IV. Rêves. a) — Vos rêves se présentent-ils d’une façon plus
particulière sous forme d'images visuelles ou sous forme d’images auditives, ou bien sous forme de mouvements d’articulation verbale. Voyez-vous, lisez-vous, entendez-vous ou parlez-vous vos rêves? — b) Avez-vous déjà eu des hallucinations? — de quelle nature ? visuelles ou auditives (apparition, voix etc.) ?
V. Aptitudes générales. 4). — Avez-vous l'esprit synthétique ou analytique ? — à) Procédez-vous de préférence dans vos raisonnements par déduction ou par induction ? — c) Êtes-vous un « objectiveur » ou un « subjectiveur, » Tirez-vous vos matériaux du dehors, des résultats fournis par l’observation ou au contraire de vous-mêmes. — 4), Êtes-vous observateur; l’êtesvous plus particulièrement d’un certain ordre de choses ? duquel? — e )Avez-vous le goût des sciences philosophiques, des sciences mathématiques, des sciences biologiques et d’observation ? — f) Avez-vous des aptitudes particulières pour l’une
quelconque de ces sciences ? — g) Avez-vous l'instinct musical
très développé, peu développé ou nul? — %) Aïimez-vous les. beaux-arts, la littérature ? -— :) Êtes-vous musicien, peintre, dessinateur ? — 7) Avez-vous l’élocution facile ou l’avez-vous difficile ?
VI Renseignements généraux. — 1° Age; 2° Antécédents. héréditaires et personnels au point de vue psychique. 3° Particularités physiques. 4° Profession, etc., etc.
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On a tout dit pour et contre la méthode d'introspection en physiopscychologie ; je n’ai point l'intention de discuter la question; il est un fait capital qui, s’il ne prouve pas que la pensée puisse surprendre elle-même les lois et le mécanisme de sa production — ce qui paraît ne pas être — au moins nous indique formellement que le moi peut avoir conscience des substrata — mot et image — de sa pensée : Beaucoup de chercheurs (Stricker, Egger, etc.) ont fourni à la science d’excellents auto-observations, et 1l n’y a rien qui puisse aller là contre.
Cette étude des vêtements de la pensée étant le point délicat des recherches entreprises, et la plupart des autres questions (notamment les deux premières du paragraphe V), n'étant posées que pour solliciter les réflexions de quelques esprits originaux, c’est sur cette faculté que possède un certain nombre d'individus d’analyser eux-mêmes la forme de leur langage intérieur et la puissance de leur imagination, qu'il nous fallait compter. Sans doute, il faut avoir confiance, se fier à la sincérité de ceux que l’on interroge; mais quel serait l'intérêt de tromper ? Le milieu essentiellement scientifique ou observateur dans lequel nous avons enquêté, n’est-il pas un gage de la valeur des observations obtenues et de l'honnêteté scientifique de leurs auteurs ? La vanité et la fausse modestie ne peuvent non plus être soupçonnées ; il n'importe de dévoiler ni l'intelligence, ni la valeur du moi; c’est d’une forme de l’idée seulement, non de l’idée elle-même qu'il s’agit; chacun dit ce qu’il est ou ce qu'il croit être ; je parle sans cesse de moi parce qu'il n’est personne que je connaisse mieux sous ce
rapport; une observation doit être limitée par son auteur à le dépeindre, s’il veut éviter de renouveler la mésaventure arrivée aux deux savants dont je citais tout à l’heure les noms, (à MM. Stricker et Egger) qui, croyant avoir établi des lois générales, ne se sont trouvés qu’avoir fait chacun une merveilleuse auto-observation.
J'ai scindé en deux parties cette étude ; la première que je présente aujourd’hui ne relate que des recherches déjà fort longues, faites sur l’homme instruit, intelligent et observateur ; la seconde, qui laissera une large place à la méthode objective et nécessitera plusieurs années d’efforts continus, portera sur un certain nombre d'illettrés — d’analphabet, comme disent les Italiens — chez chacun desquels il sera nécessaire, à son insu et sans son aide, de déterminer la formule du langage 1ntérieur, — si l’on veut bien m'accorder encore cette expression : la formule endophasique.
Visuelisme et Verbalisme
Mieux que des théories, des observations antithétiques, également détaillées et, sans aucun doute, également sincères, nous peuvent dévoiler la grande différence qui sépare parfois le visuelisme du verbalisme. D'un côté le visuel, dont les pensées sont des séries d'images nettes, précises, colorées, chez lequel le mot s’efface, employé comme à regret au cours seulement d'un raisonnement abstrait, de l’autre le verbal, qui pense des mots et des phrases, auquel n’apparaissent que de temps à autre de misérables squelettes d'images visuelles.
Entre ces extrêmes, s’éloignant progressivement de ces termes opposés, toute une série de cerveaux, dont la formule est d’autant plus difficile à trouver qu'ils sont davantage rapprochés de l’état schématique d'équilibre, du moyen terme où le mot et l’image prendraient une même valeur, une même importance, des forces, grandes ou petites, mais égales. |
Les vrais visuels, au contraire, et les vrais verbaux s'analysent facilement. En résumant cinquante observa-
D en
tions écrites par les premiers, on en tirerait la phrase caractéristique suivante : «— Nous pensons des images, nos pensées se projettent devant nous en tableaux ; nous n'employons le mot que contraints de le faire ; nous raisonnons sur des peintures et non avec des mots et des phrases ; notre travail mental d’idéation n’emploie ni la conjonction, ni le verbe, n1 d’une façon générale un terme abstrait. »
« Je me représente ma pensée bien plus par le décor que par la parole; ce sont des images, même de choses dont j'ignore absolument la forme. La parole n’a pas de signification pour moi, psychiquement parlant ; ce n’est que par les formes
qu’elle évoque chez moi qu’elle existe, mais sans qu'il y ait réciprocité, » (Léon Riotor.)
Certains visuels, 1l est vrai, peuvent être verbaux, et même l'être beaucoup ; mais, en ce cas, ils sont davantage encore visuels ; et les images de leurs pensées acquièrent une exactitude qui équivaut presque à la réalité.
De ce nombre est Zola; voici, in exlenso, l’'observation que j'ai écrite sous sa dictée, et que Je donne entière, soucieux d’en conserver l'originalité ; — s’il s’y trouve quelque inexactitude, elle est toute de détail et ne doit point être imputée à son auteur.
« Etant enfant, j'avais une bonne mémoire scolaire; j'avais le prix de mémoire; déjà à cette époque je travaillais sans trop de zèle, le nécessaire, rien de plus; arrivé en étude je me mettais à la besogne, avec le désir de terminer le plus vite possible et de ne plus rien faire.
« Au lit je récitais tout bas mes leçons avant de m’endormir, c’est un excellent moyen pour retenir.
« Le lendemain je les savais, j’en disais très bien le mot à mot, avec beaucoup de précision; je ne me trompais ou n’hésitais que
rarement; j avais donc une mémoire excellente qui me permettait d'apprendre vite et bien. Mais tout disparaissait assez rapidement; les mots s’envolaient avec le temps, et l’âge a amené l'oubli des textes les mieux sus.
« Déjà à cette époque, ma mémoire était ce qu’elle est aujourd’hui, elle se chargeait rapidement, avidement….; puis elle se déchargeait. C'est une éponge qui se gonfle, puis qui se vide ; c'est un fleuve qui entraîne tout et dont les eaux courent tôt se perdre dans un banc de sable.
« Un caractère très net de ma mémoire, c’est que la persistance des souvenirs dépend de mon désir et de ma volonté de retenir. J'ai une excellente mémoire visuelle, mais si je ne regarde pas en voulant retenir il ne reste rien; si je n'ai pas la volonté de me souvenir, tout se perd. Nommé président de la Société des Gens de Lettres, j'ai mis plus de trois semaines à me rappeler les physionomies de 24 membres.
« À la suite d’une enquête faite pour construire un roman, je retrouve, quand j'ai idée de voir, tous les souvenirs dont j'ai besoin.
« Mes souvenirs visuels ont une puissance, un relief extraordinaires; ma mémoire est énorme, prodigieuse, elle me gêne; quand j'évoque les objets que j'ai vus, je les revois tels qu'ils sont réellement avec leurs Jignes, leurs formes, leurs couleurs, leurs odeurs, leurs sons; c’est une matérialisation à outrance ; le soleil qui les éclairait m’éblouit presque; l’odeur me suffoque, les détails s’accrochent à moi et m'empêchent de voir l'ensemble. Aussi pour le ressaisir me faut-il attendre un certain temps; je n’ecrirai que l’an prochain mon roman sur Lourdes ; je prendrai les notes que j'ai recueillies, l’évocation se fera, tout sera au point; sur l’ensemble les grandes lignes, les grandes arêtes se détacheront, nettes...
« Cette possibilité d’évocation ne dure pas très longtemps; le relief de l’image est d’une exactitude, d’une intensité inouïes, puis l’image s'efface, disparaît, cela s’en va; ce phénomène est heureux pour moi; j'ai écrit beaucoup de romans, j'ai entassé un nombre considérable de matériaux, si tous mes souvenirs me restaient, je succomberais sous leur poids. De la trame du roman l'oubli est encore plus rapide; arrivé à la fin de l’ouvrage que j'écris, j'en oublie le commencement. Il me faut autant de
plans que de chapitres projetés; pour vingt chapitres, vingt plans détaillés. Alors je pars tranquille, avec ce guide-âne je suis sûr de ne pas me perdre en route; mon sous-main, couvert d'indications, de notes, d’échos, de rappels, m'est indispensable, je le consulte sans cesse.
«En résumé ma mémoire se caractérise par la puissance énorme des souvenirs qu’elle me fournit, par la fragilité de ces souvenirs.
« Je ne me souviens pas pour le plaisir de me souvenir, je n'exerce pas cette grosse mémoire pour le plaisir de l’exercer: tout ce qui ne nécessite pas un peu d'invention m’endort, mais je ne dors plus dès que je puis créer, dès que fonctionne le centre d'invention littéraire.
« On sait comment je compose mes romans; je rassemble le plus de documents possible, je voyage, il me faut l’atmosphère de mon sujet; je consulte les témoins oculaires des faits que je veux décrire ; je n’invente pas, le roman se fait, se dégage tout seul des matériaux. Ainsi pour la Débäcle, j'ai été à Sedan, j'ai consulté les meilleures sources d'informations ; les personnages se sont présentés tout seuls; ne fallait-il pas un colonel, un capitaine, un lieutenant, un caporal, des hommes? Une fois le personnage apparu, je le fais mien, je vis avec lui, je ne me plais qu’en ce qui vit.
« Chez moi le mot n’a pas grande importance. Il peut être éveillé par l’image ou par l’argument; je puis parler facilement, je ne m'élèvc à la véritable éloquence que sous l'influence de la passion ; j'abhorre le lieu commun, il me paralyse, m'empêche de parler.
« Souvent le mot écrit m'étonne comme si je ne l'avais jamais vu; je lui trouve un aspect bizarre, laid, disgracieux:; il éveille toujours une image appropriée; mentalement je ne le lis ni ne le parle, je ne suis pour lui ni visuel, ni moteur/ Quand j'écris, la phrase se fait en moi toujours par euphonie; c'est une musique qui me prend et que j'écoute; gamin, j'adorais les vers et en écrivais beaucoup; la musique véritable me laisse froid, je n’ai pas, je crois, l’oreille très juste; c'est par un véritable raisonnement que j'aime la musique ; elle a été longtemps pour moi lettre close, mais j'entends le rythme de la phrase; je me fie à lui pour me conduire, un hiatus me choque et me gêne.
« Je ne prépare pas la phrase toute faite; je me jette en elle comme on se jette à l’eau, je ne crains pas la phrase; en face d’elle je suis brave ; je fonds sur l’ennemi, j’attaque la phrase, laissant à l’euphonie le soin de l’achever.
« Chez nous romanciers, ceci est rare. Tous les écrivains que j'ai connus polissent leur phrase avant de l'écrire ; la première heure est la moins bonne, c’est la période des tâtonnements; au bout d’un certain temps tout s'arrange, se dessine et le bon travail commence.
« Pour moi c’est le contraire, ce que je fais de mieux est ce que je fais d’abord. La fatigue arrive vite; mes quatre ou cinq pages écrites je cesse; je ne dépasse pas trois heures par jour, on m'a fait une réputation de travailleur, c’est une erreur : je suis très régulier et très paresseux; je vais très vite, pour en finir le plus rapidement possible et ne plus rien faire.
« Je termine en disant que je suis myope et porte du 9; cela est venu à 16 ans; je me suis aperçu que je ne pouvais plus, comme l’année précédente, lire de chez moi les affiches annonçant les représentations théâtrales, dont j'étais très friand.
« Mes organes des sens sont bons; l’odorat est excellent. Je rêve assez souvent ; mes rêves manquent de lumière ; jen’y vois pas le grand soleil, le plein jour; c’est une clarté élyséenne qui entoure les objets et les personnes, un peu flous, à demi perdus dans une lumière diffuse et grise... (EMILE ZoLaA).
Cette observation est très intéressante; elle montre la puissance et l'exactitude auxquelles peuvent atteindre les souvenirs {et surtout les souvenirs visuels) chez certains privilégiés; le rôle effacé du mot en dehors des moments consacrés à la composition; le manque de concordance entre la valeur de l’organe de la vue, le
visuelisme, l’imago-évocation et le verbovisuelisme ; elle
est aussi un exemple de ce fait fréquent chez beaucoup d'écrivains, que leur mélophobie, tout au moins leur peu d’aptitude pour la musique, semble proportionnelle à leur amour du rythme, de l'harmonie de la phrase.
Par cette audition mentale de la phrase et de son rythme, Zola se trouve être verbal (de la catégorie des verbo-auditifs) et même puissamment verbal. Mais il n’est point douteux que — surtout lorsqu'il n’écrit pas — l’image acquiert chez lui une incomparable valeur. Il se peut rencontrer des gens qui moins visuels peut être que lui, qualitativement, puisque leurs images sont moins nettes, le sont proportionnellement davantage parce que chez eux l’émploi du mot est presque exceptionnel. Ce serait pour un individu quelconque ainsi bâti, une impossibilité de plus d'écrire la Débâcle.
Le Verbal, lui, n'a de l’image qu’un minimum, un maigre substratum décoloré et indécis qui est à l’image de Zola, ce qu’étaient les poteaux de £Shakespeare, comparés aux splendides décors de l'Opéra actuel.
Ce pourra être un Zola sans images; moins bon verbal peut-être même; à coup sûr, extrêmement peu visuel.
Un des caractères les plus nets quise puisse observer chez les verbaux, c'est la facilité avec laquelle ce qui leur tent lieu d'image visuelle, disparaît au cours d’une conversation pour faire place au mot.
« Dans la conversation courante, il m'arrive quelquefois que toutes les images visuelles, même les moins nettes s’effacent complètement; un nouveau sujet de conversation les réveillé ; elles restent présentes pendant les premiers moments, puis elles s’effacent graduellement à mesure que mon esprit s’habitue à la chose dont on parle et les mots se substituent volontiers aux images tant qu’un fait saillant, inattendu, ne les rappelle pas brusquement et passagèrement à mon attention ; c'est un mécanisme un peu analogue à celui qui substitue dans l’esprit d’un opérateur, les signes conventionnels aux figures géométriques
es et fon
AM dont ils fixent les propriétés; mais je ne vois pas.les signes, je les entends ou je les parle. » (D' Marrau).
Analysant sa puissance d’imago-évocation le docteur Mariau dit plus loin :
« Tous mes souvenirs même les plus lointains s’accompagnent d’une représentation visuelle confuse; si le cadre de la scène me revient en mémoire passivement, les détails restent flous et obscurs, c’est un vague estompage non une exacte photographie; je vois le tableau avec mes yeux de myope. Avec beaucoup d'efforts le souvenir peut se préciser davantage ; et même alors je ne puis d’une personne évoquer que l'attitude familière, qui l’a souvent caractérisée à mes yeux ; la netteté de la représentation ainsi obtenue reste très passagère. Pour un objet il m'est impossible d'évoquer son image totale; je suis obligé de prendre successivement chacun des détails, les autres restent dans l'ombre; je ne puis, par exemple, voir mentalement toute une maison à la fois.— Mieux que la mémoire des formes je conserve la mémoire des couleurs; je me représente très bien en ce moment la teinte rose-lilas que le soleil donne quelquefois le soir à l’amphithéâtre de la Croix-Rousse ; mais mon souvenir ne dessine aucun détail. » (D' MarïAU).
Cette image qui disparait si facilement, qui n’est au dire de l'observation précédente,qu’un vague estompage, susceptible seulement de se préciser sous l’effort, et dont quelques personnes au contraire affirment la disparition sous l'influence même de cet effort pour l’évoquer, cette trame légère, encore colorée chez certains, complètement incolore chez d’autres, a des caractères particuliers importants, quelque peu étranges, uniquement compréhensibles peut-être, cela est à craindre, pour les seuls verbaux, qui n’en connaissent point d’autres.
« Mes pensées (à part celles qui ont trait uniquement à des considérations abstraites), sont toujours accompagnées d'images G. SAINT-PAUL, 5
visuelles appropriées mais d’images d'une certaine espèce; ainsi si l’association des idées me conduit dans une question à songer à telle ou telle chose, à tel ou tel individu, l’image de cette chose ou de cet individu ne me représente pas leurs propriétés physiques, maïs elle sert simplement à fixer, à donner une étiquette à l’objet de ma pensée. C’est moins le souvenir de la personne ou de l'objet que je retrouve, que celui de la fonction, du rôle qui leur est dévolu. Que mes pensées m'amènent incidemment à l’idée d’un dormeur, ce n’est pas tel dormeur que je percevrai, #2ais pour ainsi dire l'acte même de dormir.
(Gérard BrrAuD.)
« Je puis penser longuement sans images visuelles ; j’articule les mots de mes pensées; je pense avec des phrases, à incidentes compliquées, que je m'efforce, pour moi tout seul, de rendre aussi harmonieuses que possible, mais d’un rythme, d’une harmonie un peu spéciale, bizarre, trop personnelle, je le crains, et particulière, pour mériter de plaire à d’autres qu'à moi. Quand je me souviens, et quand je rêve tout éveillé (ce qui malgré mon manque de visuelisme m'arrive très souvent et empêche le travail) j'ai bien des images visuelles, mais tellement atténuées, qu’elles ne méritent pas d'en porter le nom. L'image visuelle d’une rue, d’une maison produite automatiquement au cours d’une rêverie est bien plutôt le souvenir de sensations de hauteur, de largeur, de profondeur (en un mot de dimensions), que celui d'un objet véritable. Lorsque l'idée qui s'attache à cet informe résidu d'image visuelle y prête, elle s'accompagne de notions vagues, de mouvement, de progression, de force, etc. Si je veux préciser, tout s’évanouit et m'impressionne désagréablement.
Ma puissance d’évocation est nulle; je ne puis reconstituer mentalement les physionomies de mon père, de ma mère, d’un ami cher, quittés quelques instants auparavant. »
(D' Georges SAINT-PAUL. )
Ainsi chez les verbaux, les pensées passivement ou volontairement s’accompagnent d’une représentation visuelle très affaiblie, et cependant très complexe. Est-ce
une sorte de résultante et des actions imposées au sujet par l'empreinte visuelle et des réactions opposées par le sujet contre cette empreinte; s’y Joint-il même un souvenir de l’ensemble des modifications (visuelles et autres) de l'organisme en face de l’objet; ou bien plutôt n’estellé point une sorte de souvenance mixte c’est-à-dire qui serait en partie celle de l’objet lui-même, en partie celle de l’idée complexe, exprimée par un mot, qui peut s'attacher à lui et à laquelle seraient liées des conceptions de vitesse, de direction, de force et peut être aussi des souvenirs musculaires d’actes accomplis vite, dans une certaine direction, avec une certaine force ?... — Est-elle plus fréquente cette représentation confusément schématique chez les moteurs, c’est-à-dire chez ceux qui miment mentalement leurs pensées ?
Autant de questions, autant d’hypothèses. Un fait bien établi, et qui doit étonner beaucoup au premier abord, c'est que sauf naturellement pour le dessin, la peinture, la sculpture, le verbalisme, cette quasi-infirmité, ne cons titue pas une infériorité considérable comme on pourrait le penser.
Dans la pratique le Verbal, qui dispose d’ailleurs de cette mémoire mixte, de ce souvenir d’une résultante qui est peut être une arme, peut si bien suppléer à l’insuffisance de sa mémoire visuelle, que je pourrais — avec l'autorisation de M. Ribot — citer tel verbal, dont la vie se passe à disséquer des chiensetdes cobayes, auteur d'ouvrages physiologiques très admirés, et dont l’impossibilité est absolue de se représenter ou un chien ou un cobaye, ou n’importe quel objet ou n'importe quel
organe, dont mentalement il ne peut voir que l'image verbale typographique.
Ce verbal est verbovisuel; d’autres sont verbomoteurs d’autres verbo-auditifs. Il ne semble donc exister aucune relation entre le visuelisme, le verbalisme, et la formule endophasique, non plus d’ailleurs qu’entre cette dernière et laqualité de l'organe récepteur.
Un grand nombre de personnes dont la mémoire visuelle est très bonne sont myopes.
« Je suis très myope depuis l’enfance, portant 2 1/2 et 3; mes professeurs à Lyon n'ont jamais voulu me croire et je suis sorti du lycée sans avoir su faire une circonférence au tableau.
«Cependant ma mémoire visuelle est bonne, ma mémoire de localisation est telle qu'aux expositions je me rappelle la place d'anciens tableaux à dix ans de distance et ma pensée superpose les récents sur les anciens d’une façon fatigante. »