CHAPITRE III
principe qui nous fait ainsi défaut, nous n’arrivons pas non plus à le saisir par une autre voie; nous avons beau rapprocher les unes des autres toutes les instances que nous trouvons mentionnées comme ressortissant aux Tliesmothètes, nous ne réussissons point à prendre en main un fd conducteur qui nous guide à travers ce labyrinthe , qui nous permette de démêler toute cette confusion. Pas plus que ceux qui ont fait avant nous la même tentative , nous ne parvenons pas à apercevoir le lien qui unit des actions très-variées, très-dissemblables même, des causes de toute provenance et de toute nature (1).
Il faudrait, d’autre part, commencer à expliquer tout le système des actions et entrer dans de longs détails , si nous voulions procéder par voie d’énumération et donner une liste complète de toutes les instances qui s’engageaient, à notre connaissance, devant le tribunal des Thesmothètes. Pour comprendre comment la juridiction des Thesmothètes embrassait tant d’objets différents , il faut remonter le cours des siècles , et se reporter à l’.4thènesde Draconet de Solon. Toute l’autorité judiciaire, nous l’avons indiqué, appartenait alors aux Archontes. A mesure que les progrès de la démocratie et le développement de la puissance athénienne firent créer de nouveaux colleges de magistrats, chacune de ces magistratures reçut de la loi et de l’usage, en même temps que certaines fonctions militaires, administratives ou financières, le droit de présider un tribunal. Une partie des attributions de ces magistratures nouvelles répondait à des besoins nouveaux ; l’ancienne Athènes, en effet, l’Athènes dont l’influence ne s’étendait point hors des étroites limites de l’Attique, n’a-
(1) Meier et Schoemann {Der Atlische Proust, p. 59) éprouvent le même embarras.
L’ORGANISATION JUDICIAIRE. 269
vait que faire ni d’un collège d’Hellènotames , ni d’une administration du Fonds théorique. Ce qui concourut, avec ces services nouveaux, à former la dotation des collèges récemment créés, à leur assurer des occupations suffisantes et une activité régulière, ce fut l’affaiblissement graduel de l’archontat. Tout ce qui n'échappa pas aux Archontes et qui ne ressortait pas à l’Archonte Eponyme, au Roi et au Polémarque, resta attribué au collège des Thesmothèles. Les Thesmothètes demeurèrent ainsi en possession des fragments épars de l’autorité presque illimitée que possédait, dans l’Athènes de l’aristocratie ionienne, le collège des Archontes Eupatrides. Cet antique pouvoir, c’était un empire qu'avait démembré une série ininterrompue d’usurpations successives ; tous les districts que ne s’appropria point quelque souverain local, continuèrent à reconnaître , quoique isolés désormais les uns des autres, l’ancienne autorité, et formèrent, jusqu’à la fin, l’apanage des Thesmothètes.
Nous ajouterons .seulement, à titre de rapide indication, quelques mots sur la compétence des Thesmothètes , telle que nous la montre constituée l’histoire des tribunaux athéniens. L’action publique, c’est-à-dire celle qu’un particulier intentait au nom et dans l’intérêt de la cité, prend à Athènes des noms très-variés, des formes très-différentes; or, il n’est, pour ainsi dire, aucune de ces formes sous laquelle l’instance ne puisse être portée au tribunal des Thesmothètes. Pour ce qui est des contestations où l’intérêt des particuliers est seul engagé , nous voyons les Thesmothètes chargés d’instruire et d’introduire devant les juges la plupart des affaires qui se rattachent aux statuts réels ; il n’y a d’exceptions que pour les débats qui naissent du droit successoral. Ainsi c’était eux qui connais-