LA PHTHISIQUE
Quand laulomne est sur pied pour se mettre eu voyage,
Qu'elle endosse en grondant son manteau de feuillage,
La phithisique dès lors, par ses gémissements,
Autour de son grabat attire ses enfants.
« Vois, dit-elle en prenant à part sa fille aînée,
Vois des arbres jaunis si la feuille est tombée.
Ton œil triste me dit que je touche à ma fin ,
Qu'il voit se dépouiller 1 ormeau le plus voisin.
L'on n'entend plus Zéphire au séduisant murmure;
L'Aquilon furieux gronde , émeut la nature.
Je redoute ton soir, ô funeste saison ;
Car la mort va par moi commencer sa moisson.
Mais d'où partent ces cris? mes enfants, à cette heure, Qui vient porter le trouble en notre humble demeure? » — Mère, rassurez-vous, c'est la chaise à porteur, Ne vous alarmez pas, calmez vetre frayeur. Laube nous trouvera près de vous à l'hospice Pour adoucir le fiel de votre amer calice. »
— ('0 mes amis, pour moi voici le coup fatal: Je vous comprends: la mort m'attend à l'hôpilal. "
Dans la chaise du pauvre à l'instant déposée ,
Et par les deux porteurs durement balancée,
Le trajet pour la mère est long et fatigant !
Aux portes de l'hospice elle arrive pourtant.
La so'ur de Saint-Joseph l'accueille avec tendresse.
Et par un prompt secours ranime sa faiblesse.
Ah 1 comme elle a bientôt dans ce cœur agité
Fait renaître le calme et la sérénité!
Son sourire si doux , de la pauvre malade
Dissipe eu un instant l'humeur triste et maussade.
Près du lit cependant on apporte un bassin.
La sœur imite alors un exemple divin.
Elle lave les pieds à cette infortunée ,
Et les lui baise ensuite , à genoux prosternée.
Sublime abaissement ! Ainsi la charité
A fait du malheureux une divinité !
Voyez cette phthisique , ù vous que rien ne touche ; Elle sourit déjà sur sa nouvelle couche. L'n seul désir l'occupe et fait battre son co'ur. Son regard en instruit la vigilante sœur ;
Et la vierge {elle aussi possède un cœur de mère)
A compris , entendu sa muette prière.
La malade soudain voit voler dans ses bras
Ses enfants éplorés — « Pauvres enfants , hélas!
Quoi! sitôt orphelins ! et quelle main amie
Aplanira pour vous le chemin de la vie ?
Hier encore , en moi vous aviez un appui !
Mais la cruelle mort vous l'enlève aujourd'hui.
Tu peux seul , ô mon Dieu , soulager leur détresse ;
Daigne jeter sur tax un regard de tendresse.
Hélas ! sans ton secours, et pressés par la faim ,
Ils iront mendier peut-être dès demain.
Que ton bras en ce jour , ne frappant que la mère,
Chasse loin des enfants l'affrayante misère ! »
Elle veut prolonger ses accents douloureux,
Quand la sœur revenant, dun ton affectueux,
L invite à se calmer, lui présente un breuvage
Qui pour quelques instants de ses maux la soulage.
Mais cette pauvre mère approche de sa fin.
La sœur lit son arrêt dans l'œil du médecin.
Le Dieu qui des mourants s'est fait le viatique
Vient sur son lit de mort visiter la phthisique.
Qu'elle est sublime alors ! l'aspect du trois fois saint
A ranimé la foi dans son cœur presque éteint.
« Je vous aime ; Seigneur; Seigneur, je vous adore :
« De vous unir à moi , que tardez-vous encore I
« Mon âme vous attend , Dieu d'amour ! hâtez-vous ,
« Venez, venez; combler de mes vœux le plus doux »
La voilà donc enfin du pain du ciel nourrie,
Et toute à son bonheur, en silence elle prie.
— oo —
Mais voyant qu'elle touche à son dernier moment ; Modèle du plus beau, du plus grand dévouement Sans craindre d'humecter sa figure angélique Du souffle empoisonné de la pauvre phthisique. En lui faisant redire ô Marie 1 ô Jésus ! La sœur laide à mourir de la mort des élus.
La servante du pauvre a servi Dieu lui-même ; Et Dieu promit un jour l'immortel diadème A celui qui le sert dans l'homme infortuné. Il lui dit : De ma main tu se;-as couronné.
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