CHAPITRE
con semble avoir tempéré œtte sévérité plutôt qu’y avoir ajouté. Le seul chapitre de ses lois qui nous soit connu avec quelque détail introduit, pour la première fois , dans le jugement de l'homicide, des distinctions favorables aux accusés. Nous n’avons pas à examiner ici des dispositions que nous retrouverons en étudiant la législation pénale d’Athènes ; les lois de Dracon sur le meurtre étaient restées en vigueur, comme nous le dit Plutarque et comme nous l’attestent plusieurs passages des Orateurs (1). C’est môme la seule partie de cette législation qui paraisse avoir été conservée , avoir survécu aux réformes de Solon et de ses successeurs.
Il nous est impossible, à cette distance, d’apprécier l’œuvre législative de Dracon, d’en signaler les mérites et les défauts. En tout cas, c’était déjà un progrès que l’existence d’une loi écrite qui s’imposait à tous, magistrats et peuples, avec un caractère obligatoire. D’ailleurs, à ce qu’il semble, cette première réforme avait été trop timide, ce premier essai législatif trop incomplet. La condition du peuple athénien, pendant les trente ans qui suivirent l’archontat de Dracon, fut des plus misérables. On sait la tentative de Cylon , les meurtres qu’elle provoqua , le trouble persistant quelle jeta dans la cité, les longues rancunes qu’elle laissa derrière elle, l’espèce d’effroi religieux et de découragement profond où elle plongea les âmes trop fortement ébranlées. Epiménide, par le prestige qui s’attachait à sa personne, par les cérémonies expiatoires qu’il accomplit au nom de la république , put rendre aux esprits quelque calme et quelque confiance dans
(1) Plutarch., Solon, 22. « Solon commença par abroger toutes les lois de Dracon, exceptd celles qui regardaient le meurtre. i
LES SOURCES DU DROIT. 123
l’avenir; mais il ne dépendait pas de lui de soulager les maux, de relever la situation du bas peuple, qu’écrasait et que réduisait peu à peu à l’esclavage le fardeau des dettes contractées année après année, jour après jour, et bien rarement acquittées. Le vieux droit coutumier de l’Attique, qu’avait peut-être consacré ou que tout au moins avait laissé subsister 1e code de Dracon, était aussi cruel , aussi impitoyable que celui de Rome; la personne du débiteur répondait de sa dette. L’emprunteur était-il incapable de rendre à l’échéance la somme prêtée, il fallait qu’il se livrât lui-même ou qu’il livrât quelqu’un des siens, pour éteindre la créance. Ayant entre leurs mains tout le pouvoir judiciaire, les Eupatrides , qui possédaient presque tout ce qu’avait de capitaux cette société encore très-pauvre, avaient fait exécuter avec une telle rigueur ces contrats inhumains, que beaucoup d'hommes de naissance libre, dans l’Attique même, étaient tombés en esclavage; d’autres avaient été, en vertu du même droit, vendus à l’étranger; un grand nombre n’avaient pu conserver leur propre liberté qu’en aliénant celle de leurs enfants. Presque toutes les petites propriétés de l’Attique étaient hypothéquées, et les propriétaires des domaines ainsi engagés n’avaient aucun espoir d’arriver à se libérer. Eussent-ils fait quelques efforts pour y parvenir, n’était-ce pas leurs créanciers môme qui siégeaient dans les tribunaux comme Archontes et comme juges? Ayant des intérêts communs, insolemment ligués entre eux, ces nobles avides reculeraient-ils, pour s’assurer une proie qu’ils ne voulaient point laisser échapper, devant la nécessité de produire de faux témoins et de prononcer une sentence injuste?
Dans de telles conditions, la souffrance devait être générale ; l’agriculture languissait , les campagnes se dépeu-