‹ Essais poétiques [microforme]Chapitre 9 sur 93 · KL · texte numérisé non relu

KL

lleux. !

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+ a terre, tère vants !

vants

Quatre fois le soleil, sorti du sein des ondes,

Fit pleuvoir sur Grand Pré ses feux en gerbes blondes ; Quatre fois, en dorant l’'humble croix du clocher

Il disparut derrière un noirâtre rocher Rs

Qui découpait au ciel une ligne bizarre.

A cette heure suave où l'aurore se pare

Des roses qu’elle cueille à l'approche du jour

Le coq joyeux chanta dans chaque basse-cour.

Et pendant qu'il chantait, livides et muettes, Couduisant vers la mer leurs pesantes charrettes, Le chapelet au cou, les femmes, tour à tour, Sortirent, à pas lents, des hameaux d’alentour. Elles mouillaient de pleurs la poussière des routes, Et puis, de temps en temps, elles s’arrêtaient toutes Pour regarder encore une dernière fois

Le clocher de l'église et leurs modestes toits

Et leurs paisibles champs et leur joli village, Avant que la forêt qui borde le rivage

Ne les vint pour jamais ravir à leurs regards.

Et les petits enfants, loquaces et gaillards Aiguillonnant les bœufs de leurs voix menaçantes, Marchaient à leurs côtés, et leurs mains innocentes Serraient contre leur cœur quelques hochets bien chersMAins

Qu'ils voulaient emporter de l’autre bord des mers. nu | €

Tou

Ils arrivent enfin dans ce lieu solitaire Mais Où la Gasperau mêle, en bruissant, son eau claire sr Aux flots de l'Océan. Pâles, les yeux hagards, « Ga On les voit sur la rive errer de toutes parts ! à» Hé On voit des‘paysans le modeste bagage D'UN Pêle-mêle entassé sur la berge sauvage ! oRoPi Et tout le long du jour les fragiles canots oi à Les

Les transportent à bord des superbes vaisseaux! “1 Pui

Et tout le long du jour de nombreux atelages, hargés péniblement, descendent des villages !

ur,

3, L’aile sombre du soir sur le bourg s’étendit :

rettes, n grand calme régnait. Soudain l’on entendit

', Le triste roulement des tambours à l’église. ,

ur. ne terreur a rai, une horrible surprise

routes, Des femmes du hameau font tressaillir les cœurs.

t toutes : !BREt, bravant des soldats les sarcasmes moqueurs, Elles courent au temple, en assiégent la porte.

s Mais voici qu'aussitôt, le front haut, l'âme forte,

e, Les pauvres Acadiens défilent deux à deux.

Mille ignobles soldats se tiennent auprès d'eux. Comme des pélerins, bien loin sur quelque rive

Vont ensemble chantant une chanson naïve,

Un air de la Patrie, un antique refrain

Pour calmer la fatigue et l'ennui du chemin ;

Ainsi les prisonniers chantaient avec courage,

Mais d'une voix plaintive, en allant au rivage ;

Et leurs femmes, leurs sœurs et leurs filles pleuraïent ! Tour à tour, cependant, ces chants pieux mouraient. Mais tout à coup voici qu’un nouveau chant commence : — (« Cœur sacré de Jésus, Ô source de clémence, «Cœur sacré de Marie, à fontaine d'amour,

« Hélas ! secourez-nous en ce malheureux jour ! ‘Nous sommes exilés sur la terre des larmes !

«Pitié! pitié pour nous dans nos longues alarmes !» Les jeunes paysans commencèrent d'abord ; Puis les vieillards émus, à leur pieux accord,

Unirent aussitôt leur chant tremblant et grave ; Et le vent qui des prés portait l'odeur suave, Les femmes qui suivaient le cruel régiment, | Et les petits oiseaux qui voltigeaient gaîiment Sous la pourpre du ciel et la nue orgueilleuse Mêlèrent à ces voix leur voix mélodieuse !

Assise au pied d’un arbre à côté du chemin,

. En silence et le front appuyé sur sa main, Levant, de temps en temps, un œil d'inquiétude Vers le bourg devenu comme une solitude, La jeune Evangéline attendait les captifs.

Comme le bruit des flots qui heurtent les récifs Elle entendit leurs pas sur la terre durcie.

A leur touchant aspect son âme fut saisie D'un pénible tourment, d’une affreuse douleur. Elle voit Gabriel ! quelle étrange pâleur.

Sur sa noble figure, hélas ! s’est répandue ! Elle vole vers lui, frissonnante, éperdue, Presse ses froides mains : « Gabriel! Gabriel ! « Ne te désole point ! soumettons-nous au ciel : ; « Il veillera sur nous ! Et que peuvent les hommes, ] «Que peuvent leurs desseins contre nous si nous sommes « L'un et l’autre toujours unis par l'amitié ! » ] Sur ses lèvres de rose, à ces mots de pitié, | Avec grâce voltige un triste et doux sourire ; Mais voici que soudain sa chaste joie expire, Elle tremble et pâlitt Au milieu des captifs | Elle voit un vieillard, dont les regards plaintifs

Se reposelt, de loin, avec amour, sur elle :

Ce vieillard, c’est son père ! Une peine mortelle, Un profond désespoir ont altéré ses traits !

Il porte sur son front la trace des regrets :

On ne voit plus le feu jaillir de sa paupière : Son humble vêtement est couvert de poussière. Lui jadis si joyeux il est tout abattu ! | Il paraît dépouillé de force et de vertu.

Parmi ses compagnons tristement il chemine ; Il pleure en regardant sa chère Evangéline.

Puis elle, avec transport, se jette dans ses bras, Le couvre de baisers, et s'attache à ses pas : Mais sa voix adorable et sa vive tendresse

Du vieillard désolé calment peu la tristesse !

C'est alors que l’on vit, au bord des sombres flots,

Un spectacle navrant. Les grossiers matelots,

En entendant les cris des malheureuses femmes,

Plus gaîment replongeaient dans les ondes leurs rames: Par d’horribles jurons les soldats insolents

Des prisonniers craintifs hâtaient les pas trop lents. L’époux désespéré parcourait la pelouse,

Cherchant, de toutes parts, sa malheureuse épouse. Les mères appelaient leurs enfants égarés,

Et les petits enfants allaient, tout effarés,

Pareils à des agneaux cherchant leurs tendres mères ! Femme, cesse tes pleurs et tes plaintes amères ;

Car tes pleurs seront vains et tes cris superflus !

Ton enfai bien-aimé tu ne le verras plus !

Et toi, petit enfant, tu commences la vie

Et déjà pour jamais ta mère t'est ravie !

On sépare, en effet, les femmes des maris;

Les frères de leurs sœurs ; les pères de leurs fils.

Sur le sein de sa mère en vain l'enfant s’attache, Aux baisers maternels un matelot l’arrache,

Et l'emporte, en riant, jusqu’au fond du vaisseau. Quels soupirs ! quels transports ! quels cris, Ô Gasperau, S'élevèrent alors de ta rive tranquille ! 1014 Le jeune Gabriel et son père Basile,

Sur deux vaisseaux divers, furent ainsi traînés, Tandis qu'auprès des flots restèrent enchaînés

Benoît et son enfant, la douce Evangéline.

Le soleil disparut en dorant la bruine.

La nuit vint de nouveau ; mais tout n’était pas fait.

La moitié des captifs sur la grève restait.

À son tour, l'océan, onduleux et limpide,

Reîflua vers son lit, laissant le sable humide

Au loin tout recouvert d'algues, de noueux troncs, D’arbres déracinés et de flexibles joncs.

Cependant les canots échoués sur le sable Pour reprendre leur tâche impie et méprisable De la haute marée attendaient le retour.

Auprès les matelots s’endormaient tour à tour Après s’être repus de tabac et de bière.

Parmi les chariots, le long de la rivière,

Les pauvres exilés, sans abri, sans maison, Ayant pour toit le ciel, pour couche le gazon,

Erraient plaintivement comme de pâles ombres. Leur retraite semblait un amas de décombres.

Vainement de s'enfuir à la faveur du soir

fils. (ls auraient, dans leur âme, entretenu l'espoir,

che, (M Epiant tous leurs pas, soupçonneuses, cruelles, Partout se promenaient d’actives sentinelles.

Seau.

Gasperau,

:0 {Alors comnie le soir descendait sur les cEamps

On entendit les voix des troupeaux mugissants

és, Qui laissaient leur pâture et regagnaient l’étable

CR En broutant a: : ‘uissons une feuille agréable.

Mais la grasse :::‘:isse attendit vainement : L'étable était fermée ; et son long beuglement Ne fit point revenir la joyeuse laitière

Avec un peu de sel et sa blanche chaudière.

Nul oiseau ne chanta le coucher de ce jour. On n’ouïit point sonner l’Angelus dans la tour. On ne vit point surgir de légères fumées, Ni luire de lumière aux fenêtres fermées!

Afin de réchauffer leurs membres engourdis Plusieurs des paysans, parmi les plus hardis, Allèrent amasser, sur le tuf de la rive, Quelqu’épave venue au bord à la dérive,

Et firent de grands feux. Bientôt on put les voir Qui venaient, tour à tour, sur des roches s'asseoir Autour de ces brasiers aux vives étincelles.

L'on ouït encor, là, des menaces nouvelles,

Des lrnentatior : »t des gémissements!

Des.erfants not ‘au-nés les longs vagissements,

Les pleurs et les sanglots des vierges et des femmes; | Et les cris furieux des hommes dont les âmes Sortaisnt soudainement d’une longue torpeur . Montèrent à la fois au trône du Seigneur.

Et parmi les soldats dédaigneux et farouches,

Sans craindre les jurons qui sortaient de le urs bouches, Passait silencieux le bon Père Félix :

Et toujours dans sa main tenant le crucifix

Il allait plein d’ardeur, humble et divin apôtre,

Sans se décourager, d'une troupe vers l’autre,

Pour calmer et bénir son peuple infortuné.

En arrière des feux, sous un arbre incliné,

Il vit Evangéline assise avec son père.

Le front majestueux de ce vieillard austère

Aux lueurs du brasier reluisait de pâleur ;

Son œil hagard et fixe exprimait la douleur ;

Ses mains se bleuissaient ; la vie ou la pensée

Sur son front chauve et blanc paraissait effacée,

Et sa lèvre livide était sans mouvement.

Sa fille, toute en pleurs, prodiguait vainement

Les plus aimables soins, la plus douce tendresse,

Il était insensible aux pleurs de sa détresse

Comme à son dévoûment, comme à ses mots d'espoir. Sur les feux qu'attisait le léger vent du soir, à Ouverts sinistrement, mornes, vitreux et ternes,

Ses yeux étaient fixés pareils à deux lanternes

Qui jettent, en mourant, une faible lueur,

Un lugubre rayon. à travers la noirceur.

bouches,

d'espoir,

LP

— «Benoît ! allons, Benoit, soyons forts dans lPépreuvé, « Et bénissons les maux dont le ciel nous abreuve,»(1 Dit alors le bon prêtre avec force et respect. [ Il en aurait dit plus, mais au pénible aspect | De ce vieillard mourant, de cette jeune fille

Qui bientôt n'aurait plus ici-bas de famille,

Son âme se gonfla ; comme un chant dans les bois

Sur sa lèvre entr'ouverte alors mourut sa voix.

Jl posa ses deux mains sur la vierge plaintive, Promena ses regards un moment sur la rive,

Les leva, tout en pleurs, vers la voûte des cieux

Où, dans la pourpre et l’or de leurs sentiers'si vieux, Le soleil bienfaisant, les étoiles sereines

Roulent, avec accord, peu soucieux des peines

Qui troublent ici-bas l’infortuné mortel.

Et quand il eut fini d'invoquer l'Eternel,

Il s'assit en silence auprès de lhumble vierge,

Et tous deux, bien longtemps, pleurèrent sur la berge.

Une lueur parut du côté du nnidi.

Quand de la lune d'août le disque ragrandi S'éle, vers le soir, à l'horizon de brume,

Rouge comme du sang, tout l’espace s'allume.

Aux reflets argentés de l’astre de la nuit

Chaque brin de verdure et chaque feuille luit ;

La mer semble rouler des flammes au rivage, - Et l’on dirait qu’au loin brûle une vaste plage. Telle on vit, vers le sud, dans cette nuit d'horreur, élever et grandir l'effravante Imeur :

46 ÉVANGÉT'NE.

Le bourg semblait couvert d’un sanglant et lourd voile : Dans un ciel embrasé l’on vit pâhr l'étoile ;

Puis elle disparut comme devant le jour ;

Les coteaux, les forèts et les toits d'alentott Reflétaient des clartés inconstantes et vagues ;

De sanglantes lueurs roulaient avec les vagues ; Sur le bord de la mer, près des flots écumants,

Les sables scintillaient comme des diamants,

Les voiles, les humiers des navires superbes.

De feux aériens semblaient lancer des gerbes.

Le sol parui trembler ; il se fit un grand bruit

Que redirent longtemps les échos de la nuit;

Et l’on vit s’écrouler, tout en feu, le village, Comme un arbre puissant qu'abat, pendant l'orage, Les carreaux de la foudre ou les fiers aquilons.

Une épaisse fumée, en sombres tourbillons,

S'éleva vers le ciel avec d’affreux murmures.

Les flambeaux enflammés du chaume des toitures. Emporté dans les airs par un vent irrité, Sillonnèrent longtemps l’ardente obscurité.

Les flammèches, la cendre, en brûlante poussière, Tombèrent sur les flots de l’étroite rivière

Et sur la mer houleuse, avec le grondement ® Du fer rouge qu'on plonge en l’eau subitement.

On entendit alors des jeunes tourterelles

Les doux roucoulements et les battements d'ailes ! On entendit le coq chanter dans le lointain

Comme pour saluer le réveil du matin !

On entendit les cris et les hurlements tristes R Du chien qui de son maitre interrogeait les pistes °°°

Et les longs beuglements des troupeaux inquiets! : ; Et les vagues soupirs des profondes forêts !. : Et les hénnissements des chevaux hors d’haleine e Qui couraient effrayés, écumants, vers la plaine! . ; Et tous ces bruits divers formaient un bruit affreux. ., Comme le bruit qui trouble un camp aventureux E Qui vient de s'endormir sur l'herbe des prairies,

Ou sous les verts arceaux, près des rives fleuries

Du joli Nebraska bordé de bois ombreux,

Quand viennent à passer, par un soir orageux,

Tout auprès de l'endroit où s'élèvent les tentes,

Les naseaux enflammés, les crinières flottantes,

De sauvages coursiers qu’emporte le courroux,

Et d’agiles troupeaux de bisons au poil roux

Qui courent s’élancer, tout couverts de poussière, Dans les vagues d'argent de la tiède rivière.

age,

l'es,

À l'aspect du fléau les malheureux captifs Firent trembler les airs de leurs accents plaintifs :

—( [ls brûlent nos foyers! Hélas quelle est leur raget « Nous ne reverrons plus notre joli village,

« Nos paisibles foyers, notre temple béni, «Quand notre amer exil enfin sera fini!»

Parmi les paysans dispersés sur la berge, Etonnés et sans voix, le saint prêtre et la vierge Regardaient la lueur qui grandissait toujours.

Assis à quelques pas, refusant tout secours,

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48 ÉiVAA N CH É LB LN/PA

Benoît leur compagnon demeurait impassible 1011 112 Et semblait ne point voir la scène indescriptible | Qui se passait alors sur le bord de la mer. | Après quelques instants d’un calme bien amer, ” Lorsque pour lui parler tous deux ils se levèrent,

O surprise ! à douleur! alors ils le trouvèrent Etendu sur le sol, froid et sans mouvement !

Le prêtre lui leva la tête doucemerit ;

Et la vierge tombant à genoux sur la terre,

Près des restes sacrés de son bien-aimé père,

Poussa de longs sanglots et nuis s’'évanouit.

Et jusqu’à l'heure où l’aube au ciel s'épanouit Comme une fleur au bord d’un odorant parterre,

La pauvre enfant dormit ce sommeil de mystère,

Ce lourd sommeil qu’on nomme évanouissement.

Quand elle s’éveilla le fond du firmament

Etait encore rougi par le feu du village ; .

Les galets de la rive et l'herbe et le feuillage Etincelaient encor. Les amis l’entouraient.

Pâles, silencieux, plusieurs d’entre eux pleuraient

En reposant sur elle un regard de tristesse.

Un grand cri s’échappa de son âme en détresse

Et ses yeux, par torrents, répandirent des pleurs Alors qu’elle put bien comprendre ses malheurs.

— («Enterrons sa dépouille au pied de ce grand hêtre, » Dit aux captifs émus le vénérable prêtre,

« Enterrons sa dépouille au bord des vastes mers;

« Et si nous revenons après de longs hivers |

« Nous pourrons transporter son corps au cimetière

« Et planter une croix sur sa froide poussière ! »

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Au bord dé l'océan par les feux éclairé Le vertueux Benoît fut, sans pompe, enterré. . Nul cierge ne brûla près de ses humbles restés ; Nul chant n’alla frapper les portiques célestes ; "1" La cloche du hameau ne sonna point de glas:

Maïs le peuple gémit. La mer avec éclats Répondit, à l'instant, à ses plaintes funèbres. On aurait dit entendre, au milieu des ténèbres, Les versets alternés, graves et solennels Des moines à genoux devant les saints autels. Or ce fracas de l'onde annonçait la marée.

Chaque barque du bord aussitôt démarrée, Bondit légèrement et glissa sur les flots.

Les soldats au cœur dur, les sales matelots Reprirent, tout joyeux, leur odieuse tâche,

Et chantant, et siflant, et ramant sans relâche,

Ils eurent bientôt mis sur le pont des vaisseaux Les colons qui restaient au bord des vastes eaux. Des vents imyétueux dans les haubans sifflèrent ; L’océan reflua ; les voiles se gonflèrent,

Et les vaisseaux, hissant leurs brillants pavillons, Ouvrirent, dans les flots, de bouillonnants sillons!

Ils laissaient la ruine au milieu du village, Et la cendre des morts sous le tuf du rivage!

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