‹ Essais sur la peintureChapitre 15 sur 44 · DE JANUS · texte numérisé non relu

DE JANUS

Tableau de neuf pieds huit pouces de haut 3 sur huit pieds quatre pouces de large. Pour la Galerie de Choisy.

A droite de celui qui regarde , le Temple de Janus est placé de manière qu'on en voit les portes. Au-delà des portes, contre la façade du temple , la statue de Janus sur un piédestal. En-deçà, un trépied avec son couvercle à terre; un prêtre vêtu de blanc, les deux mains passées dans un gros anneau de fer , ferme les portes, couvertes en-haut, en-bas et dans leur milieu , de larges bandes de tôle. A côté de ce prêtre , plus surlefond, deux autres prêtres vêtus comme le premier. En face du prêtre qui ferme , un enfant portant une urne et regardant la cérémonie. Au milieu de la scène et sur le devant , Auguste , seul, debout , eu habit militaire , en silence, une branche d'olivier à la main. A u pied d'Auguste , sur le même plan , un œfant, un genou eu terre , une corbeille

sur son autre genou , et jeltant des fleurs. Deirière l'empereur , un jeune prêtre dont on ne voit presque point la tête. Sur la gauche , à quelques dislances , une troupe mêlée de peuple et de soldais. Du même côté , tout-à-fait à l'extrémité de la toile et sur le devant, un sénateur vu par le dos et tenant un rouleau de papier : voilà ce qu'il plaît à Vanloo d'appeler une fête publique.

Il me semble que le temple n'étant pas ici un pur accessoire , une simple décoration de fond , il falloit le montrer davantage, cl n'en pas faire une fabrique pauvre et mesquine ; ces bandes de fer qui couvrent les portes sont larges et de bon effet. Pour ce Janus , il a Pair de deux mauvaises figures égyptiennes accoîlées. Et pourquoi plaquer ainsi contre un mur le Saint du jour? Le prêtre qui tire les portes , les tire à merveille; il est beau d'action , de draperie et de caractère. J'en dis autant de ses voisins : les têtes en sont belles, peintes d'une manière grande , simple et vraie. La touche en est mâle et forte. S il y a un autre artiste capable d en faire autant , qu'on me le nomme. Le petit porteur d'urne est lourd

et peut-être superflu. Cet autre , qui jette des fleurs , est. charmant , bien imaginé et on ne peut mieux ajusté. Il jette ses (leurs avec grâce ; avec trop de grâce , peut-être : on diroit, comme l'Aurore , qni ]es secoue du bout de ses doigts. Pour votre Auguste , JVL Vanloo , il est misérable. Comment ne s'est-il pas trouvé dans votre atelier un élève qui ait osé vous dire qu'il étoitroide, ignoble et court ; qu'il étoît fardé comme une actrice, et que cette draperie rouge, dont vous l'avez chamarré , blessoit l'œil et désaccordoit le tableau ? Cela un empereur ? avec cette longue palme qu'il tient collée contre son épaule gauche , c'est un quidam de la confrérie de Jérusalem, qui revient de la procession. Et ce prêtre , que j appereois derrière lui , que me veut-il avec son coffret et son action niaise et gênée ? Ce sénateur embarrassé de sa robe et de son papier, qui me tourne le dos, figure de remplissage, que l'ampleur de son vêtement par en-bas rend mince et fluet par en-haut : et le tout, que signifie-t-il ? où est l'intérêt? où est lô sujet?

Fermer le temple de Janus , c'est annoncer une paix générale dans l'empire, une ré-

jouissance , une fête , et j'ai beau parcourir la toile , je n'y Vois pas le moindre vestige de joie. Cela est froid ; cela est insipide : tout est d'un silence morne , d'un triste à périr ; c'est un enterrement de vestale.

Si j'avois eu ce sujet à exécuter , j'aurois montré le temple davantage. Mon Janus eut été grand et beau. J'aurois placé un trépied à la porte du temple ; de jeunes enfans, couronnés de fleurs, y auroient brûlé des parfums. Là, on auroit vu un grand prêtre , vénérable d'expression, de draperie et de caractère. Derrière ce prêtre , j'en aurois grouppé quelques antres. Les prêtres ont été de tout temps observateurs jaloux des souverains : ceux-ci auroient cherché à démêler ce qu'ils avoient à craindre ou â espérer du nouveau maître ; j'aurois attaché sur lui leurs regards attentifs. Auguste , accompagné à? Agrippa et de Mécène , auroit ordonné qu'on fermât le Temple ; il en auroit eu le geste. Les prêtres, les mains passées dans l'anneau , auroient été prêts à obéir. J'aurois assemblé une foule tumultueuse de peuple , que les soldats auraient' eu bien de la peine à contenir. J'aurois voulu sur-tout que ma scène fût bien éclairée

( i33 ) , rien n'ajoute à la gaîté comme îa lumière d'un beau jour. La procession de St.-Sulpice ne seroit pas sortie par un temps sombre et nébuleux , comme celui du tableau de J^anlco.

Cependant , si dans l'absence de l'artiste , le feu eût pris à cette composition , et n'eût épargné que le grouppe de prêtres , et quelques têtes éparses par-ci par-là , l'aspect de ces précieux restes nous auroit fait supposer un tableau superbe , et nous nous serions tous écriés : quel dommage !

Les GftACES.

Tableau de sept pieds six pouces de haut x sur six pieds deux pouces de large.

Parce que ces figures se tiennent , le peintre a cru qu'elles étoient grouppées. L'aînée des trois sœurs occupe le milieu. Elle est toute de face ; elle a le bras droit posé sur les reins de celle que vous voyez à votre gauclie , et le bras gauche entrelassé avec le bras droit de celle que vous voyez à votre droite. La scène , si c'en, est une ;

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