SUR LE FLEUVE
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron î Nage î nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron !
Sois nous propice, esprit du fleuve :
Guide sûrement nos canots :
Que d'en haut nul rayon ne pleuve Pour éclairer tes sombres flots.
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron !
Nage ! nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron !
Sur nous l'ombre de la nuit plane ' Pareille à l'aîlç d'un corbeau.
On n'entend que l'oiseau qui glane Quelques poissons dormant sur l'eau.
130 DESCENTE DES IROQUOIS DANS l'iLE d'oRLÉANS.
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron !
Nage ! nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron !
Nos canots volent sur la lame Gomme les chevreaux dans les bois ; Ils sont légers comme une flamme.
Et les flots dansent sous leurs poids.
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron !
Nage ! nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron î
Passons ! car nui feu ne rayonne Dans la ville où dorment les Blancs Du haut rocher qu'elle couronne La nuit a ceinturé les flancs.
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron I Nage ! nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron !
Passons 1 avant que l'aube vive N'éveille les flots endormis !
DESCENTE DES IROQUOIS DANS l'iLE d'oRLÉANS. 131
Passons ! abordons à la rive Où sont cachés nos ennemis !
Nage ! nage ! guerrier ! de tes sueurs prodigue,
Fais gémir l'aviron !
Nage ! nage ! guerrier ! le prix de ta fatigue
Est le sang du Huron.
ÎV
Les heures de la nuit roulaient leurs voix funèbres. Donnant à leurs canots de vigoureux élans, Bientôt les Iroquois, au milieu des ténèbres, Touchent, silencieux, la rive d'Orléans.
Le Huron, retiré sous sa tente d'écorce, Rêvait, dans son sommeil, chasse, amour et bonheur, En perdant, par degrés, sa grandeur et sa force Il ayait oublié la vengeance et la peur.
L'Orient resplendit d'une aurore nouvelle ; L'alouette chanta le réveil du matin.
Pour entendre la messe, alors, de la chapelle Les sauvages pieux prirent tous le chemin.
132 DESCENTE DES IROQUOIS DANS l'iLE d'ORLÉANS.