SAINT VINCENT DE PAULE
Qu'en ce jour tout ce qui respire
Par ton ordre , Die:i tout-puissant,
A l'humble muse qui m'inspire
S'unisse pour chanter Vincent!
Terre qui l'as porté , tressaille d'allégresse , Cieux qui le possédez, partagez mon ivresse ! Pour qu'il puisse me \oir du céleste séjour, Ahl que sur l'heure même une perte s'entr'ouvre; Qu'il entende mes chants, que son regard découvre
Et compte mes élans d'amour.
Pour Vincent , point d'indifférence ;
Que tout s'empresse à le bénir!
Il fut ton ange , ô chère France ,
Qu'il vive dans ton souvenir !
Son astre radieux , parcourant sa carrière , Fit jaillir sur ton sol des gerbes de lumière Dont l'éclat vif et pur nous éblouit encor ; De plaisir le cœur bat quand la bouche le nomme ; A travers deux cents ans le nom de ce grand homme
Brille comme une lampe d'or.
Vincent brûla toujours du zèle
Qu'entretient le soulïle de Dieu ,
Et d'étincelle en étincelle
Le répandit en chaque lieu.
Habitants de Paris , prêtres de Saint-Lazare , Dites-nous si d'amour son grand cœur fut avare. Il vous prêta les soins d'un vigilant pasteur ; Vous fûtes du troupeau la portion choisie ; Il sut tracer pour vous , pendant sa longue vie .
Le chemin qui mène au bonheur.
Pour chasser laffreuse misère Qui désolait l'humanité, Du ciel l'ardeur de sa prière Fit descendre la charité.
Celle que des vertus on appelle la reine, Voulut dans tous les cœurs régner en souveraine. Son nom fut salué , béni de toutes parts ; Elle étendit au loin ses dévorantes flammes , Et l'on vit tour à tour chevaliers , nobles dames S'enrôler sous ses étendards.
De l'homme juste , ô Providence I
Tu ne détournes point les yeux.
Vincent prie , et ton aile immense
S'étend sur tous les malheureux.
Riches, dit-il , Dieu rend ce qu'aux pauvres l'on donne, Et, sur l'heure , chargé du poids de leur aumône, Ne voulant de ses pas que Dieu seul pour témoin , Sous le chaume, où la faim , de l'indigent s'empare, Il allait secourir plus d'un pauvre Lazare
Près d'expirer dans le besoin.
Par lui , de ses vives alarmes
Tout cœur aflligé vit la fin ;
Son aspect tarissait les larmes
Delà veuve et de Torphelin.
Il ne s'effrayait point de l'horreur des abîmes , Et, pour en retirer des milliers de victimes, Qu'eût atteints de ses coups Timpitoyable Mort , Il se multipliait: l'ange de l'agonie.
Redoutant le pouvoir de ce rare génie,
Vers d'autres lieux prenait l'essor.
Certes , de toutes les misères
Qu'enfante un siècle dépravé ,
Il n'en est pas de plus anfières
Que celles de l'enfant trouvé.
Son rigoureux destin , que peu savent comprendre, Déchira de Vincent lame sensible et tendre: Dès lors un nouveau feu dans son cœur s'alluma ; De leurs pas égarés , la nuit , cherchant la trace , Combien en trouva-t-il expirant sur la glace,
Et que son souffle ranima 1
Pauvre créature innocente,
Touché de ton sort malheureux.
De Vincent la voix caressante
Apaisait tes cris douloureux !
Avant lui , qui prenait en pitié la misère De l'enfant , orphelin du vi\ant de sa mère? Nul mortel , en passant, ne lui tendait la main. En un instant , l'oubli dévorait tous ses charmes ; Souvent, son premier jour, jour de deuil et de larmes,
Etait pour lui sans lendem.ain.
Dans le ciel et dans la nature , Non , rien n'est plus intéressant
Que ce nouveau-né , dans la bure , Dormant sur les bras de Vincent.
Voyez ; il ne sent plus de l'air l'intempérie ! Pareil au tendre lys, ce roi de la prairie , Qu'un beau soleil admire et fait épanouir, Il s'éveille sans pleurs et se met à sourire A son libérateur. Tout en lui semble dire: Hélas! sans toi, j'allais mourir.
Du jour renaissant la lumière
Guide à peine les faibles pas
De cet ange qui sert de père
A l'enfant qu'il tient sur ses bras ; Et , pour mettre à l'abri son enfance débile , Il va le déposer dans ce pieux asile Qu'avec bonheur un siècle à l'autre montrera. Oui , mortels , vos palais tomberont en ruine , Tandis que de Vincent l'œuvre toute divine
Au dernier jour subsistera.
D'une affreuse mort la menace
A ses projets ne change rien ;
Il va jusqu'à prendre la place
Et les chaînes d'un galérien. Dans tes yeux , ô forçat, un rayon d'espoir brille! Tu vas rendre au bonheur une épouse , une fille !
Mais ce jour qui doit mettre un terme à tes revers , Laissera dans l'oubli le dévoùment sublime; Il faudra que Vincent, de son zèle victime; Porte la marque de tes fers.
A sa voix , la vierge timide ,
Oubliant le pays natal ,
Pleine d'un courage intrépide,
Se rend au sein d'un hôpital.
Sous le bandeau de lin , captive et toujours belle, Ange de dévoùment, au malade rebelle, Dans une coupe amie elle offre la santé; Et cet infortuné qu'une plaie incurable Dévore, soulagé par sa main secourable.
Bénit la Sœur de charité.
Maintes fois , des grands et des princes
Il sollicita les faveurs,
Pour secourir plusieurs provinces
Qu'il arrosait de ses sueurs !
De ses nombreux bienfaits ; notre mémoire est pleine, T'oublia-t-il , réponds , malheureuse Lorraine, Quand ton sol se couvrait de mourants et de morts ? Tu vis son zèle ardent prévenir ta ruine. Tu vis s'évanouir peste , guerre , famine ,
Devant ses généreux efforts.
Ce prlMre d'ailleurs si modeste,
Présidant aux conseils des rois,
Leurs disaient : « avant tout le reste,
« Établissez de bonnes lois.
« La justice a toujours une voix éloquente ; « Pour qui sait la porter, la couronne est pesante; a Mais de son auréole un rayon de bonheur <i Entoure le monarque et luit sur son royaume: « S'il règne par Tamour sur le cœur de chaque homme,
« Ne règne-t-il pas en vainqueur? »
Que toute plainte , tout murmure ,
Dans l'oubli rentrent pour jamais;
A flots, sur l'humaine nature
Vincent fit pleuvoir les bienfaits!
Ils ont comblé le trône , inondé la chaumière; Sur le malheur d'autrui , pendant sa vie entière , On l'a vu s'attendrir jusqu'à verser des pleurs ; Aussi, peuples et rois s'en\iaient la présence Du fils d'un laboureur possédant la science ,
D'adoucir toutes les douleurs.
Lui seul d'une si belle vie Sans peine voit >enir le soir; Aux portes du ciel qui Tenvie , Dieu s'apprête à le recevoir.
Du supn^mc bonheur quand pour lui rhcurc sonue, Avec cet air joyeux que Tinnocence donne, Il bénit do la mort l'instant si redouté ; Kt, quittant sans regret sa dépouille mortelle, Son âme suit l'écho de la voix qui rapj)elle Au sein de la Divinité.
^£ft&^
A MADAMn C. F
Toi, dont la yuv inspire amitié, confiance, Jeune femme poOte , il fut doux à mon cœur Ce jour où le hasard me mit en ta présence.
Dois-j«» te le dire? ô Clémence !
Je fus près de croire au bonheur
Par un amer chagrin , ton jime encore étreint»' Soupirait : je te >is faire un pénible elTort , Pour sourire et cacher à mes yeux ta contrainle ; Mais , en exhalant une plainte , Ta bouche a\ait dit : Il est mort I
Mil •
Grand Dieu! murmurais-tu dans ta douleur extrême, En pressant tour à tour deux anges dans tes bras : Pourquoi m'as -tu ravi la moitié de moi-même?
Ah ! seuls , ces deux êtres que j'aime ,
Seuls me retiennent ici-bas.
Vis , vis , te dis-je alors , pour tes fils dont le père ,
ïe répéta les noms en face du cercueil ;
Vis pour ton cher Harold et pour son jeune frère,
Pour ton Harold , qui , de sa mère ,
Fait déjà la joie et l'orgueil.
Vis pour moi, pour tous ceux dont la voix te réclame , Et qui trouvent accès dans ton cœur généreux. Pourquoi nous dérober les trésors de ton àme?
Dieu t'a fait naître , aimable femme,
Pour plaire et faire des heureux.
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