D' II U E S
'Ai entendu un artiste qui disoit en passant devant le Saint-adugustin dCHuès :
mon dieu, que nos sculpteurs sont bêtes! Cette exclamation indiscrette me frappa.
Je m'arrêtai, je regardai , et au lieu d'un saint , je vis la tête hideuse d'un sapajou embarrassé dans une chasuble d'évêque.
As-relief d'une naïade vue par le dos.
Dos de femme charmant. Caractère fluide et coulant. Dessin pur , simple et facile.
Saint-Barthélemi sur le point d'être écorché,
Groupe en plâtre de trois pieds de haut»
JL L a un genou en terre; ses bras sont levé* vers }e eiel. Il prie sans Frayeur , sans émotion; il offre ses souffrances et sa vie sans regret. Le bourreau a le dos tourné : il a saisi le bras gauche du Sain!: ; il l'a serré d'une corde, et il attache cette corde au haut d'un chevalet. Il a bien l'air de son état ; ce couteau qu'il tient dans sa bouche fait frémir. C'est une idée belle comme du Carra che. A cela près , \e groupe est trèsbeau , les formes sont grandes , le dessincorrect, les muscles prononcés justes ? et tous les détails bien étudiés.
Je vous ai dit que ce couteau que le bourreau tient dans sa bouche fait frémir ? et cela.
( 379 ) &st vrai. Je eonnols pourtant une Idée de peintre plus forte et plus atroce (i) ; c'est un vieux prêtre qui aiguise son couteau contre la pierre de l'autel, en attendant que sa victime lui soit livrée. Je ne sais si elle if est pas de Dcshays.
(i) J'en connois une troisième 5 touîe aussi belle que celle du Carrache , pillée par M. B'ridan , et celle de Deshays C'est un bouclier suivi de l'agneau qu'il va égorger. Tandis que de la mam droUe il attache le croc auquel il va suspendre sa victime , celle-ci lui lèche la main gauclie qui est pendante et qui tient le couteau meurtrier. Vous prétendez , mon cher philosophe , avoir vu ce touchant tableau de vos yeux , en passant par la rue des boucheries de votre quartier 3 et moi je voua soutiens que vous ne l'avez jamais vu que dans votre tête. Il n'eu est pa^ moins beau pour cela ; et j'aurois mauvaise' opinion d'an peintre à qui cette idée seroit venue 3 çt qui n'en sauroit pas faire un tableau patlié-
ti<me*
Cléobis ET Biton,
Bas-relief en marbre de deux pieds quatre pouces de largeur } sur un pied huit pouces de hauteur.
Y oict un beau, un très-beau morceau.
D'abord , rien de plus touchant que l'action de deux en fans qui , au défaut de bœufs , s'attachent au charriot de leur mère , et la traînent eux-mêmes au temple de Junon 011 elle devoit sacrifier. Les anciens récompensoient , étcrnisoient ces actions. Ah! si pavois cette voix qui se fait entendre des temps présent et à venir , comme je célébrerois celle qui vient de se passer sous mes yeux! Je vais vous dire cela ; vous n'en serez pas moins touché du bas-reliefs. Les libraires de l'Encyclopédie récompensent le domestique du chevalier de Jaucourt d'une somme assez
lionnéte , pour douze ou quinze années de courses relatives à cet ouvrage. Ce domestique, de lui-même , à Finsçu de son maître, pense que le mien n'a rien eu , qu'il a plus fatigué que lui, et il vient, sans . l'avoir connu précédemment, lui offrir la moitié de sa récompense. Je n'y entends rien , ou cette justice est au-dessus de la piété filiale. Quoi qu'il en soit , revenons à notre bas-relief.
La mère est assise sur le char ; elle a sur un de ses genoux un vase de sacrifice. Ses deux mains sont posées sur le haut du vase. Son caractère est simple ; l'attitude vraie et la draperie bien entendue. Cela a une odeur d'antiquité qui plaît. Le char est solide et de beile forme. Les deux enfans sont nuds , dans le goût sain du bas-relief, et tirant bien. Mais il faut tout dire; la mère paroît un peu jeune pour d'aussi grands enfans; ii falioit là une matrone vénérable par son âge*, d'un caractère de tête touchant. Celui des eu uns qui est sur le plan de devant, a là jambe gauche pleine de vérités de hàtflire ; mais la droite est cassée au-dessous du genon. La tête de l'antre enfant est mal dessinée; prenez-le parle nez, meltcz-le.
de face , et Vous verrez qtte son oreille faisan! autant de chemin que son nez, se trouvera derrière sa tête. Et pais , ils ont tous Je:; deux la physionomie de nos anges. Du reste , ce jeune artiste sait amollir et vivifier 3e marbre. Qu'il soit reçu bien vite ! M. Flipot, ouvrez les deux, battans.
Il y a de- ce Be? ruer un vase de marbre, autour duquel on voit de bas-relief des enfans qui jouent avec un cep de vigne. Petit chef-d'œuvre ; enfans groupés à ravir , bien larges, jouant bien; marbre bien mou , bien paîtri , le bas-relief bien entendu, et le vase d'une forme î Ce large cerceau de marbre" hlajic qui porte le bas-relief est du meilleur eux!-.
Un tombeau qui â le caractère lugubre , c'est celui-ci. Figures bien pathétiques; Tune f : iste et muette , l'autre agissante et parlante. La première est l'Amitié qui s'abandonne à sa douleur; l'autre est la Pureté qui pare une urne cinéraire d'une guirlande. Belle draperie , bien poétique! Beaux caractères de têtes! belle pensée !
il y a du même ariiste d'autres projets de tombeaux ; mais il ne sont pas aussi heureux.
YeflS Voïïâ tiré des sculpteurs et moi aussi. Vous voyez, mon ami, que cent morceaux de sculpture s'expédient à moins de frais, que cinq ou six tableaux. Ce sont les ouvrages de sculpture qui transmettent à la postérité les progrès des beaux-arts chez une nation. Le temps anéantit les tableaux ; la terre conserve les débris du marbre et du bronze. Que nous reste-t-il à\Arelle? Rien. Mais, puisque son pinceau égaloit les sublimes ciseaux de son temps , Y Hercule-Farnèse y V Apollon du Belvédère , la Vénus de Medicis 3 le Gladiateur^ le Faune, le Laocoon , V Athlète expirant témoignent et déposent aujourd'hui de son talent.
Nous avons perdu dans l'intervalle dn" Salon p recèdent à celui-ci ,im habile statuaire. C'est René- Michel SI odtz. Il naquit à Paris en 1705; il gagne le prix de l'académie à vingt- un ans. Il part pour Rome : il s'y instruit ; il s y distingue. Je n'ai vu d-e lui que son buste d'Iphigénie , et son mausolée de îLanguct , curé de Saint-Sulpice , le plus grand charlatan de son étlt et de son siècle.
La tête de ce dernier est de toute beauté, Qt le marbre demande sublimenieut pardoijj
(384) à dieu des friponneries de l'homme. Je ne connois point de pécheur à qui il ne pût inspirer quelque confiance en la miséricorde infinie. Cependant Vlphigénie l'emporte encore sur ce morceau. Tout y est , et la noblesse de caractère , et le choix des formes , et leur pureté , et la netteté du travail, et l'excellence du goût : cela est à compter parmi les précieux ouvrages de fart.
Sloitz revint à Paris en 1747. Le plat C'oypel , alors premier peintre du roi, et dont un certain M. de Tournehem > oncle de madame rfe Pompadour et directeur de l'académie \ étoit embéguiné , reçut Slodtz froidement, et l'artiste resta sans travail. Bonne leeon pour les souverains ! S'ils mettent à la tête des arts une espèce , c'est du dégoût qu'ils assurent aux hommes rares, et de la protection aux espèces. Le ciseau tombe des mains de Slodtz, et le voilà livré à la décoration théâtrale , aux catafalques , aux feux d'artifice et à toutes les puérilités des menus. Mais quel est sur l'homme l'effet de son talent ravalé ? Le chagrin , la mélancolie, la bile épanchée dans le sang et la mort , comme il arriva à Slodtz en 1764. Son sort rappelle celui du puget,
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On vante de SîoJtz le tombeau du marquîî Cauoni à Florence > une têt* de Calchas 9 et les bas-reliefs dn portrait de Saint- Sulpice. Il a voit su se garantir de l'exactitude froide et de la simplicité affectée , les deux défauts où Ton tombe par une imitation servi! e de l'antique. Il étoit entraîné à la manière souple et gracieuse, jusqu'à lui sacrifier quelquefois la correction du dessin. Il savoit travailler le marbre , et on lui connoît peu d'égaux dans l'art de bien draper. Du reste , homme d® bien , avec le sceau de Y habile-homme .sans jalousie.