‹ Essais poétiquesChapitre 33 sur 35 · A M" 1'. DE L · texte numérisé non relu

A M" 1'. DE L

Jeuno fçmnio , au regard si doux , Ma mémoire est de toi remplie , Et mon cœur, bien loin qu'il t'oublie, De ton amour devient de plus en plus jaloux

Ehl qui t'inspira , dis-le moi , De visiter dans sa retraite Une pauvre femme poète?

Cette noble action était digne de toi.

Pour mon cœur sans cesse agité, Ta voix fut un baume , un dictame; Je te vis lire dans mon âme Pendant que j'admirais à loisir la beauté.

Ton front rayonnait de candeur ; De ta bouche, où toujours repose Le > if incarnat de la rose , Le gracieux sourire exprimait le bonheur.

Dieu du ciel , dis-je alors tout bas, Toi qui créas cette mortelle , A la fois >ertueuse et belle , Fais qu'un génie heureux accompagne ses pasi

Que l'époux dont elle a fait choix L'aime, la chérisse, l'adore; Oui, qu'il puisse longtemps encore Tressaillir de bonheur au doux son de sa voix !

A MA mmi

Sous le poids du chagrin, ma mère, ah 1 je succombe. Sans ta fille, pourquoi descendre dans la tombe? Je n'avais d'autre appui , d'autre guide que toi ; Hélas! qui désormais prendra pitié de moi? Ma mère, mon seul bien et mon unique amie, Pourquoi si jeune encor, pourquoi (juitter la vie? Tu m'aimais ; et pourtant , ô souvenir cruel ! Contrainte de cacher ton amour maternel , A l'écart seulement , tu me disais : a Ma fille , « Je te laisse sans nom , sans père, sans famille; « Mais je te donne à Dieu, qui >oit mon repentir. « Viens , ô ma chère enfant ! m'aider à le fléchir. » Et puis devant la croix tu priais, ô ma mère! Et moi je te suivais, bégayant ta prière.

Ah î qu'ils ont été courts , rapides ces instants ! O ma mère , tu meurs encor dans ton printemps. Tu meurs î^ainte , et jamais, pour une seule offense , Le ciel n'eut tant de pleurs ; jamais la pénitence D'un cœur brisé n'a dû tirer tant de soupirs! (irand fut ton sacrifice, il t'égale aux martyrs. A toutes les douleurs victime résignée , Ta foi, ton repentir, tes larmes t'ont tuée. Mais aussi, quand tu meurs, le ciel se réjouit. Comme il bénit les saints , le Seigneur te bénit. Il pardonna jadis à la femme adultère.

Une larme, un soupir le désarme , o ma mère! Il me semble le voir présent à ton trépas, Prêt à te recevoir, et te tendant les bras; Il te montre son cœur, d'où la pitié déborde , En te disant ces mots pleins de miséricorde : a Meurs sans crainte, (^ ma lille! et monte droit au ciel; « Monte, et >iens partager mon bonheur éternel, a Ton front du repentir va ceindre la couronne ; a Le monde te condamne, et moi je te pardonne. »

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