PENDANT UNE SOIREE DORAGE
Les ombres de la nuit planent sur notre tête, Et l'œil cherche une étoile en vain ;
On entend, au dehors, le bruit de la tempête Qui déchire le ciel d'airain.
Le roseau se tourmente, et, sur sa vieille souche,
En criant le chêne se tord Gomme le moribond qui se tord sur sa couche
Devant le spectre de la mort.
La pluie, avec fureur, bat Thumble toit de mousse
Où je viens me réfugier ;
Et puis, de temps en temps, une affreuse secoussa
L'ébranlé en le faisant crier.
Le vent fait des soupirs monotones, funèbres, Comme les soupirs d'un damné ;
Nul oiseau n'a de voix, hors l'oiseau des ténèbres Qui crie et se cache étonné.
On entend quelquefois le pavé solitaire
Retentir sous le bruit des pas ; Puis soudain, de nouveau, tout commence à se taire
L'ouragan seul ne se tait pas.
Quand toute la nature autour de moi s'agite
Dans ces rudes convulsions, Je me plais à rêver, et mon âme palpite
Sous le poids des émotions.
J'aime le vent qui pleure en brisant les feuillages,
Les cris d'effroi des matelots ; J'aime le Saint-Laurent qui jette à ses rivages
La blanche écume de ses flots :
J'aime l'éclair brûlant qui déchire la nue Et brille comme un feu d'enfer ;
J'aime l'ombre des nuits, la foret toute nue Comme aux jours sombres de l'hiver.
Ces objets de tristesse ont un puissant langage ;
Ils sont pour moi sans nulle horreur ; Ils sont un souvenir, une fidèle image
Qui parlent à mon pauvre cœur.
Chaque flot qui gémit, chaque feuille qui tombe
En s'en allant nous jette un mot.
C'est une voix qui dit : « L'homme est près de sa tombe
« Il vient et disparait bientôt. »
Les arbres dépouillés que ronge la vieillesse, Les champs que l'automne a jaunis
Ont eu leur doux éclat, leur brillante jeunesse... Déjà leurs beaux jours sont finis !
Aux baisers du printemps j'ai vu les fleurs naissantes
Livrer leur sein voluptueux ; J'ai vu du jeune oiseau les ailes frémissantes
Prendre un essor impétueux ;
J'ai vu, connue des mers, nos fertiles campagnes ^ Bercer leurs flots de blonds épis ; J'ai vu la marguerite émaillant nos montagnes De sa neige et de ses rubis.
Quelques jours ont passé... sous leur fatale empreinte
Le feuillage s'est desséché.
Avant qu'on la cueillit la rose s'est éteinte,
Le lis, pour mourir, s'est penché.
L'oiseau ne chante plus au sommet des tourelles ;
L'épis est tombé sous la faux ;
La bise s'est levée ; et, de blanches dentelles
Le givre a garni les rameaux, n*
tS4 RâVERIE.
Et j'ai dit dans mou cœur : tout ce qui nous enchante
S'enfuit avec rapidité !...
Dans ce monde d'exil, l'un pleure, l'autre chante,
En marchant vers l'éternité.
Heureux qui se souvient que la vie est rapide Gomme la flèche de l'archer.
Le souris de l'aurore, ou la vague limpide Qui se brise sur le rocher !
Il n'est point captivé comme les fous du monde
Par mille funestes attraits ; Il ne s'enivre point à cette coupe immonde
Où l'on boit la mort à longs traits.
Il laisse à l'insensé qui s'attache à la terre
Son plaisir fade et passager ; Au milieu du tumulte il marche solitaire
Gomme sur un sol étranger.
Et son regard s'attache à la céleste rive Où lui sourit le vrai bonheur :
Le chemin du tombeau par lequel on arrive N'est point pour lui semé d'horreur.
Le proscrit oublieux qui se souvient à peine Des lieux qui furent son berceau,
Amasse sur sa tête et l'opprobre et la haine Qui veilleront sur son tombeau.
Et l'homme est un proscrit dans la terre des larmes, L'homme qui gémit tout le jour !
Et loin de sa patrie, au milieu des alarmes, Il veut prolonger son séjour !
Les frivoles douceurs dont il est tant avide Sont-elles donc un si grand bien ?
Ne sent-il pas toujours que sa pauvre âme est vide. Que tout ce qui finit n'est rien ?
J'aime la fin du jour, l'écueil oVi l'eau se brise,
La j)âle lampe qui s'éteint ; J'aime le frôle esquif emporté par la brise,
La jeune fleur qui se déteint !
Je lis dans ces objets dont mon âme est ravie
Un doux présage de mon sort : Aujourd'hui promené sur le char de la vie.
Demain sur celui de la mort !
Gloire à Dieu ! gloire à Dieu ! Car lui seul est mon maitre !
A lui seul tout hommage est dû !
Je vois de toutes parts sa puissance apparaître
Dans ce monde où je suis perdu î
Du sein de sa splendeur il voit dans la poussière
L'insecte qui bénit son nom ; Il sourit à ma peine, il entend ma prière,
Il m'offre un généreux pardon.
Sa sagesse reluit, sa grandeur se révèle Dans ces flots d'astres radieux,
Poussière de soleils qui s'échappe et ruisselle De ses pas quand il marche aux cieux.
Que son bras me soutienne ou bien que sa justice
Me laisse ici-bas sans appui, J'adore sa clémence ou bois l'amer calice
En m'écriant : Honneur à Lui !
AUX l5 LÈVES nu PETIT SÉMINAIRE
ive la vacance ! ") Oh ! gai ! >• refrah
ive la vacance ! )
Grands comme petits, chantons
L'ère qui commence !
L'ivresse que nous sentons
N'est pas la démence :
Nous sommes en liberté.
Redisons avec gaité :
Vive, etc., etc.
Pour apprendre nos leçons
Plus de violence !
Vieux livres, nous vous laissons
Dormir en silence
Personne n'étudiera;
Pour toute tâche on dira :
Vive, etc., etc.
Jamais de punition, Jamais de défense
La folle distraction N'est plus une offense :
Nous avons de doux loisirs
Et cueillons mille plaisirs !
Vive, etc., etc.
Au lit bien tard nous restons :
Quelle jouissance î De la cloche les tintons
Seraient sans puissance :
Amoureux de l'oreiller, Rien ne peut nous éveiller !
Vive, etc., etc.
Ou si le brillant soleil,
Avec insolence.
Vient troubler notre sommeil.
Heureux d'indolence.
Nous tirons le^ grandis rideaux, Et iipus lui toui;nons le dos.
Vive, etc., etc.
Et puis à chaque repas
Nous faisons bombance ; Nous nous vengeons sur les plats
Des jours d'abstinence :
A toute heure, sans danger.
Nous pouvons boire et manger.
Vive, etc., etc.
Dans un bocage, le soir, Nous menons la danse ;
Ou nous allons nous asseoir Sur une herbe dense :
Et lorsque la nuit s'étend
Nous rentrons en répétant :
Vive, etc., etc.
Voyez-vous, c'est qu'au printemps
De notre existence Nous savons jouir du temps, "
Et sans résistance Nous le laissons s'écouler, Sans cesser de roucouler
Vive la vacance î
Oh ! gai !
Vive la vacance !