‹ Essais sur la question agraire en BelgiqueChapitre 19 sur 70 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

Anvers

Brabant

Flandre occidentale .

Flandre orientale .

Hainaut

Liège

Limbourg ....

Luxembourg . . .

Namur

Totaux

(1) Une ligue, divisée

en sections

locales.

Presque toutes ces associations, dont le cercle d'action se limite, tantôt à un hameau, tantôt à une ou plusieurs communes, sont affiliées à un organisme central,, qui s'étend, soit à une province, soit au pays entier.

La Fédération des ligues de la Flandre Occidentale porte le nom de Eigeiiaars en Landbouwersverbond van Brugge; celle de la Flandre Ovient'Ae, Landboiiwtrsveybond van Oostvlaandei'en; les sociétés locales du Hainaut sont groupées sous le titre de Fédération agricole du Hainaut; celles de la province de Liège, sous la dénomination de Corporation de Notre-Dame-des-Champs;; dans le Luxembourg, nous trouvons la Ligue agricole Luxembourgeoise; dans la province de Namur, le Syndicat agricole de Namur; enfin la Ligue des paysans. (Boerenbond), dont le siège est à Louvain, règne sans, partage dans les provinces d'Anvers, de Brabant, de Limbourg, et fédère en outre des groupements établis, dans certains localités des six autres provinces.

Autant que l'on peut en juger, par les relevés statistiques de ces dernières années, le mouvement de constitution des syndicats agricoles tend à se ralentir : on n'en a créé que 35 en 1898 et 3i en 189g; mais le nombre deceuxqui réclament la personnification civile,, conformément à la loi du 3i Mars 1898, va toujours, augmentant : il était de 145, le i*"' Août 190c.

Aux termes de la loi de 1898, les Unions professionnelles ne peuvent faire des actes de commerce, ni exercer elles-mêmes une profession ou un métier; elles sont autorisées seulement à faire des « achats pour revente à leurs membres, de matières premières,, semences, engrais, bestiaux, machines et autres instruments, et, généralement, de tous objets propres à l'exer-

cice de la profession ou du métier de ces membres ».

Par conséquent, toutes les œuvres coopératives de crédit, de consommation ou de vente, restent en dehors de la sphère d'activité légale des Unions professionnelles agricoles. Libres ou reconnues, la plupart d'entre elles se bornent à créer, parmi leurs membres, des sections pour l'achat des engrais ou des matières alimenraires du bétail.

Seulement, les autres institutions qui existent dans le village dépendent, d'une manière plus ou moins directe, de la corporation initiale.

Dans une même commune on rencontre souvent, cote à cote, un syndicat d'achat, une caisse Raiffeisen, une laiterie coopérative, un syndicat d'élevage, une mutualité d'assurance contre la mortalité des animaux de ferme, sans compter l'abondante floraison des sociétés apicoles ou avicoles; mais, dans la majorité des cas, ces créations sont dues à l'initiative des mêmes personnes; elles sont animées du même esprit, composées, pour la plus grande partie, des mêmes membres, et le plus vif désir de nos agrariens serait d'obtenir une revision de la loi sur les Unions professionnelles, qui leur permette de grouper toutes leurs œuvres en une seule personne civile, avec des sections distinctes, mais avec un avoir indivisible.

Dès à présent, au surplus, l'unité des œuvres cathohques rurales existe moralement, sinon matériellement et légalement.

Quelle que soit leur forme juridique, ou la nature de leurs opérations, elles ont en commun ce double caractère d'être hiérarchiquement organisées et strictement confessionnelles.

Dans le pays flamand, où règne encore la foi profonde, les associations agricoles se bornent à déclarer qu'elles sont ouvertes à tous ceux qui reconnaissent « la religion, la famille et la propriété, comme bases de la société » (i ).

Dans la Wallonie, plus sceptique, on a recours, pour écarter les mécréants,. à des précautions plus minutieuses : obligation pour les membres de dire chaque jour un ave; réunion mensuelle à l'église; célébration de la fête de St. Isidore; salut, avec instruction, précédant, tous les trois ou six mois, l'assemblée syndicale; enfin, et surtout, participation active du clergé à la direction des œuvres rurales (2).

C'est ainsi, par exemple, que nous lisons, dans une étude du D'' Jacques, sur les laiteries Luxembourgeoises:

(( Nos laiteries sont des associations chrétiennes. Nos cui'és font partie de droit de leurs conseils d'administration. Ils y exercent les fonctions délicates d'arbitres et d'aumôniers. Ils président à la fête religieuse qui réunit, une fois par an, tous les coopérateurs. Ils sont présents à toutes les réunions, et il ne se passe rien à leur insu. Ils se sont initiés aux progrès agricoles; ils discutent savamment d'engrais, d'assolement, de sélection, d'apiculture, de crédit agricole, d'assurance, de mutualité » (3).

Bref, le curé, ou son vicaire, est, en règle générale,

(1) l.a monographie agricole de la région sablonneuse des Flandres, publiée par le Ministère de l'Agriculture (ujuo , s'exprime comme suit, à l'égard de ces associations : a La Ligue des cultivateurs (Lainibouwersboud) compte un assez grand nombre de membres, auxquels 1 >n ne demande aucune cotisation. Les « syndicats ». surtout ceux qui s'occupent de l'achat des engrais, sont assez nombreux et prospères ».

(2) V. l'article de M. \"arlez. Les associations rurales en Belgique. Musée social. Mai 1900, p. 142.

(3) Revue Sociale Catholique, i"'' .Janvier i(SgS.

la cheville ouvrière des associations catholiques. C'est lui qui recrute les membres, qui fournit les statuts, qui réunit les capitaux, qui s'assure le concours des autorités sociales, des gros bonnets du terroir. Car, il importe d'insister sur ce point, les syndicats, les coopératives, les caisses Raiffeisen peuvent être créées pour les petits cultivateurs, mais, à de rares exceptions près, elles ne sont pas administrées />«>- les petits cultivateurs.

Ce sont les bailleurs de fonds — gros propriétaires ou hommes politiques — qui conservent, presqu'invariablement, la haute main sur toutes ces entreprises. On fait appel aux petits comme aux grands, on s'efforce même, autant que possible, d'enrégimenter les ouvriers agricoles, mais, presque toujoui-s, on réduit au minimum le rôle des assemblées générales, on laisse les associés dans l'ignorance de la marche des affaires, on s'arrange de manière à donner tous les pouvoirs d'administration et de direction, soit aux pasteurs du troupeau, soit aux généreux et charitables philantropes qui avancent de l'argent à gros intérêt, qui s'efforcent d'améliorer la condition des cultivateurs, pour mieux assurer le paiement de leurs fermages, ou qui comprennent la nécessité, politique ou sociale, d'organiser les campagnards avec eux, de peur, qu'un jour, ils ne viennent à s'organiser contre eux.

Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir quelques, listes d'administrateurs d'associations rurales.

(( Nous en avons pris deux au hasard — dit M. Variez, dans son intéressante étude sur les Associations rurales en Belgiqîi,e — et, sur 24 membres de la direction, nous y avons trouvé un sénateur, cinq députés, deux conseillers provinciaux, deux bourgmestres, un notaire, un

I^H ESSAIS SUR LA QUESTION AGRAIRE EN BELGioUE

propriétaire, un docteur en médecine, quatre curés et sept agriculteurs. Quant à la direction proprement dite, sur 9 membres, nous ne voyons figurer que 2 agriculteurs, tous deux dans les fonctions un peu effacées de vice-présidents » (i).

La seule composition de ces états-majors, nous en dit long, déjà, sur les tendances des œuvres qu'ils dirigent. Quelle que soit l'apparence démocratique de leurs appellations, Timportance des avantages matériels qu'elles accordent à leurs membres, le nombre des petits cultivateurs, ou même d'ouvriers qui en font partie, les associations catholiques, placées à la fois sous la curatelle du clergé, et sous la dépendance économique des grands propriétaires, sont, bien plutôt, des instruments de règne pour les classes dirigeantes, que des moyens d'émancipation pour les classes sujettes.

C'est, en un mot, la corporation chrétienne, dirigée par les maîtres, que l'on oppose à l'organisation socialiste, dirigée par les travailleurs eux-mêmes.

(i) Variez. 1. cit. p. 16S.

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