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NOTRE CRITIQUE LITTÉRAIRE

Car elle existe, quoiqu'on dise souvent, et que l'on écrive quelquefois. Et inème, son histoire, dans notre jeune pays, est déjà assez ancienne.

Notre critique date, croyons-nous, de l'année 1778, et l'on pourrait rechercher et trouver dans les pages de la Gazette littéraire, qui fut alors publiée à Montréal, quelques traces de ses premières actions. Les membres de l'Académie naissante ‘, collaborateurs dans ce minuscule hebdomadaire, sollicitaient ” au travail intellectuel nos grands-pères, et ils corrigeaient avec liberté et rigueur ceux-là qui osaient soumeltre à leur jugement leurs défectueuses productions.

Plus tard, à partir surtout de 1806, où fut ’ fondé le Canadien, les journaux français de Ouébec

(1) On appelait de ce nom un groupe de Montréalais, auxquels se jo! “nirent des Québecquois, qui résolurent, à cette époque, vers :.78, de créer dar. noire pays un mouvement littéraire. Nous avons essayé de Préciser la nature de ce mouvement dans nos ÆEfudes sur l’histoire de la littrature canadienne que publie le Bulletin de la Société du Parler rançais au Canada. On nous permettra d'y renvoyer le ecteur. Voir le Bulletin, II, 241-245.

et de Montréal, qui imprimèrent à peu près toute la littérature de ce temps, firent aussi place dans leurs colonnes à quelques courtes appréciations littéraires, et l'on y voit plus d'un trait, souvent rapide et aiguisé, dirigé contre quelque auteur, et qui s'en va percer la vanité et la suffisance de rimeurs intempérants. Ce fut le Spectateur ‘, la feuille favorite et particulièrement accueillante des scribes du commencement de notre dix-neuvième siècle, qui s'avisa davantage de leur donner quelques leçons de bon goût.

Puis, la Bibliothèque canadienne, 1825, l'Observateur, 1830, le Magasin du Bas-Canada, 1832, l'Encyclopédie canadienne, 1842, recueils que publia successivement Michel Bibaud; le Journal de l'Instruction publique, l'Opinion publique, la plupart des journaux politiques qui ont tour à tour alimenté la curiosité populaire, il y a cinquante ans, signalèrent à leurs lecteurs iles ouvrages, trop rares, qui apparaissaient, et ils essayaient quelquefois d'en définir le mérite.

La Revue canadienne ne put, tout naturellement, se désintéresser de la littérature qui se faisait dans le Canada français; non seulement elle y contribua pour sa part, mais elle en nota de temps à autre l'allure et les progrès.

;æs lettres de Crémazie, certaines pages de P.- J.-0. Chauveau et de M. Hector Fabre représentent ce que l'on a pensé et dit avec le plus de justesse

(1) Fondé à Montréal en 1813.

et d'autorité sur notre littérature, vers le milieu du siècle dernier. Les Silhouettes littéraires de l'abbé Casgrain et de Joseph Marmette, les Portraits et Pastels littéraires de M. le juge Routhier ont passionné les lecteurs de 1872, et l'on en a, d'ailleurs, suffisamment indiqué le ton, l'esprit et la violence quand, plus tard, on les a réunis et placés en rayons dans la ruche des Guépes canadiennes,

En 1874, Edmond Lareau publia la première Histoire de la littérature canadienne, et au récit des actions littéraires il méla nécessairement la critique, le blâme ou l'éloge, 11 le fit avec une abondance un peu diffuse, le plus souvent avec justesse.

Enfin, les conférences lu s devant l'auditoire de nos Instituts, de l'Univers :, et de nos Sociétés littéraires, quelques articles de Sir James LeMoine, de MM. Benjamin Sulte, Thoma: Chapais, Ernest Gagnon, nos Hommes de lettres de L.-M Narveau, certaines polémiques très vives où des jectes perdirent naguère quelques plumes de leurs ailes, et quelques études toutes récentes, comme celles de M. Fernand Rinfret, sont autant de pages dont il faudrait tenir compte dans une histoire complète de la critique littéraire au Canada fran çais.

LA

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