AUGUSTE MARIN
Dans nos exercices de mémoire, nous nous efforçions, mon regretté ami Champon et moi, de répéter immédiatement et fidèlement une série de vingt à quarante mots quelconques lue une fois par un des assistants. Si ensuite on demandait quel rang tel mot occupait dans la série, nous répondions sans
Les
hésiter. Champon avait une admirable mémoire visuelle des mots écrits : j'avais celle des images correspondantes.
Quand j'entendais /e mof, j'évoquais l’image, et lui accolats
‘comme une étiquette le numéro que ce mot avait dans la série.
Si dans une liste de vingt-cinq mots, par exemple : le mot « clocher » avait le numéro 12, j'imaginais un beffroi, avec une horloge marquant midi. L'image était fixée : elle restait.
Champon préférait faire des associations entre le mot et son numéro de série.
Ainsi l'habitude nous vint peu à peu d’assimiler à chaque nom un chiffre : c'est ainsi que toutes les artères du corps humain furent par nous mises en séries numéro‘ées, apprises en un temps merveilleusement court, au grand mépris des formules mnémotechniques traditionnelles, au grand profit de notre science anatomique. (D' MASSENET)
Mémoire visuelle (1). — 1° De mes mémoires, la visuelle est la meilleure — et de beaucoup — mais elle n’est pas égale pour les différentes choses vues. La mémoire du paysage est plus précise que celle des physionomies. Je dessinerais les endroits où je jouais tout enfant; je sais par cœur l'Algérie que j’ai parcourue. Il me serait impossible de dépeindre les traits d’un de mes camarades ou de faire le portrait de ceux avec lesquels je vis journellement.
Je conserve un souvenir précis des faits cliniques observés. Ainsi, je ferai exactement la description des affections que présentent tous les malades de mon service ; mais je ne pourrais pas dire sans efforts leur taille, leur expression de physionomie, la couleur de leur cheveux...
2° (Voir page 79).
3° De parti pris, je refuse de me représenter les notions d’infini et d’éternité. J’ai peur de l’insondable mystère de l’éternité. Je ne veux pas m’arrêter à ces idées. Je les supprime dès qu’elles me viennent.
Je me représente la perfection d’après des types variables suivant les objets : le visage grec est mon type de beauté —
Gambetta est mon modèle des orateurs populaires. — A. Dumas
‘ (1) Voir le questionnaire page 21:
est le maître dramatique. Le mieux est le plus voisin de mon idéal.
Autres mémoires. — 3° Le souvenir de mes propres actes est très variable suivant leur importance.
Je retiens bien ce que j'ai dit — quand je l’ai préparé: je referais une leçon six mois après sa préparation.
Je puis rétablir une conversation à laquelle j'ai assisté.
J'ai parfois reproduit une petite allocution, surtout quand j'ai essayé au début de me mettre à la place de l’orateur.
Mon plus solide PAGES scientifique résulte des leçons que j'ai entendues. Si j'avais à refaire mes études, je suivrais attentivement tous les cours. Je profite du fond et de la forme.
Je rendrai bien ma pensée sur la mémoire « du dit et de l’entendu » par cet exemple : Après une de ces premières visites de convenance où l’on n’a d’autre but que de se présenter et d’autre désir que de laisser de soi une opinion non trop défavorable. je ne sais rien de ce qui m’a été dit par la personne visitée, mais j'oublie peu de chose de ce que j'ai dit. Après une visite de sollicitation, au contraire, où l'importance de la réponse à la demande est capitale, je ne sais rien de ce que j'ai dit (au point de vue de la forme) mais j'oublie peu de chose de ce qui m'a été dit. En somme, ma mémoire, en cette circonstance, varie avec mon intérêt.
Quant aux lectures, il faut encore distinguer : S'agit-il d’un sujet littéraire, j'en retiens l’idée, difficilement la forme. Pour que la lecture d’une description scientifique m'en fixe les détails daos l'esprit, il faut que je la répète jusqu'au moment où les lignes seront, pour ainsi dire, photographiées dans le cerveau. À chaque concours, j'ai lu dans ma mémoire mes compositions écrites. Je voyais la place, la ligne du livre que je citais,
Je garde le souvenir exact et persistant des mouvements qui se rapportent à à la médecine opératoire. Je crois pouvoir décrire la position du chirurgien dans les différents témps d’une opération, sans la pratiquer.
Té suis de ceux qui parlent mentalement les mots de Re pensées, ct je ne crois de avoir un autre procédé de langage intérieur.
© (D° MIGNON, RARE agrégé au Val-de-Grâce)
Ma vue est excellente, très longue, très claire.
Au cours de mes pensées, les images des personnes que je connais m apparaissent tout de suite et naturellement, au moindre appel; de même celles des paysages, des tableaux, des objets. D'ailleurs, sans le moindre effort, d'une façon toute passive et spontanée, mes idées s’accompagnent d’images ; je puis me passer de mots, en pensant, ou les employer, fort peu, secondairement. Ce n'est pas le nom, c’est la vision d’un ami, qui se présente au souvenir de lui.
Ces images sont nettes et précises de plus elles sont colorées. Dans le rêve au contraire (mes rêves sont absolument visuels) je distingue des effets d’ombre et de clarté, mais pas de couleurs. Je dirais — sans Lippmann — que ce sont des rêves photographiques | (D° F. MIRAMOND DE LA ROCHE)
.. J'ai une mauvaise mémoire visuelle... Mes pensées n’ont aucune tendance à s'accompagner des images visuelles appro— priées. C’est à peine si, avec un grand effort, j'arrive à évoquer des images toujours vagues. Je pense avec des mots. Ces mots je les prononce mentalement : si je suis seul, et pense à quelque problème, je parle haut comme si je causais avec une autre personne. (OLivEIRA Davip) (1)
Je retiens surtout facilement ce que 7e is et d’une facon très réelle et plastique les caractères d'imprimerie, la forme du livre etc... Je pourrais dans un livre lu plusieurs fois dire sur quels mots finit une page.
… Je n’emploie pas actuellement de moyens mnémotechniques; autrefois, pour la préparation de mes examens par exemple, je me dressais des tableaux synoptiques avec des encres ou crayons de différentes couleurs..., au moment de la question je voyais très nettement ces tableaux. (Jacques NoRMAND)
(1) Je tiens à remercier M. D..., professeur à Reims ; M. Aletrino d'Amsterdam ; M. Henrique de Lima et Cunha et surtout M. Oliveira David de Lisbonne du concours qu’ils ont apporté à nos statistiques.