‹ Essais poétiquesChapitre 10 sur 35 · A MONSIEUR C · texte numérisé non relu

A MONSIEUR C

Tu cherches à tarir la source de mes larmes, Homme au cœur noble et généreux.

Ail 1 laisse-les couler, ce sont mes seules armes Contre mon destin rigoureux.

Tu me dis : «C'est à moi qu'appartiendrait la plainte.» Tu j>arles d'un double cercueil !

Et ta main , dont je sens la convulsive étreinte .

Me montre tes habits de deuil.

Je te comprends; la mort d un père et d une mère

A dû briser le cœur d un fils ; Mais pour te consoler de cette perte amène ,

Vois le bonheur dont tu jouis :

Sur chacun de tes pas, une épouse accomplie

A pleines mains sème les fleurs; Elle embellit tes jours, te rend douce la vie ,

Et loin de toi bannit les pleurs.

Pleins de vigueur, autour de cette riche plante

Croissent déjeunes arbrisseaux.

C'est ton plus cher trésor, et ta main vigilante Protège leurs tendres rameaux.

Et n"as-tu pas aussi les talents, la richesse ,

Un état du monde honoré?

Ces biens, j)our tes enfants objet de ta tendresse,

Sont un héritage assuré.

Vis longtemps, sois heureux, et de ta destinée,

Si belle encor, ne te plains pas.

Dès le berceau , la mienne aux pleurs ma condamnée ;

Ils couleront jusqu'au trépas.

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