‹ Essais sur le langage intérieurChapitre 17 sur 33 · re [Il nous écrit. entre autres... inexactitudes · texte numérisé non relu

re [Il nous écrit. entre autres... inexactitudes

« M. Charcot enseigne que je suis auditif. M. Ballet l’a imprimé. Oui, je suis auditif, comme M. Charcot, M. Ballet, M. Lacassagne, tout le monde. Je proteste contre les trois

types...; le type visuel n'existe que chez les professionnels typographes et encore! Le type moteur n’existe que chez les sourds-muets... » (EGGER)

M. Ever veut-il me permettre de confirmer et d’imprimer une fois encore qu’il est auditif? C’est fournir le criterium du verbo-auditivisme que de ne point admettre ni comprendre autre chose.

Un autre caractère très curieux de l’audition verbale, c'est qu'elle ne laisse souvent pas à celui qui la possède — ou qui en est possédé — l'illusion qu’il dirige le cours de ses pensées. La voix intérieure s'impose à lui, comme s'imposerait un étranger insaisissable et loquace; elle dicte, elle commande, elle résiste la dernière à la fatigue et au sommeil.

Les remarques de presque tous les v. auditifs portent ce cachet du « fatalisme » de la parole intérieure. Ainsi celle de Cardaillac, ainsi celle de Egger. Il semble que, plus que les autres centres du langage intérieur, celui de l’audition verbale aît une tendance à s'individualiser, à fonctionner seul et partant à produire l’hallucination. |

Qu'on ne s’y trompe point d’ailleurs; cette indépendance de fonctionnement est tout ce qui, subjectivement différencie l’audition verbale, de l'articulation verbale ; les v. moteurs ont conscience de parler, et cette conscience elle leur vient de ces mouvements embryonnaires qui sont le substratum de leur pensée; celle-ci

est chez eux un commencement de réaction, une réaction non venue à terme, ou même une réaction arrêtée : en tant que réaction leur moi a conscience de la produire et de la diriger.

« Les mots de mes pensées, je sens très bien que c’est moi qui ‘les fais, je suis l’auteur de leur production, je me sens mentalement les prononcer et cependant je ne remue ni la langue ni les lèvres. » COPA.)

Chez les v. auditifs, au contraire, les mots du langage intérieur ne sont pas des réactions, ce sont des réveils de sensations qui s'impriment en eux, comme sur une plaque sensible; de là vient qu’ils ne font pas leur pensée mais qu’il la subissent.

« Les mots que j'entends quand je pense, je ne les prononce pas; je n’ai pas d'influence, semble-t-il, sur leur production; il

semble que ma volonté reste passive et que les mots défilent sans effort. » (V. BARRAUD).

Dans un discours présentant des intervalles, le verboauditif au cours de ces arrêts écoute la dictée de sa pensée, le v. moteur se la dicte à lui-même : « Quand nous parlons à haute voix, dit de Cardaillac, nous répétons ce que nous dicte à mesure la parole intérieure ; quand nous nous taisons, elle prépare à l'avance nos discours à venir. »

Et le v. moteur de dire :

« Je ne puis exprimer ma pensée, si, avant de parler, je ne

me souffle pas les mots », (Dr MAGINELLE)

Il est donc tout indiqué, lorsqu'on essaie de reconnaître si un sujet est v. moteur ou s’il ne l’est point

NO

de lui demander : « Faites-vous les mots de votre pensée ou se font-ils en vous ? »

Il serait peut-être curieux à ce propos de chercher si l'emploi instinctif de l’audition verbale ne crée point une prédisposition à croire au déterminisme, et si l’articulation mentale n’est pas inconsciemment pour beaucoup un témoignage en faveur du libre arbitre.

Les autres caractères de la parole intérieure sont assez inconstants.

Le visuelisme des v. auditifs peut être quelconque. Alors que chez Zola il est prodigieux, on en rencontre d’autres qui sont surtout verbaux :

« J'entends en moi les mots de mes pensées: il me faut un effort soutenu et dont je me suis très souvent rendu compte, pour évoquer l’image de personnes chères, auxquelles je pense, naturellement, par l’enchaînement des idées, sans les voir. »

(D' MAFFRE)

Le verbo visuelisme peut se combiner à l’audition verbale et former des types particuliers comme nous le verrons; mais le fait est exceptionnel. Les v. auditifs peuvent avoir une assez bonne mémoire topographique, et même verbale ou littérale des textes appris par cœur. Leur vue peut être quelconque; leur ouïe est généralement bonne. Il n’est point de relations entre leur procédé endophasique et leur mémoire musicale. Celle-ci semble résider en un centre très distinct des centres du langage.

Le verbo-auditif n’a pas de procédé mnémotechnique spécial pour retenir les mots, il emploie tantôt un procédé de v. visuel, tantôt un procédé de v. moteur.

Beaucoup de verbo-auditifs lisent les mots qui repré-

bétts À sl mésésmté. Hasl :d fr nn 4e y

RP VE PS TE CNT SE OS NU 0 UN SR TR OV ee

MR

sentent les notions abstraites, d’autres les entendent; ceux qui sont bons visuels, les voient parfois sous forme d'images. Les rêves du verbo-auditif paraissent être surtout visuels ; ilne monologue point mentalement ses pensées ; 1lne parle pas seul à haute voix; il se grave lestextes dans la mémoire, en les lisant, ou en les écoutant, et sans remuer les lèvres. Lorsqu'il apprend par les yeux, l’image visuelle du mot, éveille l’image auditive et :il l'entend; 1l parle ou discourt sous la dictée de sa voix intérieure et cette voix il la localise généralement dans la tête. Parfois il la place dans sa poitrine.

« J'entends ma parole intérieure non pas dans mes oreilles, mais dans ma poitrine : cette localisation doit tenir à ce que je localise également ma parole à haute voix dans la région thoracique plutôt que dans la bouche ou les oreilles. Il s’agit d’ailleurs ici d'une localisation grossière; car, si je m’applique à étudier la localisation des divers éléments de ma parole, les résultats ne sont plus aussi simples, et je trouverai que tels phonèmes se

localisent en partie au moins dans la bouche, ou le nez, etc. » (B. BourDoN).

A rapprocher de la phrase de Rivarol : « Que dans la retraite et dans le silence le plus absolu, un homme entre en méditation sur les sujets les plus dégagés de la matière, il entendra toujours au fond de sa poitrine, une voix secrète, etc. »

| L’élocution du verbo-auditif est généralement médiocre, cependant elle peut être très facile. Nous avons à ce propos l'exemple de Zola; un autre nous est fourni par le D' Brousse qui écrit : « J’ai l’audition verbale et: rien que celle-là. »

: En résumé, le verbo-auditif pur se présente comme un type, à peu près dépourvu de verbo-articulation ; 1l

Page 1