‹ Essais sur l'amourChapitre 15 sur 15 · ET CEPENDANT · texte numérisé non relu

ET CEPENDANT

Et cependant, celui ou celle qui ont aimé savent bien qu’au delà de ces réalités, de ces vérités, de ces misères, de ces frénésies, le délicieux miracle de l’amour délivre l’esprit de toute amertume dans l’accomplissement des mêmes actes. Ils savent bien que toutes les péripéties de l’union sexuelle sont, au milieu même de la plus violente joie des sens, dématérialisées par le sentiment de l’acceptation harmonieuse des fins physiologiques. Ils savent bien qu’il n’y a ni péché ni rachat dans l’amour, que tout raffinement du

DE l’àMOUR PHYSIQUE

geste éternel y est licite, et que la beauté de l’intention crée un « état de grâce » qui transfigure la chair, et éloigne de l’esprit, comme une risible absurdité, l’idée de pudeur, de ionte, de dissimulation servile. Ils savent bien que jamais la croyance à la réalité de la matière n’est apparue plus illusoire que dans l’effort des âmes acharnées à se rejoindre à travers la conjonction animale, en sorte que la plus haute tension nerveuse de l’amour physique est une confirmation de l’idéalisme universel.

Ils savent cela, ceux qui ont aimé : cette qualité morale de l’amour, c’est le sujet du livre qu’après les préliminaires indispensables de celui-ci je voudrais écrire. Je ne sais s’il me sera donné de l’écrire, ce livre où devraient être présentées toutes les radieuses communions de l’homme et de la femme se rencontrant sur un plan supérieur, au-dessus du préjugé religieux, de l’hypocrisie sociale, des vilenies créées par le mensonge, des revanches du vice sur les faux secrets de la Vusse vertu. Là recherche de quelques véri-

DE LA FILLE

tés m’a conduit à me pencher sur bien des tristesses, sans peur du désaveu d’autrui ou de ma propre répugnance — et jusqu’à la basse parodie de l’amour, et jusqu’à l’affreux lit de la prostituée, j’ai poursuivi l’analyse dernière de l’acte en soi, de l’identité humaine avec la bête. Je puis manquer de temps et de force pour remonter aux régions altières du fond des évidences cruelles où je suis descendu. Que du moins la phrase suprême de cet âpre livre soit écrite pour affirmer ardemment ma fervente croyance en l’idéalité ineffable de l’amour.

1907—1 disu

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