Alterthum und Gegenwart, i" volume
2. Ida Hengstenberg était la sœur d'Ernest-Wilhelm Hengstenberg, professeur à la faculté de théologie de Berlin, qu'on a déflni « le plus orthodoxe des savants et le plus savant des orthodoxes >•. Elle se maria l'année suivante, à Athènes, avec le consul général des Pays-Bas.
doucement pour qu'on puisse lire à son aise. Le matin, on lit d'abord un chapitre de la Bible, puis on chante un cantique; Mlle Ida a une très belle voix. Une grande partie de la journée est consacrée à apprendre Titalien. » On s'était mis en route dans les premiers jours de janvier; vers le milieu de février on arriva à Ancône, d'où partait alors le bateau de Corinthe. La fin du voyage se fit à cheval, le long de la côte qui contourne le golfe d'Égine.
La première lettre d'Athènes est datée du 17 mars 1837. A l'enchantement des souvenirs classiques s'ajoutait l'ivresse d'un printemps méridional. « Certains villages de l'Attique, écrit Curtius au retour d'une excursion au Pentélique, sont d'une beauté incomparable. Tout fleurit à la fois. Les habitants sont étendus par terre devant leurs maisons. Audessus de la verdure éclatante des arbres s'étend le ciel d'un bleu pur et profond. » Quand vient la saison chaude, la vie en plein air est bornée aux heures du soir. « C'est alors la promenade générale. Les Grecs flânent autour de la ville avec une certaine démarche d'une gravité nonchalante, ou ils s'assoient dans la rue devant les cafés. D'autres se réunissent pour des jeux, ordinairement très simples : on parie, par exemple, à qui lancera le plus loin de lourdes pierres. Mais toujours on les voit par groupes, vêtus de costumes variés, et dans des attitudes pittoresques. Ils semblent jouir de la vie
avec une certaine placidité réfléchie, qu'on chercherait vainement dans nos régions du Nord. C'est ainsi que je me figure les anciens, et c'est pourquoi j'aime à me mêler à ces groupes ambulants. A cela s'ajoutent des couchers de soleil où le rouge feu passe au bleu profond à travers toutes les nuances de l'aFC-en-ciel. C'est un spectacle qu'on ne saurait décrire, surtout quand la ligne des montagnes se détache sur un fond d'or. C'est alors aussi l'heure où les campagnards retournent à leurs villages avec leurs chevaux et leurs ânes ; ils sont vêtus de manteaux de laine blanche, qui flottent sur leur taille martiale. Des groupes plus nombreux stationnent autour des fontaines; les uns lavent des étofl'es, d'autres font boire les chevaux, les ânes ou les chameaux, d'autres encore viennent simplement pour bavarder. Ainsi l'œil est occupé de tous les côtés, sans parler des charmes du paysage. » 11 n'y a qu'une seule ombre au tableau : Curtius remarque avec déplaisir que le nom allemand n'est pas en grand honneur parmi les indigènes, tandis que le •français est la seconde langue du pays; dans les cercles distingués, ajoute-t-il, on pourrait se croire à Paris.
Ses fonctions de précepteur ne lui pesaient pas; il enseignait et il apprenait, le tout sans ennui. « Je prends mes élèves dès sept heures du matin, écrit-il ; à huit heures on déjeune ; à midi toutes les leçons sont finies; elles me laissent sans fatigue, et me
donnent à moi-même l'occasion de m'instruire, Le reste du jour m'appartient; je vais voir les temples, les marbres, les inscriptions. » 11 suit les fouilles du Parthénon : « Les architectes sont mes amis ; je les accompagne dans leurs travaux; j'apprends à connaître maintes particularités qui n'ont pas encore été remarquées. Autant le Parthénon frappe par sa simplicité dans une vue d'ensemble, autant, lorsqu'on le considère de près, il étonne par l'exactitude minutieuse avec laquelle tous les détails sont combinés. » L'idée d'une description de la Grèce, expliquant l'histoire par la géographie, surgit dès lors dans son esprit et l'accompagne dans ses excursions. Dès le mois d'octobre 1837, il visite une première fois la région de Mycènes avec le géographe Ritter. Six mois après, il retourne dans le Péloponnèse, ayant pour compagnons le comte Baudissin, connu par ses traductions de Molière et de Shakspeare, et un architecte mexicain. Il parcourt aussi, avec ses élèves, les petites Cyclades, voisines d'Athènes, Céos, Andros, Délos. Enfin, il s'adjoint à un architecte allemand, chargé de préparer les fouilles de Delphes. On peut suivre, dans ses lettres à son père, le détail de ses promenades à travers le cou tinent grec et les îles, et se rendre compte du genre d'intérêt qu'il y trouve. Tout en notant les aspects pittoresques qu'il rencontre, que ce soit le pittoresque d'un paysage ou celui de la vie et des mœurs, c'est surtout la Grèce d autrefois qu'il ^cherche è
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ressusciter devant ses yeux. Il se passionne pour cette idée, et son imagination finit par s'y absorber entièrement. Il est heureux de chaque découverte qu'il fait, de celles qu'il voit faire autour de lui, de celles qu'il pressent et dont il jouit par avance.
Tout en lisant avec ses élèves Homère, Hérodote et Thucydide, il s'exerçait pour son compte à traduire des fragments des poètes grecs, en employant leurs formes métriques. Il commença, au retour de sa première excursion à Mycènes, une Electre^ qu'il reprit plusieurs fois, et qu'il ne termina jamais. Au mois de juin 1838, il fut rejoint par son ami d'enfance Emmanuel Geibel, qui entra comme précepteur dans la maison de l'ambassadeur de Russie. Ils s'associèrent pour des exercices poétiques, traductions ou imitations, qu'on lisait devant la famille Brandis, ou même devant le roi et la reine*. Ils firent ensemble cette promenade dans les grandes Cyclades qu'ils ont célébrée l'un et l'autre en vers, et que Curtius a racontée deux fois, d'abord dans ses lettres, ensuite dans la notice biographique qu'il a consacrée à son ami. C'est cette promenade aussi qui lui a donné l'idée de son opuscule sur l'histoire ancienne et moderne de l'île de Naxos. « Quel spectacle sublime, dit-il au commencement de cet opuscule, qu'un voyage à travers la mer Egée I Aussi loin que l'œil peut atteindre, les lignes aiguës et
1. Ils en publièrent un choix : Klassische Studien von Emanuel Geibel und Ernst Curtius, Bonn, 1840.
grandioses des montagnes surgissent du sein des eaux; elles se rapprochent et s'éloignent, formant des groupes variés. Quelle que soit la hauteur du soleil; la mer et les côtes se revêtent de couleurs à la fois étincelantes et douces. Des bateaux et des barques vont paisiblement d'une île à l'autre, et des dauphins leur font cortège comme une troupe d'amis. Quel que soit le jour, quel que soit le vent, un port hospitalier est prêt à recevoir le voyageur. Il n'a besoin ni de carte ni de boussole. A quelque endroit qu'il aborde, il entend des voix amies qui l'appellent. Chaque île garde les vestiges de ses dieux et de ses héros. Des chants antiques s'élèvent au fond de l'âme; on sent Homère comme un vivant. On s'émeut au souvenir des malheurs d'Ulysse, lorsqu'on entend bruire autour de la coque du navire les flots de la mer qui fut le théâtre de ses aventures *. »
Geibel s'était démis de ses fonctions, d'ailleurs peu agréables, auprès de l'ambassadeur russe; il quitta la Grèce à la fin du mois d'avril 1840. La famille Brandis avait, elle aussi, dès le mois d'octobre 1839, repris le chemin de l'Allemagne. Curtius resta, pour attendre l'arrivée d'Otfried Muller, qui l'avait initié autrefois aux études antiques, et à qui maintenant il pouvait être utile à son tour par sa connaissance des localités et de la langue moderne. Muller arriva en effet, peu de temps avant le départ de Geibel, accom-