‹ Essais sur la peintureChapitre 28 sur 44 · ROLAND DE LA PORTE · texte numérisé non relu

ROLAND DE LA PORTE

'n a dit, mon ami, que celui qui ne rioit pas aux comédies de Regnard, n'avoit pas le droit de rire aux comédies de Molière. Ëh bien! dites à ceux qui passent devant Roland de la Porte sans s'arrêter p qu'ils n'ont pas le droit de regarder Chardin. Ce n'est pourtant, ni la rouche , ni la vigueur, ni la vérité ? ni l'harmonie de Chardin ; c'est tout contre , c'est-à-dire , à mille lieues et à mille ans. C'est cette petite distance imperceptible qu'on sent et qu'on ne franchit point. Travaillez, étudiez, soignez „ recommencez : peines perdues. La nature a dit: tu iras-là 3 jusques-là, et pas plus loin que là. Il est plus aisé de passer dut pont Notre-Dame à Roland de la Porte T que de Roland de la Porte à Chardin.

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MÉDAILLON DU Roi, Opale de deux pieds neuf pouces de haut.

C'est l'imitation d'an vieux plâtre arec tous les accidens de! a vétusté. Il est écorné, troué : il v a la poussière , la crasse , la saleté ; c'est le vrai , ma un poccofreddo. Et puis , ce genre est si facile qu'il n'y a plus que le peuple qui l'admire.

Un Morceau de genre.

Sur une table de bois, un mouchoir Masulipatan , un pot-à-1'eau de fajence , un verred'eau, ujae tabatière de carton, une brochure sur un livre

Pauvre victime de Chardin ! Comparez seulement le Masulipatan de Chardin avec celui-ci; combien Roland vous paroîtradur, sec §t empesé !

Un autre Morceau de genre.

Un grand évier coupe horizontalement la toile en deux , et allant de la droite à la gauche , on y voit des champignons autour d'un pot de terre où trompe une branche de laurier- thim ; puis , une botte d'asperges , ues œufs frais snr un tablier de cuisine, dont une portion retombe au-devant de l'évier , et dont le reste , sur le fond et dans l'ombre, passe derrière la botte d'asperges ; puis , un chaudron de cuivre incliné et vu par le dedans, une poivrière de fer blanc, un égrugeoir de bois avec son pilon

Autre victime de Chardin ?- mais, monsieur Roland de la Porte , consolez-vous. Que le diable m'emporte si, excepté vous et Chardin, personne s'en doute! Et soyez persuadé que celui qui , chez les anciens , auroit su produire cette illusion -là , n'en déplaise aux mânes de Caylus et aux oreilles vivantes de Jfebb, auroit été chanté, apothéose par les poètes , et auroit vu sa statue au Céramique , ou dans quelque recoin du Pritanée.

Deux Portraits.

Je les ai vus. Monsieur Roland > prêfea l'oreille à vos deux portraits , et vous les entendrez , malgré l'air foible et éteint qu'ils ont , vous dire d'une voix claire et forte : retourne a la chose inanimée. Ils sont de bon conseil ; ils disent comme slls étoieht vivans.

'[Autre Tableau de genre.

Je pourrois vous en faire grâce , mais ces morceaux circulent dans le commerce; des fripons de brocanteurs les baptisent comme il leur plaît, et'font. des dupes.

Toujours en allant de droite à gauche , c'est mon allure. Sur une table brisée et d'un marbre bleuâtre , des raisins , de petits morceaux de sucre , une tasse avec sa soucoupe de terre blanche ; sur le fond , une jatte pleine de pêches , une bouteille de ratafia , une carafTe d'eau; autour, quelques prunes, des mies-de-pain , des poires , des pêches; enfin, une boîte-à-café de fer-blanc. Ces différens

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MaEÊSÊÊÈ

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objets ne vont point ensemble, et cest une faute que Chardin ne commet pas.

Celui , mon ami, qui .sait faire de la chair excelle dans tous ces sujets , et celui qui excelle dans ces sujets ce sait pas pour cela faire de la chair . Les couleurs de la rose des jardins sons bel les , mais la vie n y est pas comme sous les roses du visage d'une jeune fille. Les premières sont tout ce qu'on peut pomparer de mieux à celles-ci , mais c'est elles qu'on flatte.

( *So)

Encore à celui-ci la petite politesse que vous savez. Vous peignez gris , monsieur Descamps ^ vous peignez lourd et sans vérité. Cet enfant qui tient un oiseau est roide : l'oiseau n'est ni mort ni vivant; c'est un de ces morceaux de boi» peint qui ont un sitiîetà la queue. Et cette grosse , courte et maussade Cauchoise, à qui en veut-elle ? Elle est entre deux de ses enfans , et c'est moi qu'elle regarde. Celui-ci qui pleure , si c'est du poids de l'énorme tête que vous lui avez faite, il a raison. On dit que vous vous mêlez de littérature ; dieu veuille que vous soyez meilleur en belles-lettres qu'en peinture ! Si vous avez la manie d'écrire, écrivez en prose , en vers, comme il vous plaira, mais ne peignez plus. Ou si, par délassement , vous passez d'une muse à l'autre , mettez les productions de ceile-ci dans votre cabinet. Vos amis , après dîner,

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(251 la serviette sur le bras et le cure-dent à la main , diront : mais cela n'est pas mal. Jeune-homme qui dessine , Elève qui modèle, Petite -fille qui donn® à manger à ton oiseau , allez tous au cabinet de monsieur Descamps } votre père , et n'en sortez pas.

BELLENGE.

n tableau de fleurs , plusieurs tableaux de fruits , au pont Notre-Dame , chez Tremblin , sans rémission. Le tableau de fleurs est pourtant son morceau de réception ! On prétend qu'il n'est pas sans mérite. Mais la couleur en est-elle fraîche , vraie , séduisante ? — Non. — Le velouté des fleurs y est-il ? — Non. — ■ Qu'est-ce * qu'il y a donc ?....

M|ltilJlLllBJlL1li]KufeTlli

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AROCEL

Deux Tableaux.

Cèphale se réconciliant avec Procris s et Procris tuée par Céphale.

.vez-vous vu quelquefois dans les anberges des copies de grands-maîtres ? Eh bien ! c'est cela ; mais gardez-m'en le secret. C'est un père de famille que ce Parocel, qui n'a que sa palette pour nourrir une femme et cinq ou six enfans. En regardant ce Céphale tuer sa Procris en plein Salon, je lui disoi:* : tu Jais bien pis que tu ne crois... Ce Parocel est mon voisin ; c'est un bon-homme qui a même , à ce qu'on dit , quelque talent pour la décoration. lime voit au Salon ; il m'aborde: Voilà mes tableaux, me dit-il , qu'en pensezvous? — Mais mais.... j'aime votre Frocris;

elle a de beaux gros tettons. — Eh ï oui, cela séduit, cela séduit.... Tirez-vous-en mieux, si vous pouvez.

*) E suis peut-être un peu long ; mais si vous saviez comme je m'amuse en vous ennuyant ! Vous me direz que c'est comme tous les ennuyeux du monde ; ils ennuient sans s'en appercevoir. Quoi qu'il en soit, voilà toujours plus décent dix tableaux de décrits, et trente-un peintres jugés.

Voici votre peintre et le mien ; le premier qui se soit avisé parmi nous de donner des mœurs à l'art , et d'enchaîner des événemens d'après lesquels il seroit facile de faire un roman. Il est un peu vain, notre peintre ! mais sa vanité est celle d'un enfant ; c'est l'ivresse du. talent. Otez - lui cette naïveté qui lui fait dire de son propre ouvrage : voyez-moi cela ! c'est cela qui est beau l vous lui ôterez la verve, vous éteindrez le feu, et le génie s'éclipsera. Je crains bien , lorsqu'il deviendra modeste , qu'il n'ait raison d» l'être. Nos qualités , certaines du

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( 2S5 ) moins , tiennent clc près à nos défauts. La plupart des honnêtes-femmes ont de l'humeur. Les grands artistes ont un petit coup de hache à la tête. Presque toutes les femmes salantes sont généreuses. Les dévotes , les bonnes même, ne sont pas ennemies de la médisance. Il est difficile à un maître qui sent qu'il fait le bien de n'être pas un peu. despote. A qui passera-t-on les défauts , si ce n'est aux grands-hommes? Je hais toutes ces petites bassesses qui ne montrent qu'une ame abjecte, mais je ne hais pas les grands crimes. Premièrement , parce qu'on en fait de beau:; tableaux et de belles tragédies ; et puis , c'est que les grandes et sublimes actions et les grands crimes portent le même caractère d'énereie. Si un homme n'émit pas capable d'incendier une ville , un autre homme ne seroit pas capable de se précipiter dans %ii gouffre pour la sauver. Si lame de César n'eut pas été possible , celle de Caton ne l'auroit pas été davantage. L'homme est né citoyen , tantôt du Ténare, tantôt de l'Olympe. C'est Castor et Fol lux ; un héros, un scélérat; Marc- JLurèle , Borgia : Diversis sludiis ovoprognatus eodern.

Nous avons trois peintres habiles , féconds et studieux observateurs de la nature, ne commerçant, ne finissant rien sans avoir appelé plusieurs fois le modèle; c'est la Grencs s Greuze et Vevnet. Greuze p son i aient par- tout, dans les cohues populaires;, dans les églises , aux marchés, aux promenades, dans les maisons , dans les rues ; sans cesse il va recueillant des actions, des caractères, des passions, des expression?. Chardin, et lui parlent fort bien de leur art; Chardin avec jugement et de sang-froid, Greuze avec chaleur et enthousiasme :

Z*aiour y en petit comité, est aussi fort bon à entendre.

Greuze a exposé un grand nombre de morceaux , quelques-uns médiocres , plusieurs bons, beaucoup d'exccllens. Parcourons-les.

La jeujste-pille qui pleure son oiseau,

Tableau ovale de deux pieds de haut.

La jolie élégie ! Le charmant poëme! La belle idylle que Gemer en feroit ! C'est la

vignette

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Vignette d'un morceau de ce poète. Tableau délicieux! le plus agréable et peut- être le pins intéressant du Salon. La pauvre petite est de face; sa tête est appuyée sur sa main gauche. L'oiseau mort est posé sur le bord supérieur de la cage, la tête pendante, les a îles tramantes, les pattes en Pair. Le joli catafalque que cette cage ! Que cette guirlande de verdure qui serpente autour , a de grâce! La pauvre petite, ah! qu'elle est affligée! Qu'elle est naturellement placée ! Que sa tête est belle! Qu'elle est élégamment coëffée ! Que son visage a d'expression ! Sa douleur est profonde : elle est à son malheur ; elle y est toute entière. O ! la belle main ! la belle main! Le beau bras! Voyez la vérité des détails de ces doigts , et ces fossettes, et cet! e mollesse, et cette teinte de rougeur dont 3a pression de la tête a coloré le bout de ses doigts délicats , et le charme de tout cela. On s'approcheroit de cette main pour la baiser , si on ne respectoit cet enfant n*t sa douleur. Tout enchante en elle, jusqu'à son ajustement. Ce mouchoir de col est jette d'une manière ! Il est d'une souplesse et d'une légèreté! Quand on apperçoit ce tableau, on dit délicieux ! Si l'on s'y arrête , ou qu'on y

( 3.38 ) revienne , on sVcrie : délicieux ! délicieux ! pientôt on se surprend conversant avec cet enfant et la consolant. Cela est si vrai, que voici ce que je me souviens de lui avoir dit à. différentes reprises :

Pauvre petite, votre douleur est bien profonde, bien réfléchie! Pourquoi cet air rêveur €t mélancolique ? Quoi , pour un oiseau! Vous ne pleurez pas; vous êtes affligée, et la pensée accompagne votre affliction. La petite ! Ouvrez-moi votre cœur ; parlez-moi vrai. Est-ce bien la mort de cet oiseau qui vous retire si fortement et si tristement en vousmême ? Vous baissez les yeux. Vous

ne me répondez pas. Vos pleurs sont prêts à couler. Je ne suis pas père; je ne suis ni indiscret ni sévère Eh bien ! je le conçois: il vous aimoit; il vous le juroit } et ïe juroit depuis si long- temps ! Il souffi»oit tant! Le moyen de voir souffrir ce qu'on aime! Eh! laissez-moi continuer ; pourquoi me fermer la bouche de votre main ? Ce matin

ià par malheur votre mère étoit absente.

Il vint. Vous étiez seule. IL étoit si beau , si passionné , si tendre, si charmant! I: avoit tant d'amour dans les yeux , tant de vérité daas les expressions! Il dis oit de ces mots

qui vont si droit à Pâme ! Et en les disant , il étoit à vos genoux cela se conçoit encore. Il tenoit une de vos mains. De temps en temps vous y sentiez la chaleur de quelques larmes qui tomboient de ses yeux, et qui couloient îe long de votre bras. Votre mère ne revenoit toujours point. Ce n'est pas votre faute , c'est la faute de voire mère.... Ne voilà- t-il pas que vous pleurez de plus

belle? Mais ce que je vous en dis n'est

pas pour vous faire pleurer. Et pourquoi pleurer? Il vous a promis. Il ne manquera à rien de ce qu'il vous a promis. Quand on aété assez heureux pour rencontrer un enfant charmant comme vous , pour lui plaire , pour

s'y attacher, c'est pour toute la vie Et

mon oiseau ?.... Mon ami, elle sourit. Ah! qu'elle étoit belle? Ah! si vous Paviez vu

sourir et pleurer ' Je continuai: eh bien !

votre oiseau? Quand on s'oublie soi-même, se sou vient-on de son oiseau? Lorsque l'heure du retour de votre mère approcha , votre tendre ami s'en alla. Qu'il eut de peine à s'arracher dauprès de vous !.... Vous me regardez. Eh oui ! je sais tout cela. Combien il se leva et se rassit de fois ! Combien il vous dit et redit adieu sans s'en aller! Com-

bien de fois il sortit et rentra! Qu'il étoîfc îaeureux , content , transporté ! Je viens de le voir chez son père. Il est d'une gaîté charmante, crime gafté qu'ils partagent tous sans

pouvoir s'en défendre Et ma mère ? Votre

mère? A peine fut-il parti, qu'elle rentra. Elle vous trouva rêveuse comme vous Tétiez toutVà-l'hëure ; on Test toujours comme cela. Votre mère vousparïoit, et vous n'entendiez pas ce qu'elle vous disoit. Elle vous commandoit une chose, et vous en faisiez une autre. Quelques pleurs se présentoient aux bords de vos paupières. Vous les reteniez de votre mieux , ou bien vous détourniez la tôt e pour les essuyer furtivement. Vos distractions continues impatientèrent votre mère. Elle vous gronda , et ce vous fut une occa- «ion de pleurer sans contrainte et de soulager

votre cœur Continuerai-je , petite ? Je

crains que ce que je vais dire ne renouvelle

votre peine. Vous le voulez? Eh bien!

Votre bonne mère se reprocha de vous avoir affligée. Elle s'approcha de vous ; elie vous prit les mains; elle vous baisa le front et les joues , et vous en pleurâtes bien davantage. Votre tète se pencha sur elle, et votre visage que la routeur commencoit à colorer

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Tenez! tout comme le voila qui se colore,... alla se cacher clans son sein. Combien cette bonne mère vous dit de choses douces, et combien ces choses douces vous faisoienÉ de mal! Cependant voire serin a voit bran s'égosiller, vous avertir, vous appeler , battre des ailes , se plaindre de votre oubli , vous ne le voyiez point, vous ne l'entendiez point : vous étiez à d'autres pensées. Son eau et sa graine ne furent poin t renouvellées ; et ce matin l'oiseau n'étoit plus.,.,. Vous me regardez; encore ? Est-ce qu'il me reste encore quelque chose à dire? Ah! j'entends, petite. Cet oiseau , c'est lui qui vous l'avoit donné. Eh

bien ! il en retrouvera ira autre aussi beau

Ce n'est pas tout encore. Vos jeux se fixent sur moi , et se remplissent de nouveau de larmes. Qu'y a-t-il donc encore ? Parlez, jo ne saurois vous deviner.... Et si la mort de cet, oiseau n'étoit que le présage?.... Que ferois- je ! Que deviendrois-je , s'il étoit ingrat! Quelle idée ! Ne craignez rien, pauvre petite! Cela

ne se peut. Cela ne sera pas Quoi, mon

ami , vous me riez au nez ! vous vous moquez d'un grave -personnage qui s'occupe à consoler mi enfant en peinture de la perte de son oiseau, de la perte de tout ce qu'il vow*

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plaira ! Mais voyez donc comme elle esf belle , comme elle est intéressante ! Je n'aime point à affliger; malgré cela il ne me déplairoit pas trop d'être la cause de sa peine.

Le sujet de ce petit poème est si fin que beaucoup de personnes ne Font pas entendu; ils ont cru que cette jeune fille ne pleuroiÊ que son serin, Greuze a déjà peint une fois le même sujet. Il a placé devant une glace fêlée une grande fille en satin blanc, pénétrée d'une profonde mélancolie Ne pensez-vous pas qu "il y auroit autant de bêtise à attribuer les pleurs de notre jeune fille à la perte d'uij oiseau que la mélancolie de l'autre jeune fille à son miroir cassé? Cette enfant pleure autre chose, vous dis-je. D'abord vous l'avez entendue, elle en convient, et son affliction réfléchie le dit de reste. Tant de douleur?

A son âge! Et pour un oiseau! Mais quel

âge a-t-elîe donc ? Quelle question m'avez-

Vous faite 3 et que vous répondrai-je? Sa tête est de quinze à seize ans , et son bras et sa main, de dix-huit à dix-neuf. C'est un défaut de cette composition , qui devient d'autant plus sensible que la tête étant appuyée contre la main, une de ces parties donne tout contre la mesure de Faulre.

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( ^3 ) Placez la main autrement, et l'on ne s'appercevra plus qu'elle est un peu trop forte et trop caractérisée. C'est que la tête a été prise d'après un modèle , et la main d'après un autre. Du reste , elle est très-vraie, cette main, très-belle ., très-parfaitement coloriée? et dessinée. Si vous voulez passer à ce tableau cette tache légère , avec un ton de couleur un peu violatre , c'est une chose trèsbelle. La tête est bien éclairée , de la couleur îa plus agréable qu'on puisse donner à une blonde: car elle est blonde , notre petite; peut-être demanderoit-on que cette tête fit un peu plus le rond de bosse. Le mouchoir rave qu'elle a autour du col est large , léger , du plus beau transparent. Le tout fortement touché, sans nuire aux finesses de détails. Greuze peut avoir fait aussi bien, mais pas mieux.

Lorsque le salon fut tapissé, on en fit les pre* raiers honneurs au marquis de Marigny. Le directeur ordonnateur des arts s'y rendit avec le cortège des artistes favoris qu'il admet à sa table; les autres s'y trouvèrent. Il alla, il regarda, il approuva, il dédaigna. La pleureuse de Greuze l'arrêta et le surprit. Cela est beau ,. dit-il à l'artiste qui lui répondit ~

( ^4 ) Mer. sieur } je le sais. On me loue de reste , mais je manque d'ouvrage. C'est 3 lui répondit Vemet 3 que vous avez une nuée d'ennemis , et parmi ces ennemis , il y en a un qui a l'air de vous aimer à la Jolie , et qui vous perdra. Et qui est cet ennemi r lui demanda Greuze ? C'est vous , répondit Vemct (i).

(i) Il est vrai 5 mon ami Greuze, que vous avez des loris impardonnables avec vous-même. Vous imaginez qu'il ne s'agit que d'avoir du génie, un grand talent , un amc fière et sensible , de faire de beaux tableaux , et d'attendre que la fortune vienne vous retirer de votre grenier du quartier de la Sorbonue , et vous offrir un asyle dans quelque maison royale. D'où venezveus donc? Que n'apprenez-vous à avoir le jarret souple, à faire le valet dans l'antichambre de M. le directe ur-ordonnateur , à flagorner vos confrères qui ont du crédit sur lui, aies regarder comme vos maîtres , et à les assurer que vous n'êtes qu'un enfant auprès d'eux ? Peut-être , à force de bassesses , réussirez-vous à vou3 fane pardonner d'avoir du génie , et de faire de beaux tableaux? Vous m'objectez que quand vous aurez appris tous mes beaux secrets , vous pourriez bien avoir désappris celui de faire de beaux tableaux 5 mais , qu'importe ? Vous aurez un logement au Louvre, des pensions, le cordon de Saint-Michel peut-être. Vos chef'-d'ceuvres ne blesseront plus la vanité d'aucun de vos confrères, et toute l'académie de peinture s'écriera que vous êtes un grand-

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peintre , dès que vous aurez cesse de l'être. Vous ne Voulez pas vous soumettre à mes avis ? Veméi vous l'a bien dit; vous êtes le plus cruel de vos ennemie. Restez donc avec votre génie et votre pauvreté. Faites de beaux tableaux, et ne prétendez pas faire fortune? \ oiei la liste des grâces que M. le directeur-ordonnateur des arts a procurées à M. Grcuza jusqu'à ce jour. Lorsque le talent de ce peintre fut connu , on lui permit de faire un voyage à Rouie à ses dépens ; et lorsqu'il eût mangé le peu d'argent qu'il avoit amassé peur ce voyage , on lui permit de revenir à Paris , avant d'en avoir pu tirer le fruit qu'il en espér oit. Depuis son retour , ou lui a permis de Faire les plus beaux tableaux , et de les vendre le moins mal qu'il pouveit. Lors du succès de son tableau du Paralytique au dernier Salon , on lui permit de le Faire porter à Versailles pour être montré au roi et à la Famille royale , et de dépenser une vingtaine d'écus à ce voyage. Depuis, n'ayant pas trouvé d'acheteur pour ce tableau , qui lui a coûté deux cents louis en éludes, on vient de lui permettre de le vendre à l'académie impériale des Arts à PéLersbourg, afin de porter la réputation du peintre aux dernières limites de l'Europe. La suite des grâces accordées à M. Oreaz-e pour le Salon prochain.

( L 'article des autres tableaux de Greuze, exposés à ce Salon } manque dans le ni an us cri t. )

V ERNE T.

Le Port de Dieppe,

VTRANDE et immense composition; ciel jégcr et argentin ; belle masse de bâtimens. Vue pittoresque et piquante : multitude de figures occupées à la pêche , à l'apprêt, à la vente du poissdn, au travail, au racommodage des filets et autres pareilles manœuvres» Actions naturelles et vraies ; figures rigoureusement et spirituellement touchées. Cependant, car il faut tout dire , ni aussi vigoureusement , ni aussi spirituellement que de coutume.

Dans les quatre parties du jour, la plus belle entente de lumières. Je vais parcourant ces morceaux, et ne nVarrêtant qu'au talenÊ particulier , au mérite propre qui les distinguent. Qu'en arrivera-t-il ? c'est qu'à la fin vous concevrez que cet artiste à tous iss taleos et tous les mérites»

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Vues de Noge^t-sur-Sein]?.

Excellente leçon pour le Prince dont on a entremêlé les tableaux avec ceux de Vernet ! Il ne perdra pas ce qu'il a , et il connoîtra ce qui lui manque. Il y a beaucoup d'esprit, de légèreté et de naturel dans les figures de le Prince ; mais de la faiblesse , de la sécheresse, peu d'effet. Vetnet peint dans la pâte, est toujours ferme, d'accord, et étouffe son voisin. Ses lointains sont vaporeux , ses ciels légers ; on n'en sauroifi dire autant de le Prince. Celui-ci n'est pourtant pas sans mérite. En s'éloiguant de Vernet, il se fortifie et s'embellit; l'autre Tenace et l'éteint. Ce cruel voisinage est encore une des malices du tapissier.

Deux Pendans.

Un Naufrage , un Paysage.

Le paysage est charmant; mais le naufrage est tout autre chose. C'est sur-tout aux figures qu'il faut s'attacher. Le vent est terrible ; les hommes ont peine à se tenir de-

( 266 ) bout. Vojez cette femme noyée qu'on vient de retirer des eaux ; et défendez-vous de la douleur de son mari , si vous le pouvez.

\Aulre "Naufrage au clair de la liaie.

Considérez

bien ces hommes occupés à réchauffer une femme évanouie, au Feu qu'ils ont allumé sous une roche, et dites que vous avez vu un des groupes les plus inféressans qu'il fût possible d'imaginer. Et cette scène touchante , comme elle est éclairée! Et cette voûte , comme elle est teinte de la lueur rougeâtre des feux! Et ce contraste de la lumière foibîe et paie de la lune , et de la lumière forte, rouge, triste et sombre des feux allumés !I1 n'est pas permis à tout pein tre d'opposer ainsi des phénomènes discordans , efc d'être harmonieux en dépit deux. II vient un point où les deux lumières se rencontrent , se fondent ensemble, et forment une teinte particulière, et où il n'est pas aisé de n'étr© pas faux.

^T^j0^î^^^^^^^^'^ê^^f^^^^^^r^ÙlrW^'^^

Marine au coucher du soleil

Si vous avez vu la mer à cinq heures du soir en automne , vous connoissez ce tableau.

Sept petits tableaux de Paysages ; appartenans à madame Geqffrin.

Je voudrois en savoir un médiocre , je vous le dirois. Le plus foible est beau; j'entends beau pour un autre : car il y en a un ou deux qui sont au-dessous de l'artiste , et que Chardin a cachés. Pensez des autres tant' de bien qu'il vous plaira.

Le jeune Lutherbourg a aussi exposé une scène de nuit que nous aurions pu comparer avec celle de Vemet , si le tapissier Veuf, voulu ; mais il a placé l'une de ces compositions à un des bouts du Salon , et l'autre à l'autre bout. Il a craint que ces deux morceaux ne se tuassent. Je les ai bien regardés ; mais 'j'avoue que je n'en sais pas assez pour juger entreux. Il y a, ce me semble, plus de vigueur d'un côté, plus d'harmonie et de moelleux de l'autre. Quant à l'intérêt, des pâtres mêlés avec leurs animaux qui se

( 27°) réchauffent sous une roche , ne sont pas à comparer avec une femme mourante qu'on rappelle à la vie. Je ne crois pas non plus que le paysage qui occupe le reste de la toile de Loutherbourg soit h mettre en parallèle avec la marine qui occupe le reste de la toile de Vernet. Les lumières de Vernet sont infiniment plus vraies, et son pinceau pins précieux. Je résume : Loutherbourg seroit vain du tableau de Vernet ; Vernet ne rougiroit pas de celui de Loutherbourg,

Un des morceaux des Quatre Saisons , celui ou Ton voit à droite , sur le fond, un moulin à eau , autour du moulin , les eaux courantes , au bord des eaux , des femmes qui lavent du linge , m'a singulièrement frappé par l'a couleur, la fraîcheur, la diversité des objets , la beauté du site et la vît de la nature.

Le reste des paysages fait dire: ^Lllquando bonus dorinitat H orne rus. Ces roches jaunâtres sont ternes , sourdes, sans effet; c'est par-tout la même teinte: composition malade de bile répandue. Le pèlerin qui les traverse est pauvre , mesquin, dur et sec. Un peintre "jaloux de sa réputation n'auroit pas montré ce tableau ; un peintre envieux de la gloire

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( 27* ) de son confrère, l'auroit mis au grand jour. Le tapissier la placé dans un coin. J'aime 4 voir que Char 'in pense et sente bien.

Autre composition malade d'une maladie plus dangereuse ; c'est la bile verte répandue. Ce morceau est aussi sec , aussi monotone, aussi terne, aussi froid, aussi sale que le précédent. Chardin Ta fourré dans le même coin. M. Chardin, je vous en loue.

Il y aura , mon ami , dans cet article de p'ernet quelques redites de ce que j'en écrivois il y a deux ans; mais l'artiste me montrant le même génie et le même pinceau , il faut bien que je retombe dans le même éloge. Je persiste dans mon opinion. Vernet balance le Claude Lorrain dans l'art d'élever des vapeurs sur la toile, et lui est infiniment supérieur dans l'invention des scènes , le dessin des figures, la variété des incidens et le reste. Le premier n'est qu'un grand paysagiste tout court ; l'autre est un peintre çf histoire , selon mon sens. Le Lorrain choisit des phénomènes de nature plus rares, et par cette raison peut- être plus piquant; l'atmosphère de Vcrnet est plus commune 3 et par cette raison plus facile à recoimoitre.

Un Père arrivant dans sa Terre ou il est reçu par ses enfans.

Tableau de dix pieds sur huit.

VjE tableau représente les portraits de toute la famille de la Rochejbucauh , une des plus illustres maisons de France , et une des plus respectables par ses vertus et la noblesse de ses sentimens. Pour faire ce tableau , il y assoit concurrence entre RosJi/i et Greuze. Notre amateur , M. If'atelet, qui sait en peinture tout ce qu'il en a écrit en poésie, et M. le marquis de Marigny , chef et protecteur des arts , ont fait préférer Roslin. Voyons ce qu'a fait celni-ci , et nous dirons ensuite un mot de ce que l'autre se proposoit de faire.

Le tableau de Roslin représente M. le duc de la Rochejbucault , chef de la mai* son, mort depuis quelques années. Il arrive

( *73 ) tlars une de ses terres o'i sa Famille l'attend* Ses deux filles, madame la duchesse à}Em>i/Iâ et madame la duchesse cYJEstissaç , vont audevant de lui ; elles «ont suivies par leurs eûfans. Les figures sont de petite nature. Je vais prendre ma description par la droite 9 et la suivre jusqu'à l'extrémité gauche da îa toile.

On voit d'abord un carosse de campagne, le cocher sur con siège , et quelques vale ;s de pied.; à la livrée de la Rochcfoucault. Vers la portière, sur le devant, une paysanne par le dos, étalant son tablier pour recevoir quelque largesse. Au pied de cette femme , un enfant aussi par le dos , agenouillé et le corps appuyé sur une hotte; puis , un autre domestique ; plus, sur le devant, un enfant en chemise et en culotte , tête et pieds nuds , avec un groupe de paysans et de paysannes auxquels un autre valet du pied distribue des aumônes. Au milieu de la toile , le chef de la famille, avant un de ses petits-fils derrière lui. Au devant de lui ses deux filles , suivies de leurs énfans, s'avancent bien posément. Derrière ce groupe , à quelque distance , un jeunehomme faisant une révérence maussade :

t^est le fils aîné de la duchesse â'MstiSsaâ* proche de lui , deux autres jeunes enfans. Tout-J-fait sur la gauche, une jeune fille* Voilà les personnages et quelque-uns des accessoires du tableau. Couvrez le fond d'une grande terrasse de verdure , et vous aurez toute la sublime composition de JRoslin.

Jamais composition ne fut plus sotte, plus pîatte et p^us triste. Le roide des ligures Fa fait surnommer le Jeu de Quilles de Rosi in. Au premier aspect , on se croiroit sur le théâtre de JSicolet , au milieu de la plus belle parade. On reconnoît le père Cassandre à son air long , sec , triste, enfumé et maussade. Cetfe grande créature qui s'avance en satin blanc , c'est Mamselle Zirxabclle, et ce grand fiandrin qui tire sa révérence , c'est monsieur le beau Liandre ; le reste , ce sont les bambins de la fagmille.

Les valets de pied , les paysans , les enfans , le carosse , durs et secs tant qmon veut. Les autres figures sans expression dans les têtes, «ans grâces, sans dignité dans le maintien. C'est un cérémonial d'un froid et d'un empesé à faire bailler. Quoi ! ces filles ne songent pas à aller au-devant de leur père ,

les bras ouverts ; ni ce père à ouvrir se§ bras pour îes recevoir ; ni aucun de ces petits •enfans à se détacher des autres, et à crier en courant : Bon jour, mon grand papa / bonjour, rnon grand papa ï Je ne sais si tons ces gcns-là étoient bien pressés , bien contens de se rejoindre. Cela devroit être j car c'est la famille de France la plus unie, la plus honnête , et où l'on s'aime le plus. C'est l'hôtel de la Rochefoucault que la tendresse paternelle et la piété filiale ont choisi pour asyîe; mais il n'en reste aucun vestige sur la toile de Roslln. Ici, il n'y a ni ame, ni vie, ni joie, ni vérité. Ni ame , ni vie, ni joie , ni vérité dans les maîtres. Ni ame , ni vie , ni joie , ni vérité dans les valets» Ni ame, ni vie , ni vérité, ni joie , ni mouvement dans îes paysans. C'est un grand et triste éventail. Cette grande terrasse verte* et monotone qui occupe le fond, joue très* bien le vieux tapis usé d'un billard , et achève d'obscurcir, d'assourdir et d'attrister la scène.

Cependant, iliaut avouer qu'il y a des étoffes, des draperies , des imitations de détail de la plus grande vérité. Ce sanîn , par exemple , de manselle Zlrzabelle est oa

wb

ne peut mieux , de molesse , de couleur , de reflet et de plis ; mais s'il rie faut pas habiller une personne comme un mannequin, il ne faut pas habiller un mannequin comme une personne. Plus la draperie est vraie, plus l'ensemble est choquant , si la figure est fausse. J en dis autant de la perfection de ces broderies. Plus elles sont parfaites , plus elles font sortir la maussaclerie des objets faux sur lesquels elles sont appliquées. Puisque tontes Jei figures sont mannequinées , il falloit aussi manneqninerles draperies. Voulez-vou sentir la vérité de cette observation? Attachezun beau point de Hongrie sur. un bras de bois , et vous verrez comme le travail et la richesse du point et la vérité des plis dessécheront et roidiront ce bras de bois encore davantage.

Ce rare morceau coûte quinze mille francs , Ct Ton donneroit toute chose a un homme de goût pour l'accepter , qu'il n'en voudrait point. Une seule tête de Greuze suroît mieux valu.... Mais , me direz-vous , Qreuze fait le portrait, et supérieuremerit a Rosiin? — Il est vrai. — Greuze compose, et Rosiin n'y entend rien ? — D "accord ! »- Pourquoi donc M. TFateïct et M. de Ma-

iïMimitir.Tii

rignyï —Eh! qui sait les motifs particuliers qui meuvent ces grandes têtes-là? Greuze proposoit de rassembler la famille dans un sallon le matin; d'occuper les hommes à de la physique expérimentale, les femmes à travailler, et les enfans tnfbulens à déranger et à agacer les uns et les autres. Il proposoit quelque «hose de mieux ; c etoit d'amener au château du bon seigneur , les paysans , les pères, mères, frères, sœurs, enfans , pénétrés de reconnoissance des secours qu'ils en avoicnt obtenus dans la disette de 1707. Dans cette année malheureuse, M. le duc de la Rochefoucault employa soixante mille francs à faire travailler et subsister les habitons de ses terres : on donnoit six liards , deux sols , aux enfans de cinq ans qui ramassoient des pierres dans de petits paniers. Voilà l'action qu'il convenoit de consacrer par la peinture (1). Ce spectacle eut autrement

(2) îly avoit cent traits de cette illustre et respectable famille à consacrer. M. le duc de la Rochefoucault étoit eu ces derniers temps presque le seul qui vécût dans ses terres en grand seigneur. Il j( ignoit à l'avantage d'être le chef d'une des plus illustres maisons de France , le mérite d'être un des plus honnêtes hommes du royaume. Son rang se montroit 3 non dans la hauteur

( 27% ) affecté que les complimens du père Cas* sandre , les révérences de M. Lyzndrc , 1©

satin de Mamseile Zirzabelle , et toute 1* parade de Nicolet*

Une Tête de jeune tille.

Cet essai de pastels à l'huile ne me déplaît pas. Cette manière de peindre a de la vigueur. Cela tiendra mieux que cette poussière précieuse que le peintre en pastel dépose sur sa toile, et qui s'en détache aussi facilement que celle des ailes d'un papillon»

clés manières, mais par d'éminentes vertus. Sa fortune immense servoit à répandre des bienfaits 5 à encourages l'industrie , à mettre le pauvre en état de gagner sa vie par son travail. Cet esprit de bienfaisance et de bonté s'esl perpétué dans sa famille. Madame la duchesse d'Enville est une des plus excellentes femmes que j'aie jamais connues» Tout ce qu'elle a fait pour secourir , soutenir , protéger ia malheureuse famille Calas , est incroyable. Je ne pardonnerai à M. Roslin, ni à la vie , ni à la mort , d'avoir aussi ridiculement et aussi maussadement travesti la femme de France que j'aime et que je respecte le plus.

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Autres Portraits*

Ses autres portraits , parmi lesquels îï y a celui de madame j&délaidè et celui d<t madame Victoire , sont communs , pour n* rien dire de pis. Nulle transparence.. Ces teintes imperceptibles , celte dégradation délicate d'où résulte l'harmonie , ne vous y attendez pas : ils sont tous , je ne dis pas d'il» coloris, mais d'une couleur enéière; c'est du rouge et du plâtre.

Madame A.âèlaiâe et madame Victoire y bien engoncées , bien roides , bien massives , bien ignobles,, bien maussades , bien plaquée* de vermillon , ressemblent supérieurement à deux têtes de coelfeuses , surchargées de de graines , de chenilles , d'agrémens , de* chaînettes 9 de points, de soucis de hanneton , de fleurs d'Italie , de festons , de tout© la boutique d'une marchande de modes. C© sont , si vous l'aimez mieux , deux grosses créatures en chasubles qu'on ne sauroit regarder sans rire ; tant le mauvais gaût em est choquant !

Roslin, suédois de naissance y est aujourd'hui un aussi bon brodeur que Car lis

Vanloo fut autrefois an grand teinturier* Cependant i] pouvoit être un peintre; mais il Falloir, venir de bonne-heure dâné Athènes. C'est -là qu'aux dépens de l'hortneur , (!e ia bonne-foi , de la vertu , des mœurs , on fait Ères-', progrès surprenant daps les choses de goiïî, dans lé sentiment delà gracé, dans la cpnnoissarice -et le choix des caractères , des expressions et des autres accessoires d'un art qui suppose le tact le plus délié, le plus délieat, le jflgement le plus exquis, je ne .sais quelle noblesse , une sorte d'élévation, une multitude de qualités fines, vapeurs délicieuses qui s'élèvent du fond d'un lieu empëst». Vos artistes, mon ami , auront de la verve ; mais elle sera dure, agreste et sauvage. Les Goîhs et les Vandales ordonneront une scène ; mais combien de siècles s'écôuleront avant qu'ils sachent , je ne dis pas l'ordonner comme Raphaël, mais sentir combien Raphaël l'a noblement, simplement, grandement ordonnée! Croyez-vous (pie les beaux-arts puissent avoir aujourd'hui à Francfort et à Léipsick le caractère qu'ils ont eu autrefois dans Athènes et dans Rome, ou même celui qu i^s ont sous nos veux dans Pans ? Non, les mœurs iry sont pas. Les

peuples sont dispersés par petits pelotons. Chacun parle un ramage particulier , dur et barbare. Il n'y a point de concurrence d'une petite souveraineté à une autre ; et il faut quelquefois la rivalité et l'effervescence de vingt millions d'hommes réunis, pour faire sortir de la foule un grand artiste. Prenez ces soixante mille ouvriers qui forment notre manufacture de Lyon , dispersez-les dans le royaume ; peut-être la main-d'œuvre resterat- elle la même , mais le goût sera perdu. Il est une empreinte nationale que Rosliri a apportée en France , et qu'il a gardée. Si Meings fait des prodiges , c'est qu'il s'est expatrié jeune; c'est qu'il est à Rome; c'est qu'il n'en est point sorti. Faites-lui repasser les Alpes , séparez-le des grands modèles , enfermez-le à Dresde ou ailleurs , et nous verrons ce qu'il deviendra. Et pourquoi ne vous Je garantirois-je pas abâtardi , nul, avant qu'il soit dix ans , moi qui vois tous les jours nos maîtres et nos élèves perdre ici , dans la capitale, le grand goût qu'ils ont apporté de l'Ecole romaine ; moi qui ai vécu dans le même grenier avec Preisler et Tfrille9 et qui sais ce qu'ils sont devenus , l'un allant à Copenhague , l'autre restant à Paris ? Preisler

Itoitcependantbeaucoup plùfs for! que WTiïï&% aujourd'hui il n'est plus rien du tout, et Willa «st devenu le premier graveur de l'Europe. Jusqu'à présent je n'ai connu qu'un seul homme dont le goût soit resté pur et intact au milieu des barbares (i) : c'est Voltaire ; mais quelles conséquences générales peut-on tirer d'un être singulier et bizarre , qui devient généreux et gai à l'âge où les autres deviennent avares et tristes?

(ï) Sur ce sujet je dirai, en prenant le ton irrésolu et l'accent gascon de M. de Mairan , qu'il y a Lien de* choses à dire 5 mais c'est la matière d'un traité et non pas d'une ieuilte. Au resle , le philosophe ressemble ici aux prédicateurs à [qui un mauvais passage d'un livre apocryphe fournit le texte d'un sermon important. M. Rdslin ne valoit pas trop la peine de faire agiter cette grande question qui intéresse la réputation des diverse* nations de l'Europe. M. Rosïin auroit beau eu venir en France en quittant le berceau , il auroit toujours élé froid et sans grâce , tout comme fc u M. Coypel , quoique né en France et décoré du titre de premier peintre du roi , a'a pas laissé d'être froid comme glace et un des plus mauvais peintres de l'académie. M. Rosira ne. devroit jamais peindre la figure , ni la nature animée ; il faut qu'il s en, tienns «us étOiiti» 3 âui vrûdèiïç» 3 svw dentelle^

ous devons , mon ami , des remercîmens à nos mauvais peintres ; car ils ménagent voire copiste et mon temps. Vous m'acquitterez auprès de M. Valadc , si vous le rencontrez jamais. -

IZosIizi est un Guide , un Titien , un Paul- Veronèse > un Vandeick 7 en comparaison de Yalade*

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