A SAINT-P<»I\"T
Lamartine ! ce nom fait einie au\ autours ! Comme ses vers , sa prose a des admirateurs ; Si ses vers portent tous le cachet du génie , Sa prose est séduisante et pleine d harmonie ; Sa prose ! elle est suhlime ; on ne se lasse point De lire son fragment d'un voyage à Saint-Point. Que de fois, en un jour, sans que mc^me il s'en doute, Le lecteur avec lui cherche à se mettre en route! Il croit de ses trois chiens entendre l'ahoiment , Voir les bonds répétés de Saphir, (sa jument).
(•) Roino Ciardo n lire ce récit d'iino lettre dr M. do Latnifrtinc h M. Des;;rigny, insérée dans lo 10* numéro du ConseilUr du Peuple.
(KOTK de LlDITCUt.)
EIIo vionl le flairer, dans son regard se mire, Et puis , toute joyeuse en le voyant sourire, A son maître qu'elle aime , et qui veut la monter, Klle oiTre ses beau\ flancs et se met à trotter.
Suive? le voyageur sur les monts , dans la plaine, Vous dont l'ilme j)our lui de sympathie est pl«Mne.
Son esprit , dans le vague , est comme enseveli ; Sans doute ses regards ont rencontré Milly ! Au souvenir si cher de la terre natale. Du cœur de Lamartine un long soupir s'exhale ; C'est qu'en ces lieux où tout le charmait a»it refois , L'écho seul, en ce jour, >a répondre à sa >oi\. Il n'y trouvera plus ses parents, dont limai^e Sans cesse le poursuit, c»'u\ (|ui,dans son j»'uneilge, Le portaient sur leurs bras , se mêlaient à ses j»>ux , Kt dont un seul baiser le rendait si joyeux. .\ussi , doublant le pas , de peur qu'on ne le \oie , D'un lieu d'où tout a fui , plaisir, bonheur et joie, En répandant des pleurs qu il ne peut retenir, Lamartine , troublé, se Iwlte de sortir. Le voyez-vous , tout seul , dans la vaste campagne , Conduire sa jument et gra\ir la montagne,
I) où l'on votl le hameau qu il vient d'abandoonrr? Kl pour lui dire adieu , loin iU' mî rclourner, Le noble >o\atfeur, pendant une heure enlièrr, Continue à marcher à IraNer» la bruyère. 0|H>ndant de Stiphir le pas se ralentit; Aux yeu\ du >o\ageur 1 horizon s'agrandit; L'air est plus pur ; à lui s'oiïre un immense espace , Tel que du vol de l'aigle on {M^ut suivre la trace. Du haut de ce sommet , du |>o<'te aui cent \oit La >ue end)rassc tout , le ciel , la mer, les boia. Il >oil le M^ironnais , les AIjh's et la Saône, La Bresse, et du Monl-Hlanc, que la neige rouronDc, Le granil dôme qui semble , à ras|»ect du soleil . Se dissoudre et nager dans des flots de \ermcil. Puis, reprenant sa marche, aux vallons, aux montagnes. Au ciel bleu d Italie, à ces belles campagnes, Ornement du tableau qu'il déroule à nos yeux , Le sensible ikhUc adresse ses adieux.
Plein de leur souvenir, et la paupi^re humide . 11 descend tout |»en>if par un sentier rapide, Où d'énormes sapins lui cachent l'horizon, Lorsque Saphw lre^saille en voyant le gazon; Car elle reconnaît la charniante \ allée Où jadis . a>ec soin , eUe fut élevée. Aperce\ant du loin les deux tours du château , Le bassin qui l'entoure , et le cristal de leau,
Ht ces |»n*s \erdoyanls , où h brobis s'engraisHC, N'er» ces objeln Snphtr se retourne sans cesM» ; ^ous le |»oids tie son maître elle se cabre , hennit , Konge nu^me du pied le rocher de granit . "" ' ' T uirtine a\ec {leine l'arrt^te. M.ii> Hi I ,• |Miiiii de \ue enchante le poète . In -'Mlinient liii^lr dejojr t*t de douleur \ ^, . . t de Saint-Point fait palpiter son cœur. On dirait que , du \ent et nu^me de la terre, Sort une %oix pareille à celle de sa Uière. Tout lui |>arle à la fois , les arbres et les (leurs. Ayant cru \oir son |KTe entretenir ses sœurs, Il n'ose respirer, et pour n»ieu\ les entendre . D'une trend)lante main écartant l'herbe tendre Il ec()ule , il attend, et . les larmes au\ yeux , 11 soupire parfois en regardant 1rs ci«'U\ ; Car il sait que celui qui fit le grain de sable . Peut di-charger son cœur du lourd |K>idsqui laccable.
itenipli de cet espoir, pour le chrétien si doui , Sur l'herbe qui l'entoure il se met à genoux , Le front dans ses deui mains et l'âme recueillie ; S arbre où tout pn^te à sa mélancolie,
Il il ' ritemple, et le cœur «ippressé ,
11 « lit i« lt« a >«*ule>er le \oil(> du passe , Pour re\oir, «'• bonheur ! la séduisante image. Charmante illu»ion , qui tK*rçais son jeune ige ,