LETTRE A LA IIEVIE DE PARIS
aimer de tous ceux qui le connaissenl. Je dis ceci, non pour atléiiuer les coups que me prépare l'ini-énieuse érudition de M. Jacob, et que je le supplie de ne me pas épargner, mais parce que Jules Janin m'a particulièrement reproché la critique que j'ai cru devoir faire de ses ouvrages.
Du reste, dans une discussion du genre de celle-ci, on ne doit pas s'attendre à des plaidoiries régulières, où l'on oppose une raison à une raison, une vue à une vue, et où l'on se suit pied à pied, comme des avocats au barreau, ou des philologues à l'Inslitut.Il s'agit de l'appréciation toute morale d'un l'ait qui n'est ni de droit ni de philologie, et qui se passe au grand jour de la publicité. Tout ce qu'on peut demander, c'est que chacun fasse cette appréciation à sa manière, et l'expose rigoureusement, comme un corps de doctrine, sans déranger le cours de ses déductions pour répondre à des raisonnements isolés, venus de divers côtés, et qui porteraient sur de petits faits de détail. Due telle polémique serait interminable; elle aurait tout au plus le médiocre intérêt de montrer que les gens de lettres ne sont pas en reste de subtilités avec les avocats. Le public ne peut s'intéresser qu'à des déclarations graves, suivies, qui ne vaguent pas à droite et à gauche, snr les pas de quiconque aurait lancé une objection incidente, ou équivoque sur un mot. C'est seulement de cette manière que j'entendrais répondre, s'il y avait lieu. Quant à guerroyer sur des détails, je ne saurais m'y résoudre,
ayant trop mûrement et depuis trop longtemj)s réfléchi cà l'objet de cette discussion, pour faire dégénérer en une n)isérable chicane de plume ce que je crois encore une ti'ès grave question de civilisation et de morale.
Il me reste, monsieur et ami, à vous leinercier d'avoir ouvert si obligeamment à mes longues complaintes le recueil (jue vous dirigez dans un noble esprit de libéralisme littéraire. J'ai su et j'ai pu voir que cette complaisance vous avait attiré des attacjues qui n'auraient dû s'adresser r|u'à moi. Do tous les désagréments (jne j'attendais, le plus vif j)Oui' moi a été de lire, dans la dernière livraison de décembre, la réponse ferme et courtoise que vous avez été obligé d'y faire; mais j'avoue aussi que. de toutes les satisfactions qui m'ont pu revenir, tant de ma propre conscience, à laquelle il faut bien que je croie, que de l'assentiment de (juelques esprits élevés, la plug douce a été de lire, dans cette même livraison, les cinq ou six lignes où vous vous déclarez solidaire, au moins, de ma franchise et de ma loyauté. C'est que j'ai le bonheur ou le malheur d'être un homme de lettres qu'on rend plus heureux par une marque d'estime que par un compliment.
Je suis, etc.
J.uix icr 183i.