LES SCULPTEURS
«J 'aime les fanatiques , non pas ceux qui vous présentent une formule absurde de croyance, et qui vous portant Je poignard à la gorge , vous crient , signe ou meursf mais bien ceux qui, fortement épris de quelque goût particulier et innocent , ne voient plus rien qui lui soit comparable ,1e défendent de toute leur FoMe ; vont dans les maisons et les rues , non la lance , mais le syllogisme en arrêt , sommant tous ceux qu'ils rencontrent , ou de confesser leur absurdité, ©u de convenir de la supériorité de leur
Dulcinée sur foutes les créatures du monde. Ils sont plaisans ceux-ci ; ils m'amusent ; ils m'étonnent quelquefois. Quand parhazara ils ont rencontré la vérité , ils l'exposentavcc une énergie qui brise et renverse tout. Dans le paradoxe accumulant (images sur images, appellant à leur secours toutes les puissances de l'éloquence , les (expressions figurées , les comparaisons hardies , les tours , les mouvemens; s'adressant au sentiment, à l'imagination, attaquant Pâme et sa sensibilité par toutes sortes d'endroits, le spectacle de leurs efforts est encore beau. Tel est Jean- Jacques Rousseau, lorsqu'il se déchaîne contre les lettres qu'il a cultivées toute sa vie , contre la philosophie qu'il professe , contre la société de nos villes corrompues, au milieu desquelles il brûle d'habiter , et où il seroit désespéré d'être ignoré , méconnu , oublié. Il a beau fermer la fenêtre de sou Hermitage qui donne du côté de Pans , c'est le seul endroit du monde qu il voie : au fond de sa m!rêt , il n'y est pas ; il «st à Paris. Tel est Winkelmann (i) 3 lorsqu'il
(i) Interrompons un moment le philosophe , pour dire un mot de ce charmant enthousiaste de Winkeh wann. Je ne suis cjuel est le charpentier qui a osé
( 34* ) compare les productions des artistes anciens et celles des artistes modernes. Que ne voitil pas dans ce tronçon d'homme qu'on appelle le Torse ? Les muscles qui se gonflent sur sa poitrine, ce n'est rien moins que les ondulations des flots de la mer ; ses larges épaules courbées , c'est une grande voûte concave qu'on ne rompt point, qu'on fortifie au contraire par les fardeaux dont on la charge. Et ses nerfs ? les cordes des ballistes anciennes qui lançoient des quartiers de roches à des distances immenses, ne sont en comparaison que des fils d'araignée Demandez à cet enthousiaste charmant par
traduire son histoire de l'art chez les anciens , qui vient de paroître en deux volumes , grand m-8°. C'est un homme qui ne sait pas le français, qui , je crois, n'entend pas l'allemand , mais qui certainement n'entend pas le livre qu'il a osé traduire. Les termes les plus familiers de l'art lui sont à peine connus 5 il confond par exemple naturel et nature à chaque page. Il faut lire cet excellent ouvrage en allemand , si on le peut. Il est rempli de chaleur, d'enthousiasme, cl® goût , do Vues grandes et profondes. L'auteur traite durement les ignorans • mais c'est qu'il méprise souverainement tcut homme qui n'a pas passé sa vie dans cette étude. Quint à la traduction française , elle est bonne à jettor •m feu, Et puis 3 parlez } monsieur k philosophe.
( 3+2 ) quelle voie Glvcon, Phidias et les autre* sont parvenus à faire des ouvrages si beaux et si parfaits? Il vous répondra : par le sentiment de la liberté qui é:ève lame et lui inspirent c!c grandes chose-;; par les rt compenses de la nation , la considération publique, la vue, 1 étude , l'imitation constante de la belle nature , îe respect de la postérité, Pivresse de l'immortalité, le travail assidu , 1 heureuse influence des mœurs et du climat , et le génie. Il n'y a sans doute aucun point decette réponse qu'on osât contester; mais faites-lui une seconde question, et demandez-lui s'il vaut mieux étudier l'antique que la nature, sans la connoïssanee , Fétude et le goût de laquelle les anciens artistes, avec tous les avantages particuliers dont ils ont été favorisés , ne nous auroient pourtant laissé (pie des ouvrages médiocres? L 'antique , vous dira-t-il sans balancer, l'a iti j le! et voilà tout d un coup 1 homme qui i e plus de prit, de chaleur et de goût, a nuit, tout au beau milieu du Toboso. <J J:i qiii dédaigne l'antique pour la nature, ri squed« n'être; jamais que petit, foibleetmesqu;n de dessin, de caractère, de draperie efc d 'e «pression ; celui qui aura négligé la nature
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