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Le Cueilleur de cerises.
On voit sur un arbre un grand garçon jardinier qui cueille des cerises. Au pied de l'arbre , une jeune paysanne prête à les recevoir dans son tablier. Une autre paysanne, assise à terre, regarde le cueilleur. Entre celle-ci et l'arbre , un âne , chargé de ses paniers, qui broute. Le jardinier a jette sa poignée de cerises dans le giron de la paysanne ; il ne lui en est resté dans la main que deux accouplées qu'il tient suspendues au doigt du milieu. Mauvaise pointe. Idée grossière et plate ; mais je dirai mon avis sur cefa , à la fin.
Petite Idylle galante.
A droite , une ferme avec son colombier. A la porte de la ferme , au-dessous du co* lombier, une jeune paysanne assise , ou plutôt voluptueusement renversée sur un banc de pierre. Derrière elle, sa sœur cadette , debout: elles regardent, toutes deux, deux pigeons qui sont à terre ; à quelque
distance, et qui se caressent L'aînée rêve et soupire ; la cadette lui fait signe du doigt de ne pas effaroucher les deux oiseaux. Au haut de la maison., à la fenêtre d'un grenier à foin, un jeune paysan qui sourit malignement de l'attention voluptueuse de l'une et.de la crainte ingénue de l'autre. Passe pour cela 3 c'est comme ma description. On y entend tout ce qu'on veut et tout ce qui y est sans rougir. Autour du banc , on a jette confusément un chaudron , des choux, des panais, une cruche, un tonneau et d'autres objets champêtres.
Le Lever.
C'est une jeune femme assise sur le bord d'un lit à baldaquin ; elle vient d'en sortir. Debout , sur un plan plus reculé , une femme de chambre lui présente sa chemise. A ses pieds , et plus sur le devant , un autre femme de chambre se dispose à lui mettre ses mules. Je ne sens pas le sel de cela. Voilà des mules où ces pieds n'entreront jamais. Cela ç*t ridicule et vrai.
( ^37 ) La Fille querellée par sa Mère.
La scène est dans une cave. La fille et son doux ami en étoient sur un point, sur un
point c'est dire assez que ne le dire
point.... Lorsque la mère est arrivée , justement-, justement... c'est dire encore ceci assex clairement. La mère est en grande colère ; elle a les deux poings sur .les côtés. Sa fille debout , ayant derrière elle une belle botte de paille , fraîchement foulée , baisse les yeux et pleure; elle n'a pas eu le temps de rajuster son corset et son fichu , et il y paroit bien. A côté d'elle, sur le milieu de l'escalier de la cave , on voit par le dos un gros garçon qui s'esquive. A la position de ses bras et de ses mains, on n'est aucunement en douie sur la partie de son vêtement qu'il relève : nos amans étoient du reste gens avisés. Au bas de l'escalier , il y a sur un tonneau, un pain , des fruits , une serviette , avec une boute i Ile de vin.
Cela est tout-à-fait libertin; mais on peut aller jusques-îà. Je regarde; je souri* , et je passe.
La FoIcé du Sang,
Ou la Fille qui reconnoît son Enfant à Notre-Dame -parmi les Erifanstrouçés.
L'église. Entre deux piliers , le banc des enfans-trouvés. . Autour de ce banc, une foule d'hommes , de femmes, d'enfans de tout âge, de tout sexe, et caractérisés par îe bruit , la joie , la surprise. Dans la foule , derrière îa sœur-grise , une grande fille qui tient un enfant et qui le baise.
Beau sujet manqué! Je prétends que cette foule nuit à l'effet, et réduit un événement touchant et pathétique a un incident qu'on a peine à deviner ; qu'il n'y a plus ni silence , ni repos , et qu'il ne falloit là qu'un petit nombre de spectateurs. Le dessinateur Cochin répond que plus la' scène est nombreuse , plus la force du sang paroît. Le dessinateur Cochin raisonne comme un homme de lettres, et moi je raisonne comme un peintre.
Veut-on faire sortir la force du sang dans
toute sa violence, et conserver à la scène son repos , sa solitude et son silence ; voici comme il falloit s'y prendre , et comme Greuze s'y scroit pris. Je suppose qu'un père et une mère s'en soient allés à Notre- Dame avec leur famille , composée d'un© fille aînée, d'une sœur cadette et d'un petit frère. Ils arrivent au banc des énfans-trouvés, le père et la mère avec le petit garçon d'un côté, la fille aînée et la sœur cadette de l'autre. L'aînée reconnoît son enfant. A Tins tant , emportée par la tendresse maternelle, qui lui fait oublier la présence de son père, homme violent à qui sa faute avoifc été cachée , elle s'écrie , elle s'élance et porte ses deux bras vers cet enfant. Sa sœur cadette a beau la tirer par sa robe , elle n'entend rien. Pendant que cette cadette lui dit tout bas : Ma sœur} que faites-vous ?. Vous n'y pensez vas....... Vous vous perdez, Mon père,.,.., la pâleur s'empare du
visage de la mère. Le père prend un air terrible et menaçant; il jette sur sa femme des regards pleins de fureur. Le petit garçon, pour qui tout cela est lettre-close , . baille aux corneilles. La sneur-grise est dans l'étonnemçnt.Le petitnombre de spectateurs,
hommes et femmes d'un certain âge , car il ne doit point y en avoir d'autres, marquent, les femmes de la joie, de la pitié, les hommes de la surprise. Et voilà ma composition qui vaut mieux que celle de Baudouin ; mais il faut trouver l'expression de cette fille aînée , et cela n'est pas aisé. J'ai dit qu'il ne devoit y avoir autour du banc que des spectateurs d'un certain âge; c'est qu'il est honnête et d'usage que les autres , jeunes garçons et jeunes filles, ne s'y arrêtent pas. Donc ? Donc Cochin ne sait ce qu'il dit(i). S'il défend son confrère contre la lumière de sa conscience et de son propre goût , à la bonne heure !
Greuze s'est fait peintre-prédicateur des bonnes mœurs ; Baudouin , peintre-prédicateur des mauvaises. Greuze , peintre de familles etd'honnêtes-gcns ; Baudouin, peintre de petites-maisons et de libertins. Mais
( I ) Et moi qui sais ce que je dis au moins dans celte occasion-ci , je dis que voilà un des plus beaux sujets de tableau qu'on puisse trouver , et que je suis désolé qu'il ne soit pas sorti do la tête de Greuze. De quoi se mêle ce barbouilleur de Baudouin de traiter un sujet de ce pathétique avec sa petite manière froide et léchée ? Qu'il reste peintre et poète de boudoir î
heureusement
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heureusement , il n'a ai dessin , ni génie , ni couleur , et nous avons du génie, du dessin , de la couleur , et nous serons les plus fo ' ;.
Baudouin me dkoît un jour le sujet dhm tableau. Il vouloit montrer , chez une sage— femme, une fille qui vient d'y accoucher cja idesiin t, et que la misère forçoit
d'abandonner son enfant aux enfans-trouvés. Eh! que ne placez-vous, lui répondis- je, la scène dans un grenier, et que ne me montrez-vous une honnête-femnie que le
me motif contraint à la même action ?
Cela sera plus beau, plus touchant et plus honnête. Un grenier prête plus au talent que le taudis d'une sage-femme. Quand i! n'en coule aucun sacrifice à l'art, ne vautil pas a .eux -mettre en scène la vertu préférablement au vice? Votre composition n'inspirera qu'une pitié stérile; la "mienne inspirera le même sentiment avec fruit.
— Oh! cela est trop sérieux; et puis, des modèles de filles j'en trouverai tant qu'il me plaira. — Eh bien ! voulez-vous un sujet gai ? — Oui , et même un peu graveleux , si vous pouvez ; car, je ne m'en défends p , î'aaue 1a gravelure; et le puKac ne la h
pas. ■—> Puisqu'il vous en faut , il y en aura, et vos modèles seront encore rue Fromenteau. — Dites , dites vite ? — Tandis qu'il se frottoit les inains d'aise , imaginez, çontinuai-je, un fiacre qui s'en va, entre onze heures et midi, prendre le chemin de Saint- Denis. Au milieu de la rue Saint-Denis , une des soupentes du fiacre casse , et voilà la voiture sur le côté. Les glaces de bois se baissent , la portière s'ouvre , et il en sort un moine avec trois filles. Le moine se met à courir pour se soustraire aux regards du public. La caniche du fiacre saute d'àccUé de son maître , suit le moine , l'atteint et saisit des dents sa longue jaquette. Tandis que le moine se démène pour se débarrasser * du chien , le fiacre , qui ne veut pas perdre sa course , descend de son siège et va au moine. Cependantune des filles pressoit avec sa main, ou avec la lame de son couteau, une bosse qu'une de ses compagnes s'étoit faite au front ; et l'autre , à qui l'aventure paroissoit comique , toute débraillée et les mains sur les côtés , éclatoit de rire. Les marchands et les marchandes en rioient aussi sous leurs portes, et les polissons quis'étoient assemblés autour du moine, lui crioient:
■ ■ v^,*s. vi&H»
l4h ! il a chiè au lit ! slh ! il a cldë an lit! — Gela est excellent, dit Baudouin....», Et même un peu moral , ajoarai-je. C'estdu moins îe vice puni ; et qai sait si le moine, à qui ce contretemps est arrivé il y a huit jours, faisan t un tour au salon ,ne se reconnoîtra pas et ne rougira pas ? Et n'est-ce rien que d'avoir fait rougir un moine ?
La Mère qui querelle sa fille est le meilleur des petits tableaux de Baudouin. Il est mieux dessiné que les autres, et d'une assez jolie couleur : toujours un peu grisâtre. Rabattement de l'homme étendu sur le sopha de la fille qui remet du rouge , pas mal. Toute la scène du Confessionnal vouloit être mieux dessinée , demandent plus d'humeur, plus de force. Cela est sans effet; et par-dessus le marché ,1a besogne de la patience, du temps, du tiers et du quait , augmentée , revue et corrigée par îe beau-père (i).
Il y a aussi des miniatures et des portraits; de jolis portraits et assez joliment peints. Un Silène porté par des Satyres , durs , secs , roug'eâtres , et les Satyres, et le Silène. Tout cela n'est pas absolument sans mérite ; mais
(i) Baudouin éioit gendre de Bouclier.
( 244 ) II. y manque.... Comment dirai-je ce qui y manque? Cela n'est pas moins difficile à dire qu'essentiel à avoir , et malheureusement cela ne vient pas comme des champignons. JVî^iis , pourquoi suis-je si embarrassé ? Vous savez bien ce qu'il faut garder comme ses deux prunelles. Il y eut une fois un professeur de l'université qui tomba amoureux de la nièce d'un chanoine , eu lui apprenant le latin. Il fit un enfant à son élève. Le chanoine s'en vengea cruellement. Est-ce que Baudouin auroit montré à peindre et fait un enfant à la nièce d'un chanoine ? Du moins , il n'a pas Pair d'avoir ce qy? jAbailard perdit dans cette occasion. Bon soir donc k M. [JBaudouin ! et sur ce , je prie dieu auHlvous ait ., mon ami , en sa sainte garde , et si ce n'est par, sa volonté de vous préserver des jiièces de chanoine , qu'il vous garantisse çta .jnoins des oncles.