GAS MP
D'ordinaire mes pensées s’accompagnent d'images visuelles mais çes images m'apparaissent d’une façon très synthétique. L’impression des objets me sera donnée par leur teinte dominante et leurs lignes caractéristiques. Tel paysage se résumera pour moi en quatre lignes avec une ou deux teintes; tel personnage m'apparaîtra précisé par une ligne curieuse de son dos et un geste familier de son bras. Le reste de son individu qui est banal restera indistinct. Je parle ici de l’image qui accompagne la pensée involontairement et non d’un souvenir qu’on s’efforcerait de déterminer. — Il peut m'’arriver de penser à des pérsonnes ou des objets sans les évoquer.
Fe n'at aucune tendance à concrétiser l’abstrait. Au contraire je serais disposé à chercher l’abstraction correspondante à une chose concrète. Tel jardin m'évoquera : ensoleiliement, mélancolie, blancheur; le nom de tel homme sera synonyme de bonté, supériorité, bassesse. Je n’éprouve pas le besoin de certains stratagèmes d'imagination pour me représenter les notions d’infini, d'éternité, de perfection; elles m’apparaïissent logiquement, nécessairement. Je les conçoïs parce que je ne concevrais pas leur non-existence. Tout essai de rendre concrètes ces notions me choque par ce qu’il importe d’incomplet dans mon esprit, en résumé par son manque d’absolu.
(Yv. RAMBoSSON).
.… Vue excellente. Jusqu'à 46 ans, j'ai pu lire un Elzévir au bout de mon bras et au bout de mon nez. À 46 ans, après une attaque d’inflüenza je ne puis lire un Elzévir de près qu'avec un lorgnon de presbyte d'une dioptrie. L’acuité visuelle, mesurée encore cet hiver par Monoyer est maxima. — Acuité auditive absolument parfaite. Autres sens normaux.
. Mémoire visuelle parfaite. Un costume militaire déjà vu, Da exemple, est retenu jusqu’au dernier bouton; quand je veux faire d’une personne un profil ressemblant je la regarde longtemps, et indéfiniment je puis de mémoire dessiner le susdit profil...
… Ma pensée me parle le plus souvent en français, en anglais
si je parle anglais ou si je songe à des choses ou à la littérature anglaises. Mais dès que la pensée s’assied en moi et appelle la réflexion, elle évoque une foule d'images sensorielles très nettes.
Ces images visuelles sont absolument nettes et précises. Quelques
unes sont 12déales : ainsi il y a pour moi un Lyon et un Paris idéaux (ceux que je m'étais imaginés avant de les voir).
L'infini absolu, l’éternité, éveillent en moi une sensation de mouvement continu.
… Les images auditives sont parfaites. Je puis évoquer un orchestre et, si je m'’abstrais dans cette audition intérieure, j'entends tous les instruments presque par une illusion parfaite. Je crois ma mémoire auditive supérieure à la normale.
Dans mon service je ne retiens pas les noms des lits ni les noms des malades. Je les connais par leurs images visuelles, Je vois ainsi tous les malades qui depuis 25 ans m'ont frappé par quelques particularités.
J'ai la mémoire exacte des faits et ceux-ci sont projetés comme sur un écran avec toutes leurs images sensorielles,
Langage intérieur. — Chez moi la cérébration inconsciente joue un grand rôle. Tant que je n’entends pas dans la langue où je veux penser la voix intérieure qui me dit ma pensée, c’est que celle-ci n’est pas mûre. La cérébration inconsciente procède chez moi exactement comme le fait quelqu'un qui cherche à résoudre
- un problème d’algèbre, et qui, une fois l’équation trouvée, l’ins-
crit au tableau, — C'est pourquoi je dicte aussi aisément que j'écris, ma mémoire auditive me dicte à moi-mème du reste mes pensées en langage précis, et souvent définitif. Aussi je ne fais
presque jamais un brouillon. Si cela ne marche pas, je déchire la
page commencée, et je la recommence. Pour mon traité d’histologie, j'ai ainsi fourni un manuscrit à peu près sans ratures. L'imagination verbale visuelle intervient en moi, quand je veux répéter ou citer ce que j'ai lu. Je vois la page où j'ai lu. Cette faculté est capable, dans certaines circonstances de s’exalter au point que, durant le concours de l’agrégation.je citai la page du livre de Lorain sur le pouls, où se trouvait un passage contesté par Straus, dont j’argumentais la thèse. |
En somme ma pensée me parle, et quand je cite une phrase
lue, je la vois comme dans un livre. J'ai la mémoire d’une date signifiant quelque chose, d’un nom auquel se rattache une idée,
de chiffres ayant un sens ou dont j’ai à me servir, — par exemple je retiens 1715 parce que c’est la date de la mort de Louis XIV,.
et depuis mes spéciales, bien que je calcule peu, je sais que le nombre x — 3,1415923532.
J'apprends aisément par cœur ce que je comprends. Je lis attentivement, ensuite je m’essaie à voir les mots et à les prononcer mentalement.
Jé vois écrits les noms propres et les mots.: d’où dès mon jeune âge une orthographe parfaite. |
J'ai exposé ma manière de considérer les rêves dans mon article sur l’hypnotisme (Revue des lettres et des arts, 1886). Le rêve est chez moi une scène illusoire accompagnée de toutes ses images sensorielles. Une particularité, c'est que je rêve un lieu souvent #7 que je me le figurais avant de l'avoir vu.
Je suis forcé par métier de faire de l’histologie c’est-à-dire de l'analyse, et de l’anatomie et de la morphologie générales, c’est-àdire de la synthèse. Je fais souvent des synthèses hardies, mäis je n'y tiens pas et parfois je les corrige, car je ne procède que par déduction des faits.
… Je suis objechiveur. Même en littérature, quand j'en fais, je cherché à évoquer des faits. En science le fait, en littérature le passé, nous appartiennent seuls. Aussi n’ai-je pas fait de théorie de ma science comme, par exemple, Ch. Robin en avait fait une... Je suis observateur beaucoup plus qu'expérimentateur.
.… Je méprise absolument toute philosophie qui ne ressort pas de faits scientifiques, c’est-à-dire observés dans leur existence et dans les conditions dé cette existence. Les sciences mathématiques m'ont occupé pour acquérir un instrument de travail applicable aux sciences biologiques que je cultive.
… J'aime la musique, je n’ai pas pu l’apprendre. Mon ami Léo Delibes disait que je la comprenais. Je chante juste, sans mesure.
… Jaime la littérature et j'en fais pour m’amuser, sans y tenir beaucoup. Je suis dessinateur et j'ai très développée la mémoire des formes, de façon à dessiner aisément de chic.
. Jeune étudiant, j’écrivais bien et je parlais mal. Actuellement, je suis maître de ma parole. C’est en écrivant que j'ai appris à NEA C’est pourquoi je parle par longues périodes,
comme j'écris. .… Je dessine aisément de la main gauche au tableau; des
deux mains quand je suis pressé, — Rien de particulier à noter
sinon, dans ma famille, pas mal de gens originaux, à personnalité très accusée, comime je le suis moi-même d'ailleurs.
(Professeur RENAUT)
Auditivo-évocation. — « Lorsque pendant la nuit je suis éveillée par la sonnerie d’une pendule, et que je n’ai point prêté attention au nombre de battements, il m'est possible, quelques instants après, de les évoquer, de les faire mentalement sonner à mes oreilles, et de les pouvoir compter de cette façon ».
(M"° M. SaINT-PAUL)
Mes pensées s’accompagnent toujours d'images. Quand je lis un roman, les descriptions prennent corps 21 mind's eyes et se dessinent nettement. Les personnages revêtent une apparence très précise bien que sans couleurs; ils parlent, ils agissent.
Les notions abstraites mêmes ont une forme dans mon esprit. L'infini est un ciel ou une mer, dont je conçois l’étendue se prolongeant au-delà de la portée de ma vue, comme je le concevrais devant le spectacle réel, mais limités quant à leur représentation intellectuelle.
Il y a en moi corrélation intime entre des souvenirs d'ordres très différents, mais contemporains, simultanés, à mon point de vue personnel. Ainsi je ne puis entendre un air du Chalet sans penser aux collections de timbres-poste, parce que j'ai vu cette pièce pour la première fois, étant enfant, à l’époque où, au Lycée, les collections de timbres nous passionnaient.
Il en est de même des odeurs. La fumée de bois légère me fait invinciblement penser au Midi où l’on emploie exclusivement le bois comme combustible et où l’air des villes est imprégné de cette senteur. Et le mot Midi évoque toujours en moi le Théâtre et l'arc d'Orange, que je n'ai vus qu’une fois, alors que j'ai visité plusieurs fois maint autre endroit de la même région. Peut-être est-ce précisément parce que je ne les ai vus qu’une fois, mais dans des conditions méridionales toutes particulières, qu'ils me sont devenus le symbole du pays.
Je parle ma pensée. Son point géométrique de départ, les déductions se présentent comme un discours formulé. Il m'arrive de parler à haute voix et de mimer, si je suis seul ou
assez absorbé pour que les conditions ambiantes, restrictives de l'impulsion naturelle, disparaissent.
J'ai écrit, composé des pièces de théâtre, fait des vers. Ils m'est impossible de créer immédiatement sur une donnée, même très nette. La conception générale, sous forme d’un mot, d’un titre, venu à mon esprit, doit y séjourner un temps plus ou moins long. Une période de cristallisation cérébrale, d’ircubation latente, absolument latente, en ce sens que je ne travaille pas mon sujet, que je n’y songe plus, qu’il ne me revient que comme donnée, sans développement, tel qu’il m’est apparu tout d’abord, m'est indispensable. Lorsque le fruit est mür, je le sens instinctivement, prends la plume et tout coule de source. Je me dédouble à ce moment ; un moi crée, un autre assiste au spectacle. Je parle alors mes personnages avec leurs inflexions, leur voix, leur accent.
Mémoire peu sûre. Je n'apprends par cœur qu'à force de répéter les mots. Je n'ai pu étudier mes cours que plume en main, refaisant plusieurs fois croquis et calculs. Devenu professeur, j'ai travaillé mes leçons de même manière et les ai faites avec des images devant les yeux : place de telle figure ou commencement de tel alinéa dans mes notes. Sans ces jalons
matériels je crois que je perdrais pied — ce qui m'arrive lorsqu’il faut improviser un toast de lieux communs sans sujet ou éléments déterminés. (A. ST.)
Ma vue est excellente (acuité visuelle 1/1).
Mon ouïe est très bonne à tous les points de vue.
Mes sens sont normaux; l’odorat est assez susceptible aux mauvaises odeurs. |
Ma mémoire visuelle est parfaite ; je vois admirablement ; je pense avec des images d’une netteté absolue.
Je vais à mon cours avec, devant les yeux, la vue imaginaire de la région à décrire. J’aperçois les muscles, les nerfs, les vaisseaux, les os, etc. ; je distingue tout avec une netteté exacte; les aponévroses fines et nacrées, les ramuscules les plus ténus des nerfs, les plus petites artérioles, tout cela est précis, toutes ces parties présentent leur coloration véritable.
Avec ce tableau je fais mon cours, en procédant méthodiquement. De plan, je n’en n’ai d'autre que celui que m’impose
l’'énumération logique des différents éléments de la région que je vois mentalement. Je n’ai pas besoin de parler ou d'écrire pour préparer un cours. Il me suffit de voir.
Dans le silence du cabinet, il ne m'arrive jamais de parler seul à haute voix.
Sans avoir appris, je dessine l’anatomie.
J'aime les beaux-arts, la littérature; je n'ai pas d'éducation: musicale ; la musique exerce c:pendant sur moi un effet puissant. Je suis de ces <oldats qu’une sonnerie militaire relèverait : e)ténué, elle me ferait marcher.
Mon sens musical se développe; 1l y a quelques années,
Wagner m’ennuyait ; je n’y comprenais rien. Actuellement, je
sens très profondément Zohengrin ; j'en trouve la partition merveilleuse.
Mes rêves sont visuels, ils se présentent avec assez de netteté. Les différentes mémoires (autres que la mémoire visuelle) sont bien développées en moi; Il m'arrive d'oublier des noms de personnes connues de moi ; jamais des noms d’auteurs, et, en particulier d’anatomistes. (Professeur TESTUT)
.. Je ne suis pas très musicien. Ls musique m'ennuie volontiers, tandis que la cadence du vers m'’enivre. (TRUFFIER, de la Comédie Française)
… Ma vue est excellente ; je distingue à l’œil nu des statellites. de Jupiter et compte onze étoiles dans les pléiades.
.. Je pense avec une singulière intensité évocatricé : un nom prononcé appelle devant mes yeux un paysage, une personne, un objet ; parfois l'impression est telle que je m’arrête pour regarder ; mais alors je ferme les yeux. (Georges VAYSSIÉ)
Je suis myope (7 dioptries) ; j'ai l’ouïe bonne, les autres sens normaux.
Je me rappelle facilement les paysages, les tableaux, je.
retiens bien les physionomies ; mais il m'est parfois difficile de leur appliquer le nom convenable.
Mes pensées s'accompagnent spontanément d'images nettes, .
très précises même, mais peu colorées.
. Je ne vois les notions abstraites sous une forme concrète.
quesi je cherche à lefaire — en second lieu par conséquent, et sous l'influence de l'effort.
J'ai une bonne mémoire auditive des conversations et des airs musicaux, bien qu'ignorant la musique; j'entendsla voix d’un interlocuteur imaginaire ; je lui réponds mentalement.
Je suis moteur; je prononce intérieurement; mes pensées affectionnent le monologue intérieur, sans que je parle jamais seul à haute voix. Aïnsi, le matin, je me dis à moi-même le programme de ma journée.
Il m'est impossible de préparer le mot à mot d’un cours, d'une leçon, d’une harangue quelconque. J'en fais un plan général, et j’en retiens les idées.
Si, en prononçant, je veux rééditer le texte conçu primitivement, les mots chevauchent les uns sur les autres.
En cherchant à exprimer une phrase je conçois les mots de celle qui suivra ; surtout lorsque je traite un sujet sur lequel j’ai particulièrement réfléchi ; de là, dans ces conditions, des erreurs de mots et des irrégularités dans la phrase.
Fût-ce d’un toast de trois lignes, il m'est impossible de préparer le mot à mot … Pour une conférence d’une certaine étendue je note les traits
principaux de la question à traiter; ce sont des points de repère, des jalons.
En rêve mes images visuelles sont très colorées, plus colorées, je crois, qu’à l’état de veille. Sous l’influence du chloroforme j'ai eu des images splendides, d’une lumière étonnamment resplendissante.
Aucune particularité à signaler. (D' CH. ViRY).
Mes pensées toutes les fois qu’elles portent sur des objets réels, s’'accompagnent naturellement et sans efforts de l’image très nette, précise et souvent colorée de ces objets. Lorsqu'il s’agit de choses abstraites, ou bien je pense avec le mot seul, non accompagné d'images, exemple : idée de perfection, de bien, d’éternité, ou bien je me représente ces choses sous une forme concrète, ainsi pour l'infini je songe immédiatement à la voûte céleste.
Pour retenir les mots que j'ailus, j'y pense peu après avoir fermé le livre, je vozs alors d’une manière générale et vague la forme typographique de ce que j'ai lu, la disposition des figures.
puis saillants et très nets, les mots que je veux retenir. Après avoir répété cette évocation d'images visuelles un certain nombre de fois je me souviens définitivement.
Par un effet de mon éducation scientifique je me défie beaucoup des raisounements déductifs et je m’en sers le moins souvent possible. Je ne me souviens plus à ce sujet de ma tendance première.
Je suis très certainement moteur, je l’étais avant de m'être observé à ce sujet. Dans nombre de cas l'exercice de la pensée m'est facilité par la présence d'images visuelles très nettes de l'objet auquel je pense, mais les mots qui se rapportent à cet objet ne m'’apparaissent pas écrits d'aucune façon; ni ne résonnent à mes oreilles; je les prononce mentalement.
(X..., professeur agrégé de l'Université de L...)
Ma mémoire a toujours été défectueuse au point que ce défaut a exercé une grande influence sur ma carrière. Je ne pouvais au lycée retenir six lignes textuelles d'où impossibilité de continuer la préparation de l'Ecole Normale (Lettres). En revanche mémoire très grande des faits et des idées en les aidant de leurs représentations visuelles,
Quand j'ai pris la carrière médicale on me croyait doué d’une prodigieuse mémoire parce que je passais mes concours comme en.me jouant. C'était une erreur grande : je ne retenais pas trois lignes d’un texte, mais cette défectuosité m'avait fait acquérir une qualité : beaucoup d'esprit de méthode, grande facilité de faire des plans où je natais desidées; je possédais messujets et n'ayant point à me préoccuper du rappel des mots, je n'étais point arrêté dans une expression quelconque de matières, bien possédées dans le fond. (D' CoRRE) (1)
Représentation mentale de la notion« infint » et de quelques conceptions abstraites. — Je donne, à titre de simple curiosité, une énumération d’images représentant
(1) L'observation du Dr Corre, parvenue trop tard, n’a pu être placée à son rang alphabétique, et utilisée complètement.
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pour certaines personnes la notion « infini» et d’autres traduisant quelques conceptions abstraites.
L'homme n'a pas naturellement l’idée d’infini. Interrogez cent personnes, de formule endophasique quelconque ; dites-leur : « Qu'est-ce que l’infini pour vous ? — Pour une moitié environ, ce sera le ciel, ou la mer, ou une image (dans le genre de celles que je relate plus loin) : un quart dira : l'infini, c’est un mot que je lis, que je prononce ou que J'entends ; le reste répondra : «rien — Je ne sais pas ». — Sous l'influence du schock de votre question, ces derniers resteront hébétés; se disant mentalement : « que dire ? qu'est-ce ? que vais-je répondre? » (s'ils sont verbaux), ou se traduisant leur embarras par des images visuelles appropriées (s’ils sont visuels).
Si vous forcez les uns. et les autres à réfléchir, tous arriveront forcement à une formule identique à celle-ci :
« L'infini est ce qui ne serait pas fini ».
Je ne nie pas l'existence de l'infini (c'est-à-dire de ce qui ne serait pas fim). Mais je prétends que l’homme ne peut être assuré de cette existence, que nfint est un mot, et rien qu'un mot, une abstraction qu esl une synthèse de réalités comme loules les abstractions. L’abstrail est secondaire chez l’homme; il n’est jamais primordial. Il a la valeur d’un schème ; rien de plus. La preuve cartésienne de l’infini est un des plus beaux exemples de débauche cérébrale, auquel un homme justement illustre ait attaché son nom (1).
Cette déclaration faite, voyons par quelles images
(1) Je n’attaque ici que la preuve par l'infini. — Je ne discute point les (G. S.-P.)
autres en ce moment.
certaines personnes se représentent l'infini, l'éternité, Dior |
Toutes les idées abstraites m’apparaissent sous forme d'images, mais ces images n'ont pas toujours été les mêmes sauf pour la perfection que je me représente sous la forme d’une statue de femme admirablement belleet présentant les apparences dela vie. — J'ai la sensation d'infini plutôt que la notion d’infini; l'infini est représenté par la sensation d’une chute d’un espace bleu dans un espace bleu; l'éternité par la vue en moi-même d’un voile noir, s'étendant dans l’espace, semblant venir par rapport à moi du côté gauche, s’élargissant de gauche à droite, plus noir du côté ganche, de forme trapézoïdale; ce voile est légèrement incliné de haut en bas et de gauche à droite ; la teinte se fusionne à droite insensiblement avec celle de l’espace qui est gris bleu. — Je me représente la perfection par la vue intérieure d’une statue très belle; en même temps que cette vision j'ai le sentiment d’une ascension dans l'espace et d’arrêt sur un plan plus élevé. Sur ce plan plus élevé je vois une statue encore plus belle, nouveau sentiment d’ascension et ainsi desuite. La statue que je vois est le Gloria victis de Mercié; j'ai fu cette statue à l’âge de dix ans émergeant d’un massif de verdure. — L'infini est un plan dont les deux extrémités sont imperceptibles et dont la partie moyenne plus large et d'un ton plus clair représente le temps présent ; l'étendue de celle-ci est relativement très restreinte ; les parties périphériques de teinte grisâtre, se confondent et disparaissent dans une brume impénétrable; l'extrémité qui représente l’avenir est à droite — Les notions d’infini et d’éternité se confondent presque pour moi, c’est une sorte de gouffre insondable où mon regard se perd. — L'idée d’infini évoque toujours en moi une description lue dans Flammarion il Nre quelques années. — Je n'ai jamais pu me représenter l'éternité autrement que comme un grand vieillard pleurant dans l'espace: le paupérisme se présente à mon esprit sous la forme d’une foule grouillante et sale; pour l’anarchie je vois des hommes à barbe hirsute, à l’air froidement féroce. — L'infini m'apparaît comine un cône azuré entouré d’ombre dont j'occuperais le centre de la base et dont je ne verrais que l’intérieur ; la perfection se traduit dans mon esprit par un visage de femme très belle. —
al ©
Quelquefois l’éternité m'apparaît comme un horizon d’un bleu très sombre, infiniment éloigné. — Je me représente l'éternité en mé rappelant l’image classique des traités de philosophie du pigeon frôlant une énorme boule de cuivre. — J'ai l'habitude en raisonnant sur les courants électriques, de leur donner un corps : je les vois pour ainsi dire circulant dans les fils à la manière des courants liquides (1). — Il m'a semblé mieux comprendre l’idée d’infini le jour où j'ai vu pour la première fois la pleine mer. — Æn y réfléchissant seulement j'imagine un espace, un temps-fni, au-delà duquel il y a encore du temps et de l’espace. — L'infini est une longue plaine où j'ai beau marcher, l'horizon est toujours aussi loin, l'éternité le même jour qui, une fois fini, recommencerait toujours. — Je me représente la notion d’infini comme l’espace noir. — En parlant d’infini, je vois l’image du ciel. — L’'infini est une ligne noire dans une étendue incolore, un peu jaunâtre; l'éternité, le ciel bleu sans nuage ; la perfection un géant bien proportionné. — L'infini m'apparaît comme l’espace sans limite ou comme unelignedroiteidéaleindéfiniment prolongée dansles deux sens.— Je me figure l'infini comme un rayon lumineux qui se prolonge en ligne droite dans l’espace sans rencontrer d'obstacles. — L'éternité m'apparait logique ; je n’ai jamais cherché de symbole à ce sujet, si ce n’est une sorte de jeux de saute-mouton continu des heures. — Je me représente l'infini par une bande de papier dont les extrémités seraient invisibles, et qui se déroulerait devant moi par un mouvement de translation continu (2) — L'infini est un océan immense, noir, triste, sans limites...
Je ne pense pas qu’il y ait intérêt à continuer cette énumération.
Il en ressort très nettement qu'une image visuelle est invinciblement liée chez certaines PAR URSE à des mots signifiant des choses abstraites.
(1) L'auteur de ces lignes, mon ami le Dr Francis Biraud, est un électricien distingué.
(2) Cette image est due à un v. visuel.
« Dès que je pense, une image visuelle vient donner une
forme à ma pensée, fut-elle abstraite. Si je réfléchis à la perfection |
je l’analyse et immédiatement chaque terme de cette analyse se traduit visiblement soit par une statue de forme admirable, soit par un fin coloris. » (D' DouMER)
Chez d’autres, l’image visuelle ne se présente pas; 1] faut un effort pour qu'elle puisse se manifester. « Mon esprit, dit M. Alphonse Boubert, doit faire un grand effort pour concrêéter l’abstrait. »
Enfin, beaucoup, ou ne peuvent arriver à concréter, ou ne s’en soucient point. Les notions abstraites se traduisent pour eux uniquement par des mots.
Ajoutons enfin que l’âge, le genre habituel d’occupations, peuvent changer complètement le mode de représentation des notions abstraites, ou tout au moins le modifier.
Voici ce que nous dit à ce sujet le poète Carolus Tenib :
« Je donne aux idées les plus abstraites une forme concrète visuelle, L’infini, c’est en moi un ciel avec des soleils, des soleils encore. Mon imagination y avance sans y trouver jamais de limite, ni d'espace vide. L’éternité, c’est encore ce même espace mais alors des soleils s’y allument, d’autres s’y éteignent sans fin. La représentation intérieure que je me faisais de l’infini était différente dans mon enfance; je voyais d’abord une zone de soleils, puis un vide sans bornes. De même au temps où j'étudiais l’histoire le mot éternité éveillait en moi un défilé sans fin de villes européennes, asiatiques, chinoïses, s’écroulant, renaissant de leurs décombres, s'écroulant encore pendant des. siècles. » (CaroLUS TENIB)
D'accord avec le professeur Lacassagne, ‘j'ai limité aux deux cents premières observations recueillies, le nombre des documents nécessaires à la composition de ces Essais. Ce chiffre était obtenu le 1° décembre, c'est-à-dire environ six mois aprèsle retour des premiers questionnaires envoyés ou distribués le 1$ mars 1892.
— Nous continuons d'en recevoir ,et d’autres suivront
probablement encore; ils serviront à mes recherches ultérieures. (1) |
Voici approximativement la valeur numérique respective de chacune des catégories d’observations dont la similitude m’a permis l'individualisation. Je dis approximativement, car la difficulté est parfois grande de cataloguer certaines réponses.
A. — Types à prédominance de ». arhculation mentale, exempts de v. visuelisme vrai, pourvu d'images auditives
(1) Je viens de recevoir de M. Henri Viry, éiève au lycée de Lyon, une vingtaine d'observations rédigées sur l’initiative de M. Chabot, leur pro. fesseur, par les élèves de la classe de philosophie, Il ÿ a là un bon exemple que d’autres lycées mettront à profit, je l'espère. [1 serait d’un grand intérèt d'avoir beaucoup de réponses de très jeunes gens. Celles que nous avons entre les mains prouvent que leurs auteurs ont bien comoris la question ; ils ont répondu d’une façon intelligente et profitable J’utiliserai dans quelques temps ces matériaux. Qu'il me soit permis, dès maintenant de bien remercier M. Chabot, auquel nous sommes très reconnaissant, et de témoigner de ma sympathie et de ma gratitude à M. Henri Viry (G. S.-P.)
verbales accessoires (v. moteurs à audition secondaire) ; parfois même complètement exempts de ces images auditives (v. moteurs exclusifs, type Stricker) V. Moteurs. 72 (Myopie appréciable ‘dans la moitié des cas environ).
B. — Types à prédominance de ». audihion mentale, exempts de v. visuelisme vrai, n’articulant que rarement leurs pensées, souvent même complètement dépourvus de v. articulation mentale et ne la pouvant concevoir. V. Audihfs. 20
(Myopie appréciable dans la moitié des cas environ.)
C. Types appartenant tantôtà la catégorie À, tantôt àla catégorie B, selon la nature de leurs pensées. V. Audi- Lpo-moleurs par allternahve (par alternaliwe). 20
(Le chiffre de 20 est vraisemblablement trop faible ; la raison en est qu’un certain nombre de v. moteurs ne peuvent s’apercevoir qu'ils sont à de certains moments v. auditifs (voir page 72); pour la même raison le chiffre indiqué en À se trouve trop élevé.
D. Types à prédominance de ». visuelisme vrai; exempts ou à peu près exempts de v. articulation mentale; peu ou pas v. auditifs. V. Visuels. 12
(4 myopes, 1 astigmate, 2 hypermetropes).
E. Types qui apparliendraient tantôt à la catégorie À, tantôt à la catégorie D. (aucune observation détaillée) ? 15
F. Types qu simultanément lisent et prononcent menlalement les mots de leurs pensées. V. Visuel-moleur. 20
G. Auditivo-visuels : par simultanéité. I par allernathve. ‘“{
H. V-Indifférents : par simultanéité. O par alternative.