SAINS
de la cavité néoformée est plus considérable. Il arrive même parfois que toute la substance grise centrale à disparu.
Les cornes postérieures sont plus fréquemment intéressées que les cornes antérieures. Ce fait est également vrai pour nos deux cas. Dans le cas de Buffnoir les cornes postérieures sont complètement détruites.
Dans une observation de MM. Joffroy et Achard (1) une des cornes postérieures de la région cervicale de la moëlle de leur malade, atteinte de maladie de Morvan, est fortement rétractée et représentée seulement par une mince bandelette de névroglie condensée. « Cette atrophie scléreuse, disent ces auteurs, est tout le contraire d'une tumeur, » |
Cependant ce n’est plus dans la gélatine de Rolando, si pauvre en névroglie, comme nous le verrons plus loin, que le processus destructif prend son point de départ; c’est toujours et partout (et les auteurs sont unanimes sur ce point), dans le tissu péri-épendimaire que commence la lésion. Alors on a sous les yeux une masse gliomateuse, dont la périphérie, en voie de développement, est riche en cellules tandis que le centre n’en contient presque pas. Les limites de cette production ne sont pas toujours assez circonscriles pour qu'on puisse l’extirper du centre médullaire, sans léser les tissus environnants. Dans nos préparations, de même que dans celles de MM.Joffroy etAchard, très obligeamment mises à notre disposition, la lésion est essentiellement diffuse. Elle envahit par des prolongemènts importants les cordons postérieurs et une portion des cordons latéraux. Les vaisseaux, variables en nombre, sont dans beaucoup de cas, en voie d'inflammation chronique.Les parois en sont épaissies, quelquefois elles subissent la dégénérescence hyaline, comme cela se voit dans nos préparations; leur lumière est souvent oblitérée, thrombosée. Le vaisseau peut même devenir friable, se rompre, et donner naissance à des
(1) A. Jorrroy et Ch. Acarn. Nouvelle autopsie de Maladie de Morvan, syringomyélie. Arch. de Med. expér. Vol. III, no 5, p. 390-1894.
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petits foyers hémorrhagiques, se trahissant plus tard par l’existence (1), en ces endroits, de granulations pigmentaires. L'état morbides de ces vaisseaux est tellement frappant que MM. Joffroy et Achard (2) établissent comme probable l'hypothèse «qu'il peut arriver, et qu'il arrive parfois que les vaisseaux de la substance grise s’épaississent, s’oblitèrent, et y déterminent ainsi des foyers de ramollissement dont la résorption donnera naissance à un kyste. La formation de la paroi limitante est postérieure à toutes les altérations vasculaires, et ne serait que la terminaison de la lésion, qu'un processus de cicatrisation. »
Cette théorie vasculaire ou inflammatoire de la syringomyélie, basée sur des faits anatomo-pathologiques, fut brièvement rejetée par Schultze. Cet auteur ne l’admet point parcequ’on ne rencontre pas, dit-il, des formations cavitaires dans les plaques de scléroses médullaires à vaisseaux oblitérés.
On peut répondre à Schultze, que l’oblitération vasculaire qu’on observe d’une façon disséminée dans les plaques de sclérose ne peut être comparée aux altérations qui intéressent, sur une grande longueur et d’une façon presque systématique, les artères importantes situées de part et d'autre du canal central (3).
$ 2. — L'opinion régnante aujourd’hui sur la nature anatomopathologique des productions cavitaires dans la moëlle est presque univoque. Depuis que Simon (4) a trouvé que la prolifération névroglique dans la moëlle affecte des relations étroites avec la genèse des cavités, le gliome est devenu la seule cause de syringomyélie, le gliome, pouvant seul en se détruisant, produire des cavités; mais déjà Simon, Grimm (3) et Westphal (6) ont trouvé dans la moëlle une tumeur partiellement cavitaire. Depuis lors,
(4) Horrmanx. Uber Syringomyélie. Volkmann's klin. Vortr.1891, no 20:
' (2) Jorrroy et Acxarp. De la myélite cavitaire. Arch. de phys., 4er oct. 1887,n0 7, p. 467.
(3) Jorrroy et Acarp. Arch. de méd. expérim.. 1891, p. 106.
(4) Simon. Arch. fur. Psychiatrie, vol. V. 1875, p. 150.
(5) Grimm. Arch. de Virch. vol. 48, p. 4451 869.
(6) WestpxaL. Arch. für. Psych. vol. V. p. 90 1875.
se Pare
toute cavité médullaire, développée dans la substance grise centrale et indépendante du caual central ou secondairement fusionnée avec lui, est forcément tributaire de la fonte d’un tissu néoplasique, constituant ce qu'on désigne sous le nom de gliome.
Virchow donna le nom de gliome aux tumeurs se développant aux dépens des cellules de soutènement du système nerveux central ; ces cellules sont en nombre plus ou moins grand dans les productions néoplasiques qui nous occupent. Pour Virchow le gliome se développerait surtout aux dépens de la névroglie; les cellules ganglionnaires proprement dites ne joueraient aucun rôle dans la genèse de ces néoplasies. Aïnsi délimité, le gliome ne fut point accepté, en tant qu'entité anatomo-pathologique, par un grand nombre d'auteurs. Fleischl (1) tente une démonstration destinée à prouver, que les cellules ganglionnaires participent, en proliférant, à la genèse des gliomes. Klebs (2) admet, outre la prolifération des cellules ganglionnaires, une multiplication des tubes nerveux, et propose pour désigner ces néoplasies le nom de neurogliome. Renaut (3) Heller (4) abondent dans le même sens.
Pour ce qui concerne nos observations, cette incertitude dans la conception du gliome rend l'interprétation encore plus difficile. L'examen microscopique de la paroi de la cavité d’une de nos préparations (voyez fig. 12), nous montre qu'elle est constituée par une membrane à contour sinueux, rappelant les papilles de la peau; chacune de ces papilles contient une gerbe fort élégante de fibriles névrogliques tenues, qui se continuent dans une couche sous-jacente également fibrillaire. La portion papillaire de la membrane est surmontée d'un tissu hyalin, contenant quelques vaisseaux sanguins normaux et des noyaux arrondis, petits, parcimonieusement distribués. Tout contre la cavité, le tissu fibril-
1) Freiscai. Méd. Jahrb. K. K. Gesell des Aerzte Wien 1872, p. 216. 2) Kzess. Prager Viertel Jahrsch. 1871.
(3) RexauT. Gazette méd. de Paris, 1884.
(4) Heurer, Tagblatt des Naturforschers in Freiburg 1883.