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Conversations d'Eckermann, 17 février

Non seulement Schelling, mais Fichte et surtout Hegel ont été mis à contribution pour l'explication du Fausty et Schopenhauer, le dernier de la grande lignée des philosophes allemands, n'aurait pas manqué d'être invoqué à son tour, si le système de l'interprétation philosophique n'avait déjà été abandonné à l'époque où le pessimisme s'empara de l'attention publique *. On sentait bien que le Faust n'était pas un poème comme un autre, qu'il soulevait à chaque page les plus hauts problèmes de la vie et du monde : réfléchir à ces problèmes, recueillir chemin faisant les mots caractéristiques dont le poète les éclairait, ajouter ainsi un intérêt de plus à l'intérêt dramatique du sujet, c'eût été une tâche élevée, captivante, conforme à l'esprit et au but d'une grande œuvre littéraire. Mais cela ne suffisait pas : on voulait systématiser la pensée du poète, la réduire en formule, ramener à un plan uniforme, nettement conçu dès le début et rigoureusement suivi jusqu'à la fin, des fragments qui avaient mis soixante ans à se grouper, à se compléter, et qui avaient été rédigés sous les influences les plus diverses.

Aujourd'hui, l'interprétation philosophique a fait place à l'interprétation historique. Il ne s'agit plus

1. Un des premiers disciples de Schopenhauer, David Asher, professeur à PÉcoIe de commerce de Leipzig, essaya cependant d'expliquer le Faust au moyen de la doctrine pessimiste (Arthur Schopenhauer als Interpret des Gœtheschen Faust, Leipzig, 1899).

de savoir ce que le Faust signifie — c'est à chaque lecteur à voir ce qu'il signifie pour lui, — mais sur quels documents Goethe a travaillé, et comment ces documents se sont transformés et renouvelés entre ses mains. Des publications intéressantes sont venues faciliter cette recherche. Jusqu'ici, on ne connaissait que les éditions publiées par Goethe, le Fragment de 1790 et la Première partie de la tragédie de 1808; enfin l'édition complète et posthume de 1833, préparée par lui. Or, voilà que M. Éric Schmidt nous donne un Faust primitif, un Urfaust^ antérieur au fragment de 1790, un premier jet puissant et caractéristique*. Plus récemment, M. Otto Pniower s'est mis à recueillir tous les témoignages qu'il a pu trouver sur la composition du poème, dans les écrits de Goethe, dans sa correspondance et dans son Journal, dans les revues et les correspondances contemporaines^. Ce sont des compléments d'information très précieux à ajouter aux renseignements que Ton possédait déjà.

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