Publié dans la Revue des Deux Mondes du 1" mars 1S
journaux d'Allemagne ont coutume de jeter un regard au 1" janvier sur l'année qui finit et de hasarder des prévisions pour celle qui commence : au 1'''' janvier 1874 ils avaient le ton mélancolique. L'événement a justifié celte sorte de tristesse : le résultat des élections a surpris tout le monde, sans donner à personne le droit de se dire satisfait.
La lutte a été vive presque partout, acharnée sur quelques points. On pourrait dire qu'elle ressemble à beaucoup de celles que nous avons vues en France, si la haine qui anime les partis les uns contre les autres, jointe à la rudesse du tempérament germanique, n'avait trop souvent inspiré des violences de langage et d'action dont la grossièreté répugne à notre goût *.
Pendant un mois, la presse a été remplie d'articles sur les élections, d'appels aux réunions électorales, de manifestes des partis, de professions de foi des candidats. Les journaux officieux se distinguaient par leur ardeur. Ces sortes de feuilles sont nombreuses en Allemagne. Tout récemment, dans la chambre des députés de Prusse, à propos de la discussion sur les fonds secrets, qu'on appelle communément à Berlin le fonds des reptiles, un progressiste, M. Richter, a décrit l'ensemble très complexe des moyens employés par le gouvernement pour corrompre l'esprit public : il n'a pas évalué à moins d'une centaine le nombre des journaux qui s'inspirent aux diverses officines fondées par M. de Bismarck. Cette phalange de mercenaires a vigoureusement donné sur l'ennemi, ou plutôt sur les