‹ Essais sur BalzacChapitre 7 sur 14 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

une des plus résignées, qui semble chercher dans Toeuvre de son écrivain favori une sorte de réconfort et d'adoucissement aux tortures de Texistence. — « Une femme dont la vie est horrible ! » — telle est la sifpiature d'une autre correspondante, qui écrit dans une lettre postérieure : — « Je n'ai pas reçu votre Jiettre ; c'est mon mari qui l'a reçue et déchirée en mille morceaux sous mes yeux » , puis finalement lui dit : — « Trouvez-vous lundi soir au foyer de l'Opéra, et abordez-moi. Je serai noire de la tête aux pieds, avec des nœuds roses au bas des manches. Je vous espère. » Il y a aussi la femme qui, tout en subissant sa dangereuse attirance, le considère comme un réprouvé : — « Le jour où vous reviendrez à Dieu, il y aura une grande fête dans le ciel, une joie bien douce dans mon cœur. » — Celle enfin qui a pour lui le culte d'une croyante et modèle sa -:^ie sur ses conseils : — « Je crois en vous »... ainsi se termine une des lettres, non pas la moins touchante.

Sentimentales ou raisonneuses, — car il en est de telles aussi, — passionnées ou discrète-

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ment tendres, elles présentent toutes ce caractère commun d'être la transcription d'états d'âme d'une indiscutable sincérité^ c'est-à-dire la chose la plus précieuse aux yeux du psychologue, et de marquer jusqu'à quel point une œuvre d'art peut peser sur la Destinée de ceux qui en font le cher entretien de leur vie intérieure. N'y a-t-il pas là de quoi satisfaire le plus exigeant moraliste? Pour combien d'entre celles qui tinrent entre leurs doigts fragiles ces feuilles aujourd'hui flétries, les écrits longuement médités du romancier devinrent-ils le principe d'une direction spirituelle tout opposée ! Combien y puisèrent la décision, la hardiesse nécessaire pour briser le réseau désormais trop étroit des préjugés qui les étreign aient, renaître à la vie du cœur dont elles croyaient la source à jamais tarie en elles, et se résoudre à Voubli des lois, seule revanche qu'une àme indépendante puisse se permettre envers un ordre social décidément trop contraire à ses aspirations ! . . .

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