‹ Essais poétiquesChapitre 20 sur 61 · LE CANTIQUE DU BON PAUVRE · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE DU BON PAUVRE

Quand la feuille d'ormeau tapisse la vallée. Que l'enfant ne suit plus la solitaire allée

Pour prendre un papillon ; Que les champs, sous la faux, ont vu tomber leurs gerbes : Que l'insecte prudent trottine sous les herbes

Et se cache au sillon ;

Seigneur, j'espère en toi, car l'heure qui s'avance, Sur son aile glacée apporte la souffrance Au seuil de l'indigent ;

158 l'hiver.

Seigneur, j'espère en toi, car sur l'homme qui pleure Tu reposes toujours, de ta Sainte Demeure, Un regard indulgent.

Comme un champ que Tautomne a noyé dans sa brume Mon cœur est, en ces jours, noyé dans l'amertume.

Mon cœur toujours soumis !

Après elle traînant sa lamentable escorte La Misère, en haillons, s'est assise à ma porte,

Je suis de ses amis !

Que le riche demeure à l'abri des orages ; Que la froide saison réserve ses outrages

Pour tous ceux qui n'ont rien ; Que chaque heure qui tombe apporte à l'indigence Un pénible regret, une amère souffrance.

Si Dieu le veut, c'est bien.

Quand la neige a jeté son manteau sur la plaine. L'oiseau ne trouve plus ni le ver, ni la graine

Qui devait le nourrir, Gesse-t-il donc alors sa romance charmante ? Vole-t-il, emporté sur une aile traînante,

A son nid pour mourir ?

La main du Créateur s'étend et le protège :

Il s'envole au rivage où l'hiver et sa neige

Ne vont jamais s'asseoir.

l'hiver. 159

Et lorsque les beaux jours raniment la nature ; Que les bois et les champs reprennent leur parure, Il revient nous revoir.

Celui dont le regard veille sur tous les êtres, Qui nourrit l'araignée au coin de mes fenêtres.

Le grillon au foyer, PourraiMl, en voyant son enfant sur la terre Elever, vers le ciel, un cœur pur et sincère,

Ne pas s'apitoyer ?

Si la vie, à mes yeux, n'offre guère de charmes, 8i je mange mon pain détrempé de mes larmes,

Mon àme est dans la paix.

Quand à mon Crucifix mes regards se suspendent. Des soucis dévorants, des douleurs qui m'attendent

Je ne crains plus le faix.

Chaque saisoii qui fuit, chaque nouvelle année Nous disent que bientôt l'on verra terminée

Notre course en ce lieu :

Et le riche et le pauvre attendront, en poussière. Le redoutable jour où luira toute entière

La justice de Dieu.

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