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PROLOGUE

Les Hurons, toujours poursuivis, ijar l'implacable férocité des Iroquois, étaient venus élever leurs cabanes autour de la ville de Champlain, espérant que l'ombre du premier Grand Ononthio les protégerait encore.

Sur les bords de l'Ile d'Orléans, une de ces bourgades fugitives, endormie dans une confiance funeste, arrivait à la civilisation dont les saints missionnaires lui avaient fait comprendre le prix et les délices. Déjà elle avait déposé l'arc et la flèche pour prendre la bêche et le hoyau ; déjà les ténèbres de l'erreur et les superstitions de l'ignorance avaient fait place à la lumière de la foi et à la croyance aux saints mystères. Cette peuplade vivait heureuse autour de sa chapelle d'écorce, où elle venait chaque matin prier le Dieu jusqu'alors inconnu, quand les farouches Iroquois, après deux mois de courses à travers les bois et sur les

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rivières ; après des ruses et des mensonges de toutes espèces pour tromper les Blancs^ arrivèrent à quelques lieues au-dessus de Québec, probablement à l'endroit appelé aujourd'hui le Platon. Là, cachés dans les bruyères dont le rivage était hérissé, ils attendirent la nuit qui vint les couvrir de son aile pendant que leurs pirogues les emportaient vers la retraite paisible de leurs ennemis.

Les Hurons, après avoir assisté à la messe, venaient de reprendre leurs travaux des champs quand ils furent attaqués par les traîtres Iroquois. Le combat ne fut pas long. Les féroces vainqueurs firent 71 victimes. Quand ils s'en retournèrent ils chantèrent en passant devant Québec, peut-être pour étouffer les cris des prisonniers, peut-être pour se moquer des Blancs qui les regardaient passer

LE CHANT du DEPART.

Dansons ! chantons ! guerriers ! nous aurons la victoire ! Contre nos ennemis, sans retard, marchons tous. Allons boire leur sang ! dans leur crâne allons boire !... En tous lieux nous suivront les puissants manitous.

Au fond de sa cabane un jongleur solitaire. Dans l'ombre de la nuit a consulté les dieux.

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Son oreille attentive attachée à la terre A senti tressaillir les os de nos aïeux.

Femmes, à votre épaule attachez la nagane : Suivez les pas vainqueurs de nos braves guerriers ! Que le vieillard sans force, assis dans sa cabane, Invente des tourments pour tous les prisonniers !

Du sang des ennemis notre lèvre est avide. Nos pieds sont plus légers que les pieds du chamois. Sous leurs toits glissons-nous : la vengeance nous guide La vengeance, guerriers, le plus cher de nos droits.

Nos forets ont toujours sous leurs immenses dômes Le silence profond et l'œil noir de la nuit. Glissons dans les rameaux comme de noirs fantômes ; Gomme de verts serpents, glissons, glissons sans bruit.

Guerre et mort aux amis de ces Pâles- Visages Que l'Esprit du Grand Lac a poussé sur nos bords ! Ils n'auront plus jamais de ces vastes rivages Que le sable qu'il faut pour enterrer leurs corps.

Guerriers, vos tomahavv^ks ! et jusqu'à la rivière Emportez les canots sur votre bras nerveux. Honneur à tout guerrier dont la main meurtrière Au front des ennemis arrache les cheveux !

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Ainsi, le front orné d'un panache de plume, Chantait, au point du jour, le chef des Iroquois. Il dansait en chantant. Comme un fer sur l'enclume Sur son dos large et nu bondissait un carquois.

Alors se fit entendre une voix infernale Qui riait aux éclats, dans l'air, on ne sait où. La forêt se tordit comme sous la raffale Et l'on vit s'envoler le nocturne hibou.

Et la troupe sauvage, enflammée, écumante, La rage dans le cœur, s'éloigne des Gantons. Chaque jeune guerrier promet à son amante De scalper les cheveux du plus beau des Hurons.

Sa ruse ouvre un chemin. Elle arrive ; elle épie Le moment favorable à ses affreux complots. Au milieu des buissons, près du fleuve tapie. Elle invoque la nuit qui descend sur les flots.

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