Essais sur la littérature allemande
DESCARTES, qui scrvit dans Tarmée bavaroise au début de la guerre de Trente Ans, écrivait plus tard : « J'ai bien de la peine à donner place au métier de la guerre parmi les professions honorables, voyant que l'oisiveté et le libertinage sont les deux principaux motifs qui y portent aujourd'hui la plupart des hommes. » Ce fut précisément le malheur de l'Allemagne au xvii* siècle, que la guerre y fût devenue un métier comme un autre. C'était même le plus lucratif et, en un sens, le moins périlleux de tous. Le bourgeois et le paysan étaient livrés sans défense au caprice féroce de toute bande armée. Le soldat, du moins, ne mettait sa vie en jeu que contre la vie de son adversaire ; il luttait à armes égales. Était-il vainqueur, le pillage était la récompense de la victoire. Montait-il à l'assaut d'une ville, le butin lui appartenait. Au reste, il se battait le moins possible. Au moindre vent de défaite, il s'arrangeait de manière à être fait prison-
nier, se laissait enrôler dans Tarmée ennemie, et le lendemain se trouvait en face de ses compagnons de la veille. Quand sa solde était mal payée, au même quand il n'était pas soldé du tout, il n'y perdait rien. Frédéric II nous apprend, dan,s ses Mémoires de Brandebourg, que les États de ce pays levèrent des troupes en 1620, et leur donnèrent le privilège de faire partout des quêtes pour fournir à leur subsistance. « Les paysans avaient ordre de leur donner un liard chaque fois qu'ils gueuseraient , et des coups de bâton s'ils ne s'en contentaient pas. » Mais le bâton se retournait souvent contre celui qui devait le manier. Plus souvent encore, la bastonnade, quand elle tombait sur le paysan, ne paraissait pas suffisante, et était remplacée par des supplices moins courts et plus raffinés.
Le soldat ne faisait que suivre l'exemple du chef qui le commandait ou du prince qui le prenait à sa solde. Un Ernest de Mansfeld ou un Wallenstein n'étaient que des aventuriers dans le grand style. Mais les souverains eux-mêmes qui se disaient les champions de la foi obéissaient sciemment ou à leur insu à des considérations politiques; et quand leur conscience religieuse entrait en conflit avec leur ambition, ce n'était pas leur ambition qui cédait. De même que le soldat combattait tour à tour dans des camps opposés, de môme des princes appartenant à des confessions différentes s'alliaient pour un temps plus ou moins long, lorsqu'un intérêt
commun ou un danger commun les y engageait.
L'empereur Ferdinand II, élevé par les jésuites, était sincèrement catholique ; il ne faisait rien sans consulter son confesseur, qui a pris soin de nous le faire connaître ^ . Il assistait chaque matin à çleux messes, et consacrait encore une partie de la journée à la méditation et à la prière. Il suivait les processions, tête nue, une torche à la main, quelque temps qu'il fît; il se donnait la discipline, et Ton a longtemps conservé après sa mort un fouet teint de son sang. Il disait que s'il rencontrait un prêtre et un ange, c'était le prêtre qu'il saluerait d'abord ; ou encore, qu'il aimerait mieux vivre de pain et d'eau et mendier de porte en porte avec sa femme et ses enfants que de souffrir la moindre atteinte aux prérogatives de l'Église. Mais l'unité de la foi ne se présentait à son esprit que sous l'égide d'un monarque absolu, et il sut plusieurs fois faire des concessions à l'hérésie pour sauver une partie de son pouvoir. Gustave-Adolphe, la plus grande figure de cette guerre, était sincère lorsqu'il se disait prêt à donner sa vie pour le triomphe du protestantisme, et il entendait par là le protestantisme dans sa forme strictement luthérienne. Mais son but immédiat était d'englober la Baltique dans un vaste empire Scandinave, même au détriment de son parent et coreligionnaire le margrave de Brandebourg. « Les
1. Lamormain, Ferdinandi II Romanoi^m imperaioris virtutes, 1637.
causes d'une guerre, dit un historien, peuvent être multiples; mais, la guerre commencée, elles passent au second plan, et l'ambition et Fégoïsme prennent leur place et font durer la lutte *. »
La lutte qui dure, c'est le retour à l'état barbare. On ne cherche plus à vaincre, on ne se contente même plus de piller : on détruit. Alors surgit la noble corporation des gueux. Elle se recrute parmi toutes les victimes du désordre social; ce sont des soldats licenciés ou déserteurs, des bourgeois échappés au sac de leur ville, des paysans chassés de leur ferme, des femmes et des enfants sans abri. Ils s'associent, et le besoin les rend industrieux. La gueuserie devient alors un second métier, après celui des armes; et le métier, en se perfectionnant, devient un art. Une troupe bien organisée se compose d'originaux de toute sorte, aveugles très clairvoyants, paralytiques pleins de souplesse, manchots, bancals ou culs -de -jatte dont les membres se redressent au premier appel, tous hideux à voir, rongés de vermine, vêtus de quelques loques qui leur pendent autour du corps. On opère séparément, et, le butin fait, on se retrouve à l'entrée d'un village pu au coin d'un bois; et le repas en cQmmun, pour être peu luxueux, n'en est pas moins assaisonné de gaieté.
1. A. Gindely, Geschichle des dreissigjdhrigen Kriegs, t. IV, chap. I.
La gueuserie, comme tous les arts, a ses règles. La première, dans un monde où les religions se combattent, est de n'en avoir aucune, pour entrer plus facilement dans celle du client que Ton veut duper. Le gueux est essentiellement libre penseur. Dans un de ces petits romans qui font suite au Simplicissimus^ une maîtresse gueuse dresse au métier un petit apprenti. Après lui avoir frotté la tête d'un onguent qui ressemble à une gale, elle lui dit : « Te voilà un parfait galeux ; on ne saurait te peindre plus au naturel. Maintenant, fais attention de ne pas prier de travers. Quand tu verras que tu n as pas affaire à des catholiques, laisse là les Ave Maria et Notre-Dame et la sainte Vierge; mais demande au nom du Père, à qui appartiennent le règne et la puissance et la gloire. Veux-tu savoir si un endroit est luthérien ou catholique ou calviniste, ne t'informe pas longtemps, mais regarde s'il y a des chapelles et des croix au bord des chemins. Si elles sont bien ornées et vénérées, tu es chez des catholiques, et tu prieras catholiquement. Si un endroit est calviniste et que tu veuilles réciter un Noire-Père, dis bien Unser Vater, et non Vater unser, comme c'était l'usage autrefois. Car les gens donnent plus volontiers et davantage à ceux qui sont de la même religion qu'eux, tandis que souvent on regarde à peine un homme d'une autre religion, lors même qu'il aurait dix fois plus besoin d'une aumône. Sois bien avisé, et tu seras plus heureux
if que si tu avais dû garder les chevaux d'un paysan,
ou si tu étais devenu toi-même possesseur d'une terre. Celui qui possède est un esclave et un martyr, tandis que toi tu jouiras, sous le manteau de la pauvreté, du bien de ceux /lont tu sauras émouvoir le cœur, et tu trouveras en abondance, quand tu seras affilié à notre ordre, tout ce qui sera nécessaire à Tentretien de ta vie libre et oisive *. »
L'auteur ajoute que la vieille donna encore beaucoup de bons avis à l'enfant, et qu'un chasseur ne saurait mieux dresser un lévrier, ni un capitaine mieux instruire une recrue. *
En 1669 parut à Montbéliard, chez Jean Fillion, un roman en six livres, qui n'était qu'un des nombreux ouvrages d'un auteur trè^s fécond. Il avait pour^ titre : V Aventureux Sîmplicissimus, nouvellement arrangé et beaucoup corrigé; ou JDescription de la vie d'un singulier aventurier^ nommé Melchior Sternfels de Fuchsheim, de la manière dont il est venu en ce monde^ de ce qu'il y a vu, appris^ éprouvé et souffert, et des raisons pour lesquelles il en est
i. Das wunderharliche Vogel-Nest, 1672; première partie, chap. m.
volontairement sorti; très divertissante et éminemment utile à lire; mise au jour par German Schleifheim de Sulsfort.
Une- édition moins complète en cinq livres avait déjà paru Tannée précédente. L'édition nouvelle se terminait par un Post^scriptum ainsi conçu : « Très honoré, très bénévole et cher lecteur, ce Simplicissimus est Toeuvre de Samuel Greiffenson de Hirschfeld; je Tai trouvé après sa mort dans ses papiers. Il se réfère dans ce livre à son Histoire du chaste Joseph^ et, dans son Pèlerin satirique, il fait allusion à ce même Simplicissimus, qu'il a écrit en partie dans sa jeunesse, alors qu'il était encore mousquetaire. Pourquoi il a changé son nom, par la transposition des lettres, en celui de German Schleifheim de Sulsfort, qu'il a mis sur le titre, c'est ce que j'ignore. Il a laissé encore de fins poèmes satiriques, qui pourront aussi être mis au jour par l'impression, si te présent ouvrage est bien accueilli : c'est ce que j'ai cru ne pas devoir cacher au lecteur. Je n'ai pas voulu garder cette conclusion par devers moi, après que l'auteur avait fait imprimer lui-même de son vivant les cinq premières parties. Maintenant, cher lecteur, adieu. Écrit à Rheinnec, le 22 avril de l'année 1669. »
Cette déclaration était signée des lettres H. J. G. V. G. C'étaient les initiales du vrai nom de l'auteur, Hans Jacob Christoffel von Grimmelshausen, dont les autres noms n'étaient que des anagrammes.
Rheinnec, c'était Renichen, ou Renchen, un village du pays de Bade, en face de Strasbourg, au pied de la Forêt-Noire. Grimmelshausen jouait aux anagrammes, selon la mode du temps, feignait d'avoir fait une trouvaille dans les papiers d'un ami, et mystifiait innocemment ses lecteurs. Ceux-ci n'en étaient pas dupes, comme le prouve une poésie mise en tête d'un autre de ses ouvrages, l'histoire chevaleresque de Dietwalt etAmelinde^ imprimée en 1670 :
« Grimmelshausen, tu as beau te métamorphoser comme le Protée antique, on te reconnaît toujours à ta plume et à ta main fidèle. Quoi que tu écrives, que tu traites de choses simples ou élevées, plaisantes ou sérieuses, ou que tu nous fasses des contes pour rire, que tu nous parles de Simplice et de sa mère et de son père, ou de la vieille aventurière Courage, des hommes ou des femmes, de la paix ou de la guerre, des paysans ou des soldats, de la réforme de l'État, ou d'amour et d'héroïsme, on voit clairement que tu ne cherches qu'à nous mettre avec plaisir et profit sur le chemin de la vertu. »
Cependant tout, dans les nombreuses publications de Grimmelshausen, n'était pas d'égale valeur. Ses récits chevaleresques, ses traités moraux et satiriques, tombèrent dans l'oubli qui couvre les écrits éphémères. Le Simplicissimus, vrai témoin du temps et vraie peinture de l'humanité, continua de se lire ; et, ce qui est le signe le moins contestable du succès, on l'imita. Il y eut bientôt le Simpli-
cissimus français, hongrois et même turc. Le roman original, renouvelé d'âge en âge et adapté aux progrès de la langue, traversa le xvii® et le xvni* siècle, toujours accompagné de la déclaration finale qui l'attribuait à Greiffenson de Hirschfeld et que nul ne songeait à vérifier. Les hommes de ce temps se contentaient de lire les ouvrages qui les intéressaient, sans beaucoup s'inquiéter de la personne des écrivains*.
Depuis que Grimmelshausen a repris sa place dans l'histoire littéraire, on lui a fait, à l'aide de quelques renseignements contemporains et des rares confidences éparses dans ses écrits, une biographie sommaire. 11 est né à Gelnhausen, dans le margraviat de Hesse, vers 1625; il s'appelle souvent Gelnhusanus, Gelnhausen était une petite ville impériale, dans une situation pittoresque au bord de la Kinzig, au pied des montagnes qui relient la chaîne du Rhœn au Vogelsberg ; on voit encore les restes du château que Frédéric Barberousse fit bâtir dans une île de la rivière. Les habitants avaient suivi la religion des margraves, qui comptaient parmi les adhérents les plus anciens et les plus influents de la Réforme. Le libraire Jean-Jonathan Felssecker, de Nuremberg, qui publia en 1684 une édition complète
1. Gervinus, dans la première édition de son Histoire de la littérature allemande, qui parut en 1835, ne connaît encore pour le Simplicissimiis d'autre nom d'auteur que Greiffenson de Hirschfeld.
des œuvres de Grimmelshausen, et qui paraît Tavoir connu personnellement, nous apprend qu'il était de naissance obscure, et le loue de n'en avoir jamais rougi, quoiqu'il fût arrivé plus tard à une éclatante fortune. Le Simplicissimus commence, en effet, par une tirade contre ceux qui se targuent de leur noblesse, souvent douteuse : « Une maladie sévit parmi les petites gens de notre siècle, qui sera sans doute le dernier. Ceux qui en sont atteints, quand ils ont assez grappillé pour mettre quelques deniers dans leur bourse et un habit grotesquement enrubanné sur leur dos, s'imaginent aussitôt être des seigneurs de haute chevalerie et d'antique noblesse. Mais lorsqu'on va aux renseignements, on trouve que leurs ancêtres ont été des ramoneurs, des journaliers, des charretiers et des portefaix; que leurs cousins sont encore des âniers, des charlatans et des saltimbanques ; leurs frères des recors et des valets de bourreau; leurs sœurs des laveuses, des couturières, ou pis encore.... » D'où venait à Grimmels-^ hausen son titre de noblesse? On Tignore; on sait seulement qu'il existe un village de ce nom dans le grand-duché de Saxe-Meiningen.
A dix ans, Hans Christoffel fut" enlevé de la maison paternelle par un corps hessois. 11 fit d'abord partie de ce train immense qui suivait les armées, hommes, femmes et enfants, qui servaient de domestiques, ou qui faisaient simplement la maraude, et qui n'étaient pas la moindre plaie des contrées
envahies. Puis on lui mit un mousquet entre les mains, et le voilà soldat. 11 fît bravement son métier. « Sans me vanter, dit-il dans un passage du Pèlerin satirique^ j'ai été là où Ton se regarde dans le blanc des yeux, et je puis témoigner que c'est une joie du cœur pour celui qui n'est pas un poltron et qui s'en retire sain et sauf. » Ses campagnes lui firent parcourir le nord et le midi de l'Allemagne. Il voyagea, tout en combattant : ce fut sa première expérience de la vie. On voit, par la description qu'il donne des localités, qu'il s'est arrêté en Westphalie et en Bohême. 11 connaît les usages et même les dialectes des différentes régions dont il parle. 11 observe par lui-même et dès sa jeunesse ce que les livres n'auraient jamais pu lui apprendre.
Il a vingt-trois ans quand la paix de Westphalie met fin aux aventures. Que fit-il ensuite? On suppose qu'il continua de voyager, car il parle de la Suisse, d'Amsterdam, de Paris même, comme quelqu'un qui les connaît autrement que par ouï-dire. On le retrouve seulement beaucoup plus tard, comme administrateur des biens de l'évêché de Strasbourg, à Renchen, exerçant en même temps les fonctions de bourgmestre. Une ordonnance concernant l'exploitation des moulins, et datée du 13 octobre 1667, porte sa signature. Il fut marié, et il eut des enfants. Le registre paroissial de Renchen dit que « le 17 août de l'année 1076 mourut dans le Seigneur l'honorable préteur (prœtor) Jean* Christophe de
Grimmelshausen, muni du saint sacrement de Teucharistie ». Le même document ajoute que ses fils, dispersés par la guerre, se retrouvèrent à Foccasion de cet événement. Grimmelshausen, si la date de sa naissance doit être fixée à 1625, n'avait que cinquante et un ans.
Les termes de son acte de décès semblent indiquer qu'il était rentré au giron de l'Église. Ses croyances religieuses avaient-elles changé vers la fin de sa carrière? Ou obéissait-il, comme beaucoup de ses contemporains, à des considérations mondaines? Ses fonctions ne l'obligeaient pas à renoncer à sa foi : on a des exemples, au xvi® et au xvii"^ siècle, de biens épiscopaux administrés par des protestants. Peut-être le vieux soldat, rendu enfin à la vie paisible, était-il encore effrayé par le souvenir des luttes meurtrières auxquelles il avait assisté. Il ne pouvait pas prévoir l'influence que le protestantisme exercerait sur la pensée allemande dans un avenir plus ou moins éloigné. Ce qu'il avait devant les yeux, c'était la dépravation des mœurs, l'abaissement des caractères, la ruine de la fortune publique, l'incendie des villes et des villages, et la religion elle-même, prétexte de tout le mal, étouffée dans le sang et dans les larmes. Peut-être pensait-il que, dans cet ardent conflit où les opinions seules différaient et où le fanatisme était égal de part et d'autre, il convenait au sage de s'abstenir; et l'abstention, dans ce cas, consistait à s'en tenir à la tradition. On pourrait le
croire d'après un passage du Simplicissimus, où Tauteur, comme en d'autres endroits, semble parler par la bouche de son héros.
Simplicissimus est en garnison à Soest, en Westphalie. Il suit les prédications du pasteur calviniste de l'endroit. Puis un jour il fait cette réflexion, « qu'on souffre souvent grand dommage pour s'attirer la haine des gens d'église, qui jouissent d'un grand crédit chez toutes les nations, à quelque religion qu'elles appartiennent ». Il va donc voir le pasteur, et lui demande dans quelle école on peut le mieux s'instruire des choses de la religion. Le pasteur lui conseille d'aller à Genève. « Jésus, Marie! s'écrie Simplice, c'est bien loin. — Qu'entends-je? dit le pasteur, monsieur est papiste? — Comment? demande Simplice, est-on papiste pour ne pas vouloir aller à Genève? — Non, répond le pasteur, mais vous invoquez la Vierge Marie. C'est Dieu seul qu'il faut honorer, et c'est l'Évangile seul qu'il faut croire. La religion calviniste a son fondement solide dans l'Évangile, un fondement que ni les luthériens ni les papistes n'ébranleront jamais. » Simplice, mis en demeure de s'expliquer, dit : « Toutes les religions parlent ainsi : laquelle faut-il croire? Pensez-vous que ce soit une petite chose de confier le salut de son âme à un parti que deux autres accusent de mensonge? Je vois avec mon œil impartial ce que le jésuite Vetter et le moine déchaussé Nass impriment contre Luther, ce que
Luther et les siens impriment de leur côté contre le pape, et Spangenberg contre saint François, qui pendant des siècles a été tenu pour un homme de Dieu. De quel parti me ranger, quand les autres crient sur les toits qu'il n'y a rien de bon en lui? Pensez-vous que j'aie tort de me réserver, jusqu'à ce que mon esprit soit bien éclairé et se rende compte de ce qui est blanc ou noir? Ou me conseillez-vous de me jeter aveuglément dans une croyance, comme la mouche se jette dans une bouillie chaude? J'aime mieux me tenir à l'écart,... à moins, ajoute malicieusement Simplice, que monsieur le pasteur ne se montre à moi comme le messager du Saint-Esprit et ne me dessille les yeux, comme Ananias a dessillé les yeux de saint Paul *. » La théologie était pour Grimmelshausen, comme pour tous ses contemporains, la première des sciences. Il l'effleura, plutôt qu'il ne l'approfondit, et il fit de même pour tout ce qui constituait alors le savoir d'un « honnête homme ». Un critique du temps, dont le nom ne nous est pas connu, un envieux sans doute, lui reproche son ignorance : « Il aurait mieux fait, après la conclusion de la paix, de garder son mousquet, de chercher encore la gloire militaire dans d'autres pays, et d'extorquer leur bien aux paysans de la Hollande, du Danemark et de la Pologne : on fait bien d'un palefrenier