LETTRE
AU DIRECTEUR DE LA nEVUE DE PARIS'
Monsieur et ami.
J'ai lu avec admiration le rontre-maniteste de Jules Janin, quoique j'en aie fait tous les frais. Jamais Jules Janin n'a eu plus d'esprit, plus de verve, plusde ce merveilleux talent d'écrire, que je voudrais tant voir au service de quelque idée sérieuse et féconde. C'est, depuis une semaine, ce que j'entends dire de lui
1. Jules Janiii, comme on le sait, répondit à mon Manifeste. Lui qui n'a guère écrit que d'inspiration, rarement il fut mieux inspiré. C'était la littérature facile elle-même n'employant à défendre sa cause que ses qualités et ses grâces. Je me souviens qu'Armand Carrel, qui m'avait soutenu et applaudi dans l'attaque, fut cliarmé de la réponse; il m'en fit un éloge auquel il ne me coûta pas de m'associer. Je viens de relire ce morceau : j'en trouve les raisons meilleures par le même progrès ou le même apaisement d'humeur qui me fait trouver un peu âpres, par endroits, les lionnes raisons du Manifeste.
C'est à la suite de la r(''ponse de Jules Janin que j'écrivis au directeur de la Revue de Paris, M. Aniédée Pichot, la lettre qu'on va lire.
partout, et qu'on peut me dire à moi en face, sans me chagriner, parce qu'on sait l'amitié qui me lie à Jules Janin, et combien je dois avoir à cœur qu'il ne démente pas les éloges (jue j'ai faits de son style, si entraînant, si populaire, si français? Si donc je loue Jules Janin et me félicite moi-même d'avoir été l'occasion, et peut-être l'aiguillon de son charmant article, c'est de toute mon âme, et non point par un sentiment de courtoisie ([u'il ne me siérait pas d'affecler, étant trop obscur et trop inconnu, comme beaucoup de personnes veulent bien me le dire, pour oser faire de la générosité avec un écrivain de si grand et de si juste renom.
Toutefois, je persiste à croire que, sur le fond des choses, la question reste la même, c'esl-à dire que, si j'ai tort, Jules Janin n'a pas fait que j'eusse plus tort, et que, si j'ai raison, Jules Janin n'a pas fait que j'eusse moins raison. El ce n'est |)oint par l'effet de mon mérite ni de l'insuftisance logique de Jules Janin, mais par des causes (jui ne sont personnelles ni à lui ni à moi, et sur lesquelles je me propose de revenir, avec votre agrément, monsieur et ami, quand toutes les réponses dont on veut bien m'honorer ou me menacer, auront été publiées. La Revue de Paris en promet une du bibliophile Jacob. J'attends avec impatience, et je lirai avidement cette réponse. Outre son précieux talent, dont j'ai blâmé vivement reinj)loi, M. Jacob a une modestie et une bienveillance d'écrivain (jui le font