‹ Essais sur l'école romantiqueChapitre 1 sur 13 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Je ne crois pas trop présumer de ma situation dans le monde des lettres françaises contemporaines en disant qu'on n'est pas sans y avoir ouï parler d'une légende d'après laquelle, à deux époques différentes, j'aurais exprimé sur l'école romantique et sur ses illustres chefs deux opinions absolument contradictoires, et que, selon le mot qui en a couru, « j'aurais brûlé ce que j'avais adoré ».

Les pièces que, dans ce cas, j'appellerais : pièces de l'époque du dénigrement, sont des articles de Revue, déjà réimprimés pour la plupart dans d'autres volumes, et qu'on retrouvera dans celui-ci. Les pièces de l'époque de « l'adoration » consistent en une série d'article? qui ont paru «le lo29 à i8:}:2 dans le

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Journal des Débats. Ils sont restés depuis lors dans la colloclion de ce jouinal, dirais-jc plulôt négliirés (|ir()ulili('s ; car où aurait-on trouvé, sinon dans ces urliclcs, Foriiilnc du i^ricf qu'on m'a fait d'avoir commencé par (( adorer ce qu'ensuite j'aurais brûlé »?

Plusieurs fois, la pensée m'élait venue de réimprimer ces arlides. Mais mon peu d'inclination à réveiller, dans mon intérêt personnel, des querelles mortes, de trop justes scrupules de goût sur des écrits de ma jeunesse, m'en avaient fait abandonner le projet. Je m'étais donc résigné à rester aflublé du ridicule d'avoir dit le pour et le contre sur une Kcole, persuadé que, si quelque jour la chose paraissait digne d'être éclaircie, l'examen des pièces ne me niontrei'ail pas en contradiction avec moi-n)êine.

Mon étiitenr, un très ancien ami, diuis une pensée obligeante pour moi, a décidé qu'il était bon, à tout événement, de tenir les pièces prèles et d'aviser à les réunir dans un volume (|ui, selon lui, ne serait pas sans inléiêt pour l'histoire littéraire dn xix" sièclCi Naturellement, je n'y ai pas contredit. C'est ce qui explique ce volume et son litre (VEssais siir iccole romantique.

Maintenant donc que mes deux opinions sur l'école romanti(iue sont sous les yeux du lecteur, s'il se trouve, en ce temps occupé de soins si dilîérenls, (jnclqiio curieux de choses si loin de nous, (\n\, par

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fortune, me voudrait du bien, il aura dans ce volume de quoi oonlenler sa curiosité et justifier sa prévention indulgente pour moi.

11 sera particulièrement édifié sur mes contradictions au sujet de Victor Hugo. Ou je me trompe fort, ou il s'y convaincra que louer d'abord magnifiquement un poète des qualités qu'il a et qu'il gardera; puis, à quelques années de là, pour de graves raisons, critiquer ses défauts, sans que les critiques contredisent ou affaiblissent les louanges premières, n'est pas se démentir, c'est juger dilTéremment des choses différentes.

Mon opinion sur le Victor Hngo de 1836 ne renie rien de ce que je m'honore d'avoir dit du Victor Hugo de 18^9. alors qu'en dépit de l'école régnante, et point en très grande compagnie, je l'appelais un grand poète. J'avoue même qu'il lui eut fallu un peu moins que de la générosité pour ne pas garder rancune pendant quarante ans aux critiques, en oubliant que les éloges avaient été des services, et finalement, pour nous épargnera tons les deux les insultes rimées dont il m'a poursuivi jusque dans ses derniers ouvrages.

En somme, l'article de 1836 a été son seul grief; or cet article n'était pas si loin de ceux de 1829 que le dernier ne dût lui rappeler les premiers.

Comment ne s'est-il jias souvenu qu'en cette année

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