LES ÉNERGIES ET LA VÉRITÉ
PRÉFACE
J'ai écrit ce livre parce que fai cru utile de le tenter : fy ai pensé durant des années. A mesure que f apprenais mieux la, vie , le désir d'écrire ce livre s'imposait à moi plus fortement. J'ai vécu avec lui et il me semble naturel parce qu'il présente quelques simples vérités d'expérience. Cependant je ne puis me rendre un compte exacte de V impression qu'il produira ; il est possible quil paraisse effarant et inadmissible , ce qui est. le sort de beaucoup de vérités,
PRÉFACE
V absurdité de la théorie religieuse de V amour-péché, ayant engendré par réaction cette autre absurdité , l'excuse du plaisir physique par le sentimentalisme , m'a conduit peu à peu à formuler les diverses propositions de ce livre. J3 ai touché ici à quelques préjugés que la plupart des hommes et des femmes éludent en secret , mais dont leur hypocrisie ne souffre guère qu'on parle librement et sans respect ni circonspection.
L'homme social a trop fait violence aux instincts de Thomme naturel pour que cette hypocrisie ne soit pas devenue indispensable a la morale publique . Et la dérogation à cette morale est ainsi devenue plus savoureuse, au point que la majorité trouverait beaucoup moins de plaisir dans la pratique avouée et absoute des penchants naturels y qui enlèverait à leur satisfaction son piment de perversité , de dissimulation et de péril. Très vexés de devoir recourir en amour à des procédés immodifiables et exactement sem-
PRÉFACE
blables à ceux des bêtes dont nous ne voulons plus faire partie, nous nous sommes créé une mentalité factice et nous avons inventé le sentiment qui « élève et rachète ». C'est contre cette mensongère « excuse d'un péché qui n'existe pas que ce livre a été écrit.
Je vois bien pourquoi le monde maintient les paravents derrière lesquels on se rhabille pour la comédie des vertus apparentes : mais si l'on vit en paix dans son époque, on n'est pas obligé de vénérer les faux-semblants à l'abri desquels elle se satisfait . Il est généralement admis quun écrivain peut rétablir la vérité sur certaines questions de morale, mais avec de l'esprit, des sous-entendus discrets ,' de la bienséance et de la grâce — en un mot , d'une voix si réticente et si timide qu'elle n'inquiète personne. Il lui est loisible de dire ce
que beaucoup pensent tout bas, mais en par -
lant lui-même tout bas. On lui adresse un sourire d'intelligence, et rien ne change. S'il parle haut, c'est un cynique, un gêneur , un
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fauteur de. scandale. La terreur de mériter ces qualificatifs ne m'a sans doute point arrêté autant qu'il l'eût fallu . Cela vient de ce que je suis mal persuadé de la nécessité d'être très déférent envers une morale que beaucoup trouvent profitable et expédient de maintenir , mais qui me paraît , à parler sans fard , presque totalement illogique et révoltante.
De la femme à la file , de l'amour à la prostitution, de l'honorable au méprisable , du permis au défendu, j'ai noté des identités, des nuances, les transformations d'un même acte selon les décisions rusées de la morale conventionnelle, en commençant parfois là où l'on a toujours préféré se taire , et en ne me souciant que de sincérité. Il m’était impossible de faire autrement : car , ce que l'on peut penser de moi a son importance, mais les comptes que j'avais à rendre à moi-même n' étaient-ils pas infiniment plus importants? Je leur ai satisfait au préalable. Cette sincérité d'ailleurs,
PREFACE
empêche que ce livre soit complet : il y a des points mystérieux, je n'ai pas voulu, inventer , comme c eut été facile , des théories pour y suppléer . On ne trouvera pas ici un traité . Je ne prends pas parti . Je regarde , je dis vrai . quand je ne sais pas, je me tais. Il me semble cependant que j*ai un peu aidé à diminuer la somme des mensonges , et que ma pensée et sa /orme ne blesseront aucune conscience loyale .
DE LA FEMME