QUESTION
QCEL9 MOTERS d'iKSTRCCTION SPÉCIALE POUKRAIENT ÊTRE CON» SEULES DANS LES DIOCÈSES t'OUR ENSEIGNER RËGL'LIÈREMEIfT AU JEUNE CLERGÉ l'uISTOIRE ET LE GOUT DE l'aRT ET LE RESPECT DES PEINTURES ET SCULPTURES QUI DÉCOREWT LE» ÉGLISES ?
(Congre* des Sociélit iavantes des départetMnts ; séance du iOmars 1859.)
Messieurs,
En proposant celle question à M. le direcleur de l'Inslilul des provinces, je ne me cachais point que je touchais à la corde la plus puissante, mais la plus délicate à manier entre toutes celles qui sont capables de faire vibrer dans le peuple de nos provinces le goût et le respect des arts.
Si je n'avais l'honneur et le bonheur de connaître de vieille date, messieurs, l'esprit de gravité et de bonne volonté qui anime notre réunion de famille provinciale, je ne m'exprimerais point aussi librement que je vais le faire, et que je crois utile de le faire.
Je relisais, dernièrement, messieurs, les considérants de la fondation et de l'ordonnance de règlement de là communauté des maîtres peintres, sculpteurs et enlumineurs en 1391; en voici l'étrange début : «Plusieurs pauvres églises de la ville et évêché de Paris et d'ailleurs sont souvent déçues, parce que ceux qui se mêlent desdiles églises comme marguilliers et autres curés, prêtres et plusieures autres bonnes et dévoles personnes, qui par dévotion font orner de peintures et d'images, esquelles images et peintures ils ne se connaissent en rien, et kur grand déshonneur et villenie redonde et vient sur les prud'hommes du dit métier qui n'en peuvent mais.» Cette phrase si sévère et d'une signification bien précieuse , par laquelle le roi très-chrétien, fils aîné de l'Église, stigmatisait le mauvais goût des fabriques et des curés, et les dangers que ce goût faisait courir à la décence des lieux saints, ne pouvops-nous la répéter devant un congrès d'arcliép-; logues? Par les services infatigables qu'ils ont
rendus à son histoire et à ses monuments, lès archéologues ne sont-ils pas en notre siècle les vrais aînés de l'Église? Gomme enfants de l'Église, n'avons-nous pas le droit, n'avons-nous pas le devoir de veiller à l'honneur de notre mère?
Mon ambition n'est pas grande, messieurs, ni bien dificile à satisfaire. Je ne souhaite rien de plus que de voir notre clergé national étendre le noble élan qui depuis quelques années le pousse et le soutient à la tête de l'archéologie sacrée, étendre, dis-je, ce noble élan à la partie de la science qui n'est en réalité qu'un fragment de l'érudition archéologique, mais qui cependant exige une initiation spéciale, je veux parler de l'étude de l'histoire de ces deux arts de peinture et de sculpture qui ont éternellement servi, qui serviront éternellement à la décoration des temples divins.
Le temps seul suffirait peut-être pour amener ce progrès dans les études du clergé ; mais ce temps, en conscience, ne se peut guère al-
tendre. Lqi considération du prêtre, comme gardien intelligent de lu maison de Dieu,. et des œuYre?^çr,écieuses qu'elle peut renferijûer^i. secomprometchaquejourdavantageauxyeux de l'érudit. Les églises sont les vrais pjiisées populaires. Ceux qui cherchent savent bien que c'est là encore que se découvrent et que se conservent mal les plus précieuses curiosités de nos arts nationaux. Les églises Iqs plus méprisées ne sont pas parfois, en ce sens, les plus mal pourvues.
Aujourd'hui, quand on pense à restaurer ou à décorer un édifice religieux, on commence par jeter une sorte d'interdiction taciie sur le prêtre qui devrait pouvoir ne céder à personne la conduite des travaux dans le monument qui lui est confié. Et, en effet, le curé conservateur de ce musée paroissial est le plus souvent d'une ignorance entière et toute naturelle sur l'intérêt des peintures de telles chapelles,des sculptures de tels retables. Qui lui aurait appris à distinguer les procédés, les manières et les époques? D'où saurait-il
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îès'*pi*écà'Utiôrts cori^'er*Vâtnces dont il sied d'user contre l'humidité ou la chaleur? Nos curés reçoivent do Paris un tableau pour la décoration de leur église: cette œuvre m éritet-elle de petits ou de grands remercîments? Dans quelle expérience puisera-t-il ses argùinentscontre les préventions, ou rindifîérenci', ou l'avarice de sa fabrique? Evidemment, messieurs, il y a une regrettable lacune dans l'éducation du prêtre. Nous n'avons point, Dieu merci, comme certains cultes dissidents, affaire à des murailles désertes, "l'v- Gette ignorance presque inévitable de hbs prêtres sur ce qu'ils devraient savoir le mieux après la théologie, et qui les porte, je ne sais par suite de quelle pente, à protéger de préférence les méchantes œuvres dont des aventuriers les font dupes, a certainement affligé plus d'un de nous; quant à moi, messIeùfV qui aime l'influence 'dti clergé de FraïKc (i qui le voudrais voir in(?ontëstable sur tous le.s points, j'ai cherché de mon mieux remédë'K cette -caiise' minime de discrédit; "et1è''lit^n
sens indique de lui-même, que c'est dans les grands séminaires que se trouve ce remède, que se peut combler celte lacune. Le séminariste qui est né dans un village et qui est destiné à renfermer sa vie entière dans une bourgade obscure, ne peut recueillir qu'au séminaire quelques notions un peu élevées et justes de l'art et des rares génies qui l'ont illustré. Mais comment comprendre l'art, les progrès, la beauté, la décadence de l'art, s'il n'est possible de lire la merveilleuse biographie de ces génies, et d'en toucher de l'œil et d'en comparer les chefs-d'œuvre ?
11 y a longtemps que le bon sens de l'Angleterre a compris et pratiqué cela; il y a longtemps que les collèges et les universités ont dans leur plus noble apanage, une collection de peintures et de sculptures non moins admirable que leur bibliothèque ; ainsi ai-je toujours pensé qu'il en devrait être dans tous nos grands centres provinciaux d'études, mais plus particulièrement encore auprès de nos grands séminaires. Là, surtout, il est
indispensable que le sentiment et le respect de l'art soit imposé en même temps que le saint caractère du prêtre, à celui qui toute sa vie aura sous sa garde et sous sa responsabilité la délicate parure de la maison de Dieu, telle que la lui auront léguée les siècles, et dont l'autorité vénérée insinuera, même involontairement, au peuple dont il est le pasteur, le degré de respect que ce peuple gardera pour les figures peintes ou sculptées de son église.
J'attacherais d'autant plus de bonheur, messieurs, à voir notre clergé si vigilant gardien aujourd'hui de nos monuments d'architecture religieuse, s'occuper aussi activement de la conservation des fragiles monuments des deux arts plus délicats dont je parle, que nul ne sait mieux que moi la place glorieuse qu'ont tenue certains moines arlistesdansnotre école, aussi bien que dans les autres pays chrétiens.
C'est précisément parce que nous savons tous quel rôle merveilleux a joué aussi le haut clergé français dans les chefs-d'œuvre qui
<0«iinmit encore notre patrie, qu'il est de notre devoir de lui signaler les défaillances patentes qui se sont manifestées de plus en plus dans son goût pour les arts du dessin.
Permettez- moi de vous citer à ce propos l'imagerie religieuse. Qu'y a-l-il depuis longtemps déjà de plus fade, de plus mesquin, de moins élevé, de plus faux, de moins pioax, de plus honteux dans l'art ?
Dans les plus solennelles époques de l'art, les plus grands maîtres, je nommerai Titien et ses élèves, n'ont point dédaigné de dessiner de magnifiqiîes compositions, qui évidemment étaient destinées à la décoration des plus humbles murailles. On trouve de l'art et du meilleur dans l'imagerie religieuse de tout notre beau xvii" siècle. Je ne sais aujourd'hui d'où viennent nos imagiers religieux, mais quel tort ne font-ils pas au clergé qui les accrédite et qui sème à profusion leurs œuvres l. Pourquoi donc cette infériorité de l'imagerie de piété qui enlaidit la vertu, à l'imagerie mondaine la plus commune, qui
enjolive le vice? Je ne fais, messieurs; que vous signaler cette question. Certains conciles ne se sont-ils pas occupés de pareilles vétilles? Je ne les crois pas indifférentes pour ma part, et mon ftvis est que les formes, qui, pour les populations croyantes, représentent la religion, doivent toujours ùtre dignes d'elle ; et que pour garder sous le toit d'une pauvre famille le respect des choses saintes, une bonne image vaut un bon livre.
Le vœu qui résumerait les considérations que je viens de poser devant vous, messieurs, enlermesbienconfus.seraitqueNosSeignèurs les Évoques et Archevêques créassent dans leurs grands séminaires, à côté de l'enseignement archéologique que la plupart d'entre eux recommandent, un enseignement régulier et obligatoire ayant pour objet l'histoire de la peinture et de la sculpture. Outre la bibliothèque spéciale renfermant les principaux documents de cette histoire, les grands séminaires devraient s'efforcer de recueillir d'honorables échantillons de ces deux arts.
ou, à leur défaut, les mille souvenirs que la gravure nous ait transmis de leurs plus fameux chefs-d'œuvre. — Je demanderais de plus humblement, que le haut clergé de France portant son attention sur ces grandes questions de la forme extérieure des choses divines telle qu'elle se répand le plus familièrement dans le peuple, organisât, au point de vue de l'art, une sorte de censure des produits de l'imagerie, répandus par l'Église elle-même ; un conseil supérieur de surveillnnce et de direction de celle imagerie, conseil mi-parti d'artistes et d'ecclésiasliques-Tclles sont, messieurs, les deux parties du vœu que j'ai l'honneur de soumettre au Congrès.