NOMS GÉOGRAPHIQUES DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
dirige M. Roy, avait traité quelques-uns des problèmes géographiques que l'on retrouve dans le livre qui vient de paraître ; le Bulletin du Par- 1er français est également mis à contribuer pour les quelques études qu'il a publiées sur ce sujet. Et M. Roy transporte dans son ouvrage, sans même en briser la forme, les articles qui répondent avec précision aux noms dont il recherche l'origine ou l'explication. Il attribue, d'ailleurs, avec soin aux collaborateurs de son œuvre, la paternité littéraire de toutes les pages qu'il leur emprunte.
Parmi ceux qui, avant M. Pierre -George s Roy, se sont essayés à découvrir le sens et l'histoire des noms géographiques, il faut signaler l'abbé Louis-Édouard Bois, qui fut bien l'un des archéologues les plus curieux de son temps. Ce québécois studieux, cet excellent curé de Maskinongé, qui entre deux dimanches trouvait le moyen de tant écrire et collectionner, s'est occupé d'établir lui aussi une sorte de dictionnaire des noms de nos paroisses canadiennes. Et c'est sans doute à bon droit que M. Roy lui attribue une étude parue dans la Minerve du 17 mars 1874 sur les noms géographiques de notre province. M. Bois écrivait alors, sans pouvoir s'en douter, la préface du livre de M. Roy. Et celui-ci a donc eu raison de mettre en premières pages de son répertoire cet article fort suggestif, et d'une lecture rapide et attachante.
On y voit comment à l'origine de ce pays, alors que les seules routes de colonisation étaient les fleuves et les rivières, « ces chemins qui marchent », comme les appelait Pascal, ce sont les noms de ces fleuves et de ces rivières que l'on donne aux premiers établissements. Les noms des lacs, des montagnes et des bois près desquels s'élèvent les premières habitations sont aussi transportés à ces centres nouveaux de population : la frénière, la chênaie, les grondines. Les paroisses portent encore le nom du premier colon, ou du seigneur concessionnaire. Et quand les paroisses se multiplient, on leur donne des noms de saint que l'on fait suivre du nom primitif de la région : Sainte-Anne de la Pocatière, Saint-Louis de Lotbinière.
Faut-il ajouter que la fantaisie et la malice populaires se sont ingéniées parfois à nonner la Grillade, Vide-Poche, l'Enfer, le Cotillon certains lieux où Ls habitants pratiquaient des mœurs spéciales et caractéristiques ?
Après la cession du pays, les Anglais ont essayé de répandre partout dans notre province des noms anglais, afin de lui donner davantage la mine d'un pays conquis et britannique. Les noms officiels de nos divisions électorale s ont longtemps sonné fauxà l'oreille de nos pères : Northumberland, Cornwallis, Dorchester, Effingham, Devon, Buchinghamshire, etc. ; on s'est longtemps plu à baptiser de noms anglais les cantons nouveaux et les bureaux de poste : South-Quebec, c'était Lé vis. Mais le patriotisme et le bon sens ont plus tard repris leurs droits. Et nous n'avons qu'à continuer à conférer à nos paroisses nouvelles, à nos cantons et aux bureaux de poste le baptême des doux noms français. Veillons surtout à ce que la bureaucratie anglaise ne vienne peu à peu détruire l'œuvre commencée. Et dans cette province qui est nôtre, restituons à nos campagnes et villages des noms que nous puissions prononcer sans détour, et où s'annonce l'harmonie du parler
ancestral. Imitons de beaux exemples, et changeons Kingsburg en Vilkroi, Hedkyville en Limoilou, Lyster en Sainte-Anastasie, et Somerset, que nos habitants ont toujours confondu d'ailleurs avec « Saint Morisset », en Plessis ville (1). Ajoutons ainsi de belles pages, et bien françaises, au livre de M. Pierre-Georges Roy.
Et, en attendant, remercions encore cet érudit chercheur de nous avoir donné un si beau travail. Il y aurait sans doute à ajouter à ce répertoire quelques noms oubliés ou mal connus comme celui Lyster, il y aurait aussi à corriger quelques inexactitudes comme celle où l'on paraît établir entre le pays de Lourdes de Mégantic et celui des Pyrénées une ressemblance qui nous paraît bien fantaisiste, mais, en somme, l'œuvre est diligente et bonne, et faite de mains d'ouvrier-
Septembre, 1906.
(1) Il ne faudrait pourtant pas abuser, dans la création des noms nouveaux qu'il convient de donner à nos villages ou à ce que l'on pourrait appeler nos villes rurales, de» mots composés d'un nom propre et du vocable bien connu de ville. Et par exemple, Plessisville. Quelle grande dépense l'on a faite, depuis quelques années, de ces termes commodes ? Beauceville, Laurierville, Papineauville, Cartierville, Fraserville, Parisville, Leclercville, Arthabaskaville, Victoriaville, Drummondville, Marieville, Pierreville, etc. etc. Bientôt notre province en sera remplie, si l'on ne sait pas trouver autre chose. On dirait que l'imagination des maires et des édiles de la campagne est frappée de monomanie ou de stérilité. A moins que quelques-Uns de nos villages, en mal d'être ou de paraître villes, aient voulu avec des mots corriger la réalité, et se soient précisément affublés de ce nom de ville pour avertir les passants de leurs municipales ambitions.
"LES ASPIRATIONS
PAR