L'IDÉE DU « RETOUR ÉTERNEL » DE NIETZSCHE
nous ne la séparons pas de la matière sur laquelle elle agit, et rien ne limite la matière que Tespace immense offre à la force qui transforme T univers. La force, au fond, est une conception de notre esprit, la cause commune que nous attribuons à un groupe de phénomènes ; et la « force totale » est une pure abstraction, base bien fragile pour une explication du monde.
L'utopie de Nietzsche, inconsistante en elle-même, se relève par la leçon morale qu'il en tire, et qui répond à la noblesse de son propre caractère : il est vrai que cette leçon ne s'adresse qu'aux hommes supérieurs, à ceux qu'il appelle les maîtres et qu'il destine au gouvernement des États. Puisque notre existence présente doit être répétée, qu'elle soit digne de l'être! Qu'elle ne contienne rien dont nous ayons à rougir, puisque nous en rougirions encore des infinités de fois ! Ne la souillons pas d'une tache que nous traînerions comme une honte à travers les siècles. Courte est Theure que nous vivons actuellement : qu'elle soit le gage d'une félicité sans fin ! Soyons dès maintenant, dans l'arrangement de notre destinée, les ouvriers d'une œuvre d'art qui soit belle d'une beauté éternelle. « Vivons comme si nous voulions vivre ainsi encore une fois et toujours. Imprimons sur notre vie le sceau de l'éternité. »