‹ Essais poétiquesChapitre 17 sur 35 · A AIX · texte numérisé non relu

A AIX

Ainsi que le Romain fier de son Capitole , Je t'unis à mes chants, superbe métropole. Et comment t'oublier? trois siècles en passant N'ont pu te regarder d'un œil indifférent. A travers tous les temps , ta gloire se propage ; Le vieillard à l'enfant la vante d'âge en âge ; Poudreux et fatigué ; le pieux pèlerin , Pour te voir un instant , allonge son chemin.

(*) L'auteur a pris les noms des artistes et les mots techniques dans une Ijrocliure qui a pour titre : Notice historique et descriptive de l'église métropolitaine Saint-Sauveur d'Aix, par l'abbé E.-F . Maurin .

Il vient te saluer, te contemple en silence , Et s'étonne à Taspect de ta magnificence. Du temple, son regard mesurant le contour, Sur la façade enfin s'arrôte avec amour. Les apôtres du Christ , frappant alors sa vue , Tiennent quelques instants son âme supendue ; De ces martyrs vainqueurs partout suivant les pas , Il entend leur parole , assiste a leurs combats ; Il voit tomber sur eux la hache meurtrière , Et leur sang inonder Rome et la terre entière. Mais du portail , soudain s'ouvrent les deux battants Où revit le génie et l'art des premiers temps. Il admire à la fois la Sybille étonnante , Et l'ange gracieux dont le sourire enchante. Là le printemps repose , entouré de ses fleurs. L'automne sur ses fruits laisse tomber ses pleurs. Le limaçon , la mouche et l'oiseau du bocage Semblent se balancer sous un léger feuillage. On y voit jusqu'au gland du chêne détaché; Dans tous les coins du cadre un chef-d'œuvre est caché. Épris de celui-ci , vous l'admirez encore, Pendant que sous vos yeux un autre vient éclore. Là , retenu longtemps par un charme secret , Le visiteur, enfin , s'éloigne avec regret.

Il descend tout pensif les marches du saint temple ; Il avance , étonné des objets qu'il contemple.

A ses regards d'abord s'offre un beau monument , Pour le chrétien surtout édifice imposant. C'est un vaste octogone à l'aspect admirable; On dirait , à le voir, une ville imprenable. Sept autels , respectés par le temps destructeur, Trouvent près de ses murs un abri protecteur. Tout dans ce sanctuaire élève la pensée. Rome y jette un reflet de sa gloire passée. Huit colonnes en marbre entourent un bassin , Dont l'eau pure en notre âme imprime un sceau divin; Pleine de majesté, comme un roi sur son trône, Chacune étale aux yeux sa superbe couronne ; Chacune avec fierté s'élance vers les cieux , Et déploie autour d'elle un appareil pompeux. L'on se plaît à douter si c'est la main de l'homme Qui posa sur leur front ce magnifique dôme. Poursuis, poursuis ta course, ô pieux pèlerin. De la peinture aussi lart sublime , divin , S'inspirant à son tour de la foi de nos pères , Va te faire admirer, adorer ses mystères. Ici le Rédempteur expire sur la croix.

Le ciel en ce moment paraît sourd à sa voix. Il est mort ; à ses pieds est assise une femme ; On lit dans ses regards le trouble de son âme. C'est Marie épuisant la coupe du malheur. Sept glaives à la fois percent son tendre cœur. Ses larmes , la douleur peinte sur son visage , A ton pinceau , Daret ^ rendent un digne hommage.

Plus loin , de ton génie un autre monument Saisit le spectateur d'un saint ravissement. Qui peut voir de sang-froid l'image de la scène , Ce repas où l'amour fut vaincu par la haine? L'on est tenté de dire au perfide Judas : a Arrête, malheureux, crains d'avancer le bras. L'on croit entendre alors la voix du divin maître Instruisant ses amis du crime de ce traître. Finsonnius aussi peint avec vérité.

Voyez , sur cet autel du peuple fréquenté , L'incrédule Thomas devant le roi de gloire. Le voilà donc enfin vaincu, forcé de croire. Oui , c'est bien là Jésus ; il l'entend , il le voit ; Dans sa plaie entr'ouverte il enfonce le doigt; Le doute alors vaincu fuit loin de sa pensée. Il croit , tombe à genoux , et , l'âme terrassée , Jetant sur le Sauveur un regard plein de feu , Il reconnaît son maître , il adore son Dieu.

Autre merveille encor : d'un curieux triptique S'échappent des torrents d'infiuence magique. C'est le buisson ardent , buisson mystérieux Sur lequel est Marie au front pur, radieux. La gloire à Oots pressés se répand autour d'elle , Et prête à l'humble vierge une grâce nouvelle. Sur le Sauveur, qui doit naître un jour de son sein, L'ange devant Moïse ouvre un long entretien.

Un paisible troupeau non loin d'eux broute l'herbe. De ce tableau l'aspect est riant et suj)erbe. Les deux volets sont pleins d'un noble souvenir. Qui vous saisit, vous frapj)e , on se sent tressaillir. C'est Jeanne de Laval , c'est le roi populaire , Le bon René, tous deux unissant leur prière. René, pour la Provence objet de tendres pleurs , L'œil t'abandonne ici, le cœur t'emporte ailleurs.

Cependant l'étranger dans le saint édifice Avance , et reconnaît l'autel du sacrifice. Là tout est beau, divin ; le pèlerin pieux Admire en s'inclinant les reliefs merveilleux. Les anges sur l'un d'eux enlèvent Madeleine. Devant elle pâlit toute beauté mondaine. Sa bouche est entr'ouverte , et ses derniers soupirs Livrent sa tresse blonde aux caressants zéphirs. La mort de ses beaux traits n'a point banni la grâce. Des pleurs qu'elle versa l'œil cherche en vain la trace. La foi, tenant en main le ciseau de Puget, En fit éclore un jour ce magnifique objet.

A droite on voit encorla belle pénitente.

Son teint offre du lys la blancheur éclatante.

C'est l'instant fortuné de sa communion.

Ces larmes vont cesser ; cette douce union

Met le comble à ses vœux, rend la joie à son âme.

— Sises yeux, presque mourants. lancent des traits de flamme Au ministre de Dieu , qui dans ses mains encor Retient son bien-aimé , son unique trésor. Elle n'a rien d'humain, et quoique humble et modeste, L'on croit voir dans sa pose un messager céleste. Les anges dans les airs , par groupes suspendus, Contemplent souriants l'amante de Jésus.

O Veyrier ! noble auteur de ce sublime ouvrage , Pour louer ton génie où puiser un langage ?

Lève-toi pèlerin , vois ces hommes divins ,

Que Dieu favorisa par de longs entretiens.

Vois le fils du tonnerre; il va bientôt écrire

Ce que nul des mortels sans trembler n'ose lire.

Heureux saint ! plus que tous le Rédempteur Taima ;

Sur le cœur de son maître un soir il reposa.

Au Calvaire , Jésus, prêt à quitter la vie ,

Lui lit le plus beau don en lui légant Marie.

Marie 1 Ah ! pèlerin . ne sors pas du saint lieu ,

Sans visiter l'autel de la mère de Dieu.

A droite en descendant on voit un sanctuaire:

C est le sien; qu'il est beau! l'œil ne peut s'en distraire.

Sur un arc anchanteur, trois anges gracieux

Inclinent lentement leur front majestueux

Vers celle que le ciel nomme sa souveraine.

Avec enthousiasme ils contemplent leur reine,

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