
Mais ce bruit, toutefois. s’éteigait promptement :
Un grand calme se fit: tout à coup, seulement,
En roulant sous leurs gonds les portes de la grange Firent, dans le silence, un grincement étrange.
Assis dans son fauteuil fait de bois de noyer” Benoît le laboureur, regardait, au foyer,
La flamme qui lançait d’éblouissantes flèches, L'ondulante fumée et les vives flammèches, Qui tournoyaient gaiment comme des feux-follets. Sur le mur, en arrière, où les joyeux reflets Dansaient légèrement des rondes fantastiques, Son ombre se peigrait avec des traits comiques ; Pendant qu’à la clarté du foyer vacillant, Prenant un air moqueur, un regard sémillant, Chaque face sculptée au dossier de sa chaise Semblait s'épanouir et sourire à son aise,
Et que sur le buffet, les plats de fin étain Luisaient comme au soleil des boucliers d'airain.
Le bon vieillard chantait d’un ton mélancolique Des refrains de chanson, des couplets de cantique, Ainsi que ses aïeux, jadis, avaient chanté,
A l'ombre de leur bois, sous leur ciel enchanté,
Leur ciel de Normandie. Et son Evangéline,
Portant jupe rayée avec blanche câline
Filait, en se berçant, une filasse d’or.
Le métier dans son coin se reposait encor,
Mais le rouet actif mélait avec constance,
Son ronflement sonore à la douce romance
Que chantait le vieillard assis devant le feu.
Comme dans le lieu saint quand le chant cesse un peu On entend, sous les pas, vibrer l’auguste enceinte,
Ou du prêtre à l'autel on entend Ta voix sainte.
Ainsi quand le fermier, vaincu par les émois,; Suspendait les accents de sa dolente voix,
De la vieille pendule au milieu des ténèbres On entendait les coups réguliers et funèbres.
Pendant que le vieillard chantait dans son fauteuil On entendit des pas retentir sur le seuil,
Et la clenche de bois bruyamment soulevée
De quelque visiteur annonça l’arrivée.
Benoît reconnut bien les pas du forgeron
Avec ses gros souliers pleins de clous au talon, Ainsi qu'Evangéline, à l’'émoi de son âme,
Où se mélait le trouble et la plus chaste flamme, Avait bien deviné qui venait avec lui.
—(Ah ! sois le bienvenu, L:jeunesse, aujourd'hui! S’'écria le fermier en le voyant paraître,
« La gaité, quand tu viens, semble aussitôt renaître f.... « Veux-tu charger ta pipe avec du bon tabac ?
«J'en ai plus qu’il t'en faut, charge, voici mon sac. « Viens prendre au coin du feu ta place accoutumée ; « Et fumons en causant. C’est parmi la fumée,
« Qu'on voit dans leur orgueil se dessiner tes traits! « Quand tu fumes, ton front, ton visage si frais
« Brillent comme la lune à travers les nuages
« Qui s'élèvent, le soir, au bord des marécagess» Basile, souriant, suivi de son garçon
Au foyer plein de feu vint s'asseoir sans façon,
Et répondit ainsi ; —« Mon cher Bellefontaine,
(«Tu plaisantes toujours et n'es jamais de peine.