‹ Essais poétiques [microforme]Chapitre 51 sur 93 · LA DESCENTE DU RICHELIEU · texte numérisé non relu

LA DESCENTE DU RICHELIEU

Vois-tu, près de la ville Dans cette anse tranquille, Ce superbe bateau,

Avec sa longue chaîne

Et son beau mât de chêne Plus haut que le coteau ?

Sur la vergue sa voile, De la plus blanche toile, Est roulée avec soin,

Et la brise déploie

Son pavillon de soie Qu'on reconnaît de loin.

(1) Le Richelieu, ici, n’est pas la rivière Richelieu, mais un endroit du fleuve qui se trouve en haut du Platon. Le courant y est très rapide et le chenal resserré entre des bancs de roches. F

Ce n’est pas aujourd’hui que je descendais ainsi le Richelieu à bord d’un de ces bateaux légers qui courent sur les côtes du grand fleuve, butinant comme des abeilles ; mais qu’importe un jour ou un an dans le passé ? Jamais je n’oublierai les émotions que je ressentis en pus prier ces pieux matelots pendant que le bateau glissait comme une flèche le long des rochers sonores où les vagues se tordaient comme des serpents. Je demandai si c’était la coutume parmi les marins de réciter les litanies de la Ste, Vierge en passant le Richelieu. Le mousse, qui était en même temps le second me répondit : “ C’est une coutume assez fidèlement observée même par ceux qui ne prient point en d’autres temps, car voyez-vous, le danger rend dévot ; cependant, ajouta-t-il, en riant d’un rire narquois, on ne prie ainsi que lorsque le bateau est bien chargé.”?

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