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Cit. d'après le journal Le XX« Siècle, 27 décembre

mais une impossibilité pratique; et, certes, la question serait définitivement tranchée, si les catholiques, en matière politique et sociale, étaient obligés par un motii proprio ou par une encyclique.

Mais, tous ceux qui ont la moindre notion de ce qu'est rinfaillibilité papale savent que la question est moins simple qu'elle ne paraît, au premier abord.

En effet, pour qu'une décision ou définition pontificale soit obligatoire, nous disent les auteurs, il faut qu'elle soit rendue ex cathedra et pour qu'elle soit considérée comme rendue ex cathedra, il faut au moins quatre conditions.

Il faut :

1° Ex parte pontificis. — Que le pape s'adresse à la chrétienté comme docteur et pasteur suprême.

2° Ex parte materiœ. — Que la définition porte sur des matières qui sont l'objet du magistère infaillible de rÉglise.

3"* Ex parte formœ. — Que la définition soit proposée comme définitive et comportant, sous peine d'anathème, obligation de s'y soumettre.

4** Ex parte termini. — Qu'elle s'adresse enfin à l'Eglise universelle comme telle *.

1. Ci. GiRODON, Exposé de la doctHne catholique^ p. 87 : « D'abord, l'objet de rinfaillibilité papale est strictement déterminé : c'est en ce qui concerne la foi ou les mœurs. En second lieu, mftme sur la foi ou les mœurs, le pape est infaillible seulement lorsqu'il se prononce ex cathedra. Gela suppose deux choses : qu'il s'adresse à TEgUse universelle et non à un particulier ou à une Eglise spéciale; qu'il impose une doctrine, non comme probable, ni même simplement comme cer-

A Getlé seule énumération, on entrevoit toutes les difficultés qui peuvent naître, toutes les distinctions que Ton peut faire, lorsqu'il s'agit de déterminer la portée véritable des décisions et des définitions papales.

Le pape a-t-il parlé comme docteur et pasteur suprême? Sa définition concerne- t-elle la foi et les mœurs? Est-elle obligatoire et définitive? S'adresset-elle à l'Eglise universelle comme telle?

Autant de questions difficiles, délicates, qui n'empêchent point l'adhésion ou l'obéissance de la masse des fidèles, mais qui fournissent à « Télite » des échappatoires, des portes de sortie, des moyens de concilier l'obéissance du chrétien et l'indépendance du penseur ou de l'homme politique.

C'est ainsi qu'on a pu voir M. Ferdinand Brune tière, qui écrivait en 1903 : « le socialisme n'a rien de commun avec le christianisme », proclamer en 1904, dans une controverse avec Georges Renard, qu'il était d'accord, sur plus d'un point essentiel avec les « socialistes réformistes » à la manière de M. Millerand, et déclarer que, dans toutes les questions où la foi et les mœurs n'étaient pas engagées, rien ne l'empêchait de professer des opinions réprouvées par le chef de son Eglise :

« Je crois — disait-il — qu'en « matière politique

taine, mais comme de foi et avec obligation de l'accepter. Enfin, lïnfaillibilité n'est pas une révélation, ni môme une inspiration; c'est une assistance purement négative, dont tout l'effet consiste à préserver d'erreur les décisions portées ex cathedra. »

et sociale » un pape n'a que son autorité personnelle et, en quelque sorte, privée. Ses opinions n'engagent les fidèles que dans la mesure où ils les partagent, tout au rebours de ce qui se passe en « matière dogmatique et morale ». Vous en avez un exemple dans la résistance récente encore que toute une école a opposée chez nous aux « directions politiques » du pape Léon XIII et je connais d'excellents chrétiens qui ne se croient pas obligés en matière sociale par l'Encyclique Rerum novarum. Et ils ne se croient pas « obligés » parce que ces matières, à leur avis, ne sont pas de la compétence du souverain pontife en tant que tel, c'est-à-dire en tant que pasteur, docteur et chef de TEglise * ».

Etant donnée cette distinction, il ne paraît pas absolument impossible qu'un catholique adhère, sans manquer à ses obligations d'obéissance doctrinale, sinon au socialisme pris en bloc, du moins à la partie purement économique des théories socialistes^.

1. Controverse sur le socialisme entre M. Ferdinand Brunbtière et Georges Renard, dans La Petite République, 27 mars, 3 et 10 avril 1904.

2. Cf. Abbé Gayraud, Un catholique peutAl être socialiste? Paris» Blond, 1904. V., notamment, p. 73 : « L'opposition est irréductible en ce qui concerne les erreurs de droit naturel sur la propriété, la famille, la société et l'Etat; elle ne peut l'être moins au sujet des erreurs antichrétiennes de la libre pensée irréligieuse et de la politique sectaire. L'Kglise ne saurait, non plus, approuver les injustices et les violences, plus ou moins légales, dont quelques socialistes menacent les détenteurs du capital.

« Mais si, par une abstraction fort légitime et qui n'est pas un simple jeu d'esprit, Ton isole, pour ainsi parler, la formule économique essentielle du socialisme, si on la réduit & son expression dernière, d'après les plus récents écrivains et orateurs du parti, la contradiction théologique finit par disparaître sur le terrain des faits. »

Mais il n'en reste pas moins que, partout, l'Eglise catholique dans son ensemble, mène contre le socialisme une lutte sans merci.

Lorsque le pape dit « Frappe », les évoques crient « Assomme ». Sauf quelques rares exceptions, le clergé tout entier dénonce les socialistes comme les pires ennemis de la famille, de la propriété et de la religion.

« Quel est le devoir des catholiques envers le socialisme ? — écrivait naguère Mgr Rutten, Tévêque actuel de Liège. — Ils doivent le combattre sous toutes ses formes, et, cela, avec d*autant plus d'énergie que cet ennemi s'attaque aux bases mêmes de toute société civilisée * ».

Il serait oiseux de multiplier les citations de ce genre. Môme aux Etats-Unis, le haut clergé commence à tenir pareil langage et nous savons, par expérience que, dans tous les pays catholiques, le mot d'ordre venu d'en haut est scrupuleusement observé.

Comment, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement ?

« Ce serait manquer de cette docilité qui convient aux vrais fidèles — dit l'abbé Gayraud, dans son étude : Un catholique peut-il être socialiste ? — si l'on se dérobait obstinément à la direction doctrinale que les évêques et les papes, sentinelles vigilantes éclairées

' 1. Rutten, Cours élémentaire d' apologétique chrétiennCy p. 350, Bruxelles, Schepens, 1898.

d'en haut, impriment à TEglise dans certaines circonstances, en face de nouvelles erreurs ou de tendances hérétiques * ».

Dans ces conditions, ce serait une duperie que d'observer vis-à-vis de l'Eglise catholique une attitude , passive, sous prétexte que la religion est affaire / privée.

Certes, nous ne pouvons avoir que de la sympathie pour ceux dont le christianisme sincère, affranchi de tout magistère ecclésiastique, incline vers laction socialiste- Nous manquerions à la tolérance, si nous prenions Toffensive contre des groupements religieux « dont le royaume n'est pas de ce monde » et qui laissent à leurs membres liberté entière au point de vue politique et social. Mais à ceux qui portent la lutte sur notre propre terrain, qui font de la religion un instrument de règne et de domination temporelle, nous devons nécessairement répondre par la lutte.

En résumé, s'il est impossible de considérer le socialisme comme un développement, une transposition terrestre du christianisme, rien n'empêche, cependant , d'être, à la fois, chrétien et socialiste, chrétien pour les choses du ciel, socialiste pour les choses de la terre.

Par contre, l'incompatibilité paraît absolue entre le socialisme et le catholicisme, dont les théories sociales,

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