CHAPITRE II L'organisation socialiste
Tandis que les catholiques s'efforcent de réunir, dans les mêmes associations, toutes les catégories de la population des campagnes, les socialistes se placent, naturellement, sur le terrain de la lutte des classes, et s'attachent à créer des sj'ndicats ouvriers, ou à propager, dans les régions rurales, leurs institutions coopératives.
En Belgique, comme en France, et, en général, sur le continent, les syndicats d'ouvriers agricoles sont excessivement clairsemés. Totalement inconnus dans les districts de petite culture, sporadiques et intermittents parmi les bûcherons des forêts Ardennaises, on ne les rencontre, comme institutions permanentes, que dans la région de grande culture capitaliste, qui s'étend à l'ouest de la province de Liège (Hesbaj'e).
Ce sont les syndicats de Ligney-Darion(35 membres), Grand Axhe (35 m.), Boëlhe (25 m.), Rosoux (20 m.), HoUogne-sur-Geer (60 m.) Encore, les quatre premières de ces associations sont-elles plutôt des mutualités que de véritables unions professionnelles ; de plus, elles renferment plusieurs catégories d'ouvriers, dont un grand nombre prennent le chemin de fer, tous les matins, pour aller travailler en ville.
Il en est tout autrement du syndicat « la Gerbe », d'Hollogne s/Geer, qui fut fondé en 1898, sous la forme d'une mutualité, comptant 25 membres, et dont l'efïectil, plus que doublé depuis lors, se compose exclusivement
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d'ouvriers agricoles et d'ouvriers travaillant aux chemins vicinaux. Ces deux catégories de travailleurs se groupent en sections distinctes, pour la résistance; ils forment, tous ensemble, une section mutuelliste et une section d'étude; ilspossèdentunepetitebibliothèque,etlesjeunes ont organisé, en outre, une section dramatique, qui s'en va, de village en village, jouer des pièces à tendances socialistes. Le syndicat d'Hollogne, habilement dirigé par deux ouvriers de travaux, actuellement occupés dans une sucrerie, est en pleine prospérité; mais, sauf dans quelques régions, où le développement de la grande culture a eu pour conséquence de créer un prolétariat agricole, nettement distinct de la classe des paysans, ce serait s'exposer aux plus graves mécomptes que do compter outre mesure, sur la forme syndicale, pour répandre l'organisation socialiste dans les campagnes.
C'est bien plutôt en s'appuyant sur les sociétés coopératives de consommation, solidement établies dans les villes, en étendant de plus en plus leur action, aux milieux agricoles, en créant des filiales dans les villages d'alentour, que le Parti ouvrier a chance de conquérir les travailleurs des champs.
Aussi peut-on dire que le pivot du socialisme agraire, la base de tout son développement à venir, c'est la Fédération des coopératives, dont les i8g groupes affiliés se divisent en 23 sociétés de production et i66 coopératives de consommation (i).
Parmi les sociétés de production, il en est trois qui mettent en œuvre des produits agricoles : ce sont, la
(i) Beaucoup de coopératives socialistes, récemment formées, n'ont pas encore demandé leur affiliation à la Fédération des coopératives, qui n'existe, d'ailleurs, que depuis un an.
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laiterie d'Herfelingen, le Lion rouge d'Alost (tabacs), la coopérative le Soleil, de Zon (chicorée), installée à Zèle, en plein cœur des Flandres catholiques.
Quant aux sociétés de consommation, elles ont, pour la plupart, leur siège dans les centres urbains ou industriels. Parmi ces dernières, il en est un certain nombre dont les camions parcourent les campagnes et portent du pain, trois ou quatre fois la semaine, à plusieurs lieues à Ja ronde.
Telles sont, par exemple, la Persévérance, de Nivelles, la Maison du Peuple, de Dinant, la Sociale, de Lessines, la Maison du Peuple d'Auvelais.
Un fait qui montre bien le caractère semi-rural de ces coopératives, et qui faillit, au début, leur jouer de très mauvais tours, c'est la brusque décroissance de la consommation du pain, vers la fin de juillet, ou au commencement d'août : pendant un temps plus ou moins considérable, en effet, les familles ouvrières, établies à la campagne, et qui cultivent, accessoirement, un lopin de terre, ne recourent plus à la boulangerie ; elles mangent leur propre blé, cuisent elles-mêmes leur pain, pour ne revenir à la consommation coopérative, qu'après que leur provision est épuisée.
A plus forte raison doit-il en être ainsi, dans les coopératives rurales proprement dites, qui commencent à se répandre, dans la Hesbaye, dans les Ardennes et dans les Flandres.
Aussi, beaucoup d'entre elles ne vendent qu'accessoirement du pain, et fournissent surtout à leurs membres, des confections et aunages, des farines, des épiceries, du lard, du café, du pétrole, etc.
Le type le plus caractéristique des coopératives socia-
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liste de la Hesbaye, est la Justice, fondée à Waremme, en 1898, et qui recrute une notable fraction de ses 340 membres, dans les communes rurales environnantes. Son chiffre d'affaires, pour igoo, s'est élevé à 80,000 fr. Parmi les principaux articles vendus, il faut noter, avec les farines et les sons, le maïs — qui montre bien le caractère agricole de la clientèle — et le lard d'Amérique, que les petites gens de la campagne consomment, tandis qu'elles engraissent un ou plusieurs porcs pour la vente.
A côté des coopératives, au sens propre du mot, on trouve assez souvent en Hesbaye, des « groupes économiques )), sans organisation stable, dont les membres vendent le soir, à tour de rôle, aux autres participants.
Dans les Ardennes, où domine la petite propriété rurale, appu5'éc sur des communaux considérables encore, il existe une douzaine de coopératives socialistes, récemment formées, dans les régions influencées par les bassins industriels de Liège et des Ardennes Françaises.
Nous résumons la situation actuelle de quelques unes de ces coopératives, dans le tableau suivant :