‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 1 sur 77 · LIBRAIRIE DE L.-R. DELAY · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE L.-R. DELAY

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JKjkCONnR l'origine lie cet ouvrage^ ce sera en indiqoer soffl- MiDoient la natare et le bot.

Une famille honorable et pieuse nous avait demandé de lire avec die quelques parties de FAncien-Testament qui loi paraissaient obscures. Nous nous étions récusé d'abord, par la raison que. no6 études s'étant portées sur le Nouveau-Testament plus que sur l'Aocieu, notre concours nous paraissait devoir être peu otOe dans les lectures auxquelles on désirait se livrer. On insista cependaot, et nous dûmes céder. Nous n'acceptâmes toutefois la proposUioD qui noua était foite , qu'à la condition d'étudier noD^^nème avec ceux qui voulaient étudier, et nous aous préaeutâoies oioins comme un instituteur on un profeMeor, que comme oo anû qui venait se joindre à d'autres amis pour Taire des recherches bibliques. C'est ainsi que, pendant huit mois de l'année 1842 à d843, nous avons parcouru les passages les plus difficiles des livres de Moïse.

Quand doos eûmes achevé nos lectures, quelques-unes des solutions auxquelles nous étions parvenu ayant paru intéresser, oo nous engagea à les publier* dans l'espérance qu'elles pourraient contritaer à l'édification des fidèles. Noos avions repoussé d'abord cette idée , comme étant trop évidemment suggérée par les préventions d'une indulgente amitié ] il ne nous semblait pas t d'ailleurs, que son exécution pût se concilier avec les devoirs de la vocation que nous avions à remplir. Nous essayâmes toutefois , phis tard , de réaliser ce projet ; mais , quand nous songeâmes sérieusement à Aous mettre à notre travail, nous oe tardAmes pas A nous aperoevoh* que nous avions non-seulement

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à recommencer les recherches que nous avions Taites, mais encore à en entreprendre d'autres plus étendues, et à soumettre à un nouvel examen quelques-unes des conclusions auxquelles nous étions arrivé dans le cours de nos lectures en commun. C'est le résultat de ces secondes investigations que nous ofirons aujourd'hui au public.

Il est facile de voir, d'après ce qui vient d'être dit, que nous n'avons voulu écrire ni un livre de science, ni un livre de piété ; il ne faut donc chercher dans cet ouvrage , ni de la théologie, ni de l'édiBcation proprement dite. Nous nous sommes placé en face du commun des lecteurs ; nous avons eu en vue les fidèles qui désirent perfectionner leurs connaissancesbtbiiques. Partant du principe qu'ils admettent la pleine inspiration des Ecritures, nous nous sommes borné à leur donner quelques éclaircissements sur certains passages ou sur certaines questions qui peuvent les embarrasser. Nous le répétons donc : nous n'avons pas' écrit pour les théologiens , à qui d'ailleurs il ne nous appartenait pas d'apprendre quelque chose. Si Ton en excepte quelques passages, où la nature du sujet demandait certains détails de critique sacrée, il nous semble que ces E$$ais sont à la portée de tous les fidèles qui possèdent quelque instruction.

Avons-nous réussi à atteindre le but que nous nous sommes proposé? Le public auquel nous nous adressons en jugera. Ce que l'on nous accordera peut-être , c'est de n'avoir ni évité ni tourné les difficultés. On reproche , en général , aux commentateurs d'édifier sur les passages que chacun comprend, et de passer légèrement sur ceux qui exigeraient des explications. Nous avons cherché k procéder d'une autre manière ; et si nous avons éprouvé quelque attrait particulier pour telles ou telles portions de la Parole de Dieu , c'a été pour celles qui présentaient des obscurités, des difficultés, des mystères.

Ce travail, il nous sera permis peut-être de le dire, nous a coûté quelques labeurs ; mais les jouissances qu'il nous a procurées ont été douces ; et quand il devrait n'avoir d'autre résultat que le profit que nous en avons retiré nous-même , nous

bénirions Dieu da fond de notre oœnr, de nous avoir inspiré la pensée et de noos avoir donné la force de Taccomplir.

Nous sera4-il accordé de continuer des études qui nous ont été chères de tout temps, mais que des devoirs prochains, impérieux et sacrés nous ont empêché jusqu'à ce jour de poursuivre avec l'application que nous aurions voulu y mettre? Dieu seul le sait! Pour écrire ce volume, nous avons profité des premiers loisirs que nous avons pu surprendre au terme d'un mi- Dîstèrè de vingt années, et au milieu d'occupations nombreuses. Vouloir ce que Dieu veut, faire ce qu'il commande , remplir le devoir prochain avant le devoir éloigné, c'est une règle de conduite que nous désirons d'appliquer de plus en plus à notre vie. A cet égard , nous sommes prêt à suivre les indications de la Providence divine, età essayer, soit pour le Nou veau«Testament, soit pour d'autres parties de l'Ancien, ce que nous venons de faire pour le Pentateuque. Mais comme le salut des âmes remporte sur la théologie, quelque excellente que soit celle-ci, il nous est difficile de ne pas préférer concourir à l'extension et à l'édification de l'Eglise, que d'écrire des commentaires ou des explications sur la Parole de Dieu.

Encore un mot avant de finir cette Préface. Dans un petit nombre de questions que nous avons abordées , telles que la création et le déluge^ nous avons dû recourir aux sciences naturelles. A cet égard, il est presque inutile faire remarquer que nous ne nous portons ni juge ni garant de la justesse des procédés au moyen desquels ont été obtenus les résultats dont nous avons parlé. Ces résultats une fois donnés et admis par In généralité des savants, notre rôle de chrétien devait se bornera rechercher si et comment ils se trouvent d'accord avec les enseignements de la révélation sur ce sujet.

Paris, septembre f Sli.

ommàMM I.

Xje livre des révélations divines s'ouvre par une magnifique description des origines de Tunivers. Ce langage est celui qu'il convenait de tenir à un écrivain dont la plume était dirigée par TEsprit de Dieu : il est simple et majestueux comme son auteur. Nul doute que le Créateur de la nature, lorsqu'il contemple ses œuvres, ne trouve qu'elles répondent de tout point au plan qu'il en a conçu dans son éternelle sagesse ; et, sous ce rapport, il les reconnaît et les déclare bonnes ; mais il n'exprime aucun étonnement lorsqu'il en parle, parce qu'il se sent au-dessus d'elles, et plus grand qu'elles; car entre lui et ses

œuvres, il y a Tabime de rinfini. Aussi Moïse racontet-il l'origine de toutes choses, comme les apdtres de Jésus-Christ ont fait le récit des miracles de leur Maître, sans surprise, sans exclamation. Il ne mêle non plus à sa narration ni poésie empruntée, ni éloquence factice : la grandeur du sujet donne l'élévation et la noblesse du slyle. Moïse parle de l'œuvre de Dieu comme doit en parler le Dieu dont il est l'interprète.

Nous assistons ici à la plus imposante de toutes les scènes : l'éternité est devant nous; dans cette éternité, l'Être des êtres vit et r^[ne, seul, indépendant. Mais, à un moment donné, sortant de lui-même, il produit, dans le temps et dans l'espace, quelque chose qui n'est pas lui, et qui pourtant vient de lui : la matière, les êtres organisés, le monde. Durant de longues périodes , dont U est impossible à la science humaine de calculer la durée , la terre que iious habitons subit des transformations successives , qui la préparent graduellement à devenir le séjour de l'homme. Alors l'homme, le chef-^l'œuvre de la création visible , aj^rait ; il se promène heureux parmi les œuvres de son Maître, et Pontife de la nature , il rend a son Auteur de suprême^ honunages.

Voilà en quelques mots ce que nous enseigne la Bible touchant l'origine du monde. Elle a dit à ce sujet tout ce qu'il fallait dire , pour instruire l'homme sur son passé et lui révéler son avenir ; mais elle Ta

LA €UBA*rièN. 8

fiiit itiroc teAé bHèV<eté mAé, ce«tè j^vHë M][^ santé, cette làtfforitë MUprètiië el înlSulliMe qiii iié cotivkfhiiëlit qu'à Diéta. Il iô^rtah v^ùe IlibUiimè m û'tàè iSiHliiëte certaine à (}ttellë «^qàe ^iliiftjsêiiiëiil avait tHmtÈiéiicé Âa race , qtiel ïiVàft étë le berèeàû de là fEunillie b«ttâine , t{ttab<l Hcvsit été tÎMAéè fo ten« qu^il habile ; csff il de poiiiv^ cotaptieûâi^ !sÀ destMailon fittuie qu'Èî la itohditioti d^ bbhhàltbë seà premiers boOuiOfebcétnèdft ; ik qttànd bA Mï danfé qnell«à àberratfobè isàni ttottt et B«nâ bdulbi*e est tombé réSjirit hUtMitt Uvlré à ses ptiiçltè^ cbhjëotares ^ toutes leS fôi^ ^U'fl s'est âtentahi ^ànfé deé spëeulatloii^ Stir rorigiae du AnAidle, foii éët èUi ëtài d'ai)|i(]piiécier la valeur hiéloHt)^, do^itiatiqtfe et ^raie du document antll^lie que nous a l^ë Htil^, rhrstoriell de la créalfbb.

HitMiâ^nèttâ dé le difc tôatèibis, le biit dià Tëcrivaitt s&éfé n'était i^s, tie poUtdit piâ éti^ dé hovA enëëigiïéir Tastrôhblibfe , de ilbtiâ initier àiii iéttéti de la gëëlogie, deilous révëlël' leë ldi.<i dé là physii^ûë. U était prédllèi'eibënt, aVant tout, rio^S dfriôï^^resque lii niquetiieht rëvélktenr, et sa misait bétëlktrite l'apfielàîe à reiUplH' liti i^le bien âûtrémeni M^ôHiiH qjdè eèlxn d^id^titùtéiir àiûk les sciences natiii'ëliëii ; car les sciences naturelles , l'esprit bum^ lêk pouvait (iécduVI^ir et (jèrfëctièiitiër , 9kàà Ik iftdté des ège^, à forcé d'àti^caiidfa, de làbëUr, de pëi^éiéràn«ë et âé (attentés intésti^MIHA^: Â cet' ë^â>d,

4 hk CRÉATION.

l'on peut avancer qu'il était digne de la sagesse de Dieu de ne pas prévenir, encore moins de ne pas rendre superflu le travail de l'homme. Ce que l'homme peut apprendre par lui-même. Dieu le lui laisse cher^ cher ; ce qui passe la portée de son intelligence , ce que, malgré tous ses eflbrts, il ne saurait connaître. Dieu le lui révèle par un effet de sa bonté. Quand l'Étemel Dieu, sortant du sanctuaire impénétrable où il demeure inaccessible aux yeux des mortels , condescend à les instruire par d'autres voies que les voies naturelles, ce doit être incontestablement dans un autre but que celui de leur donner des leçons sur la conformation de notre globe, et sur les procédés d'après lesquels il est devenu ce que nous le voyons aujourd'hui. La question de l'homme, de ses rapports avec le Créateur, de ses devoirs envers lui, de son avenir éternel, est ici en cause ; et devant ce puissant intérêt, qui domine tous les autres, s'éclipse l'importance relative des plus hauts problèmes de la science de la terre. Dans la balance de l'Etemel , le monde des âmes pèse plus que celui des corps, et l'étude des lois de la matière , quelque attrait qu'elle puisse et doive nous présenter, ne saurait avoir un poids égal à celui de la connaissance de nos immortelles destinées.

Mais admettons, pour un moment, que Dieu, dérogeant à la majesté de son caractère , et voulant précipiter J'jéducation de l'homme, eût consenti à lui

révéler , en un instant et dans quelques pages de la Genèse , tout ce que la science nous a appris depuis le commencement du monde, tout ce qu'il lui reste encore à nous enseigner sur la planète que nous habitons et sur le système dont elle fait partie, comment devait-il procéder dans cet enseignement, et quelle méthode lui fallait-il adopter? Les formules de l'école changent avec les générations ; la terminologie scientiûque varie avec les siècles. Moïse écrivait sans doute pour les âges futurs, mais il travaillait aussi pour ses contemporains. Le langage qui eût été intelligible aux hommes de son époque, eût-il convenu à ceux d*une époque plus reculée ? Une fois que l'on admet que Dieu , se transformant en docteur èssciences, devait parler une langue assortie à la nature de son enseignement, qu'on nous donne ce style précis, exact, ces formules fixes et immuables qui devaient tout expliquer, tout décider, dans toute la suite des âges. La chose était impossible, et c'est probablement parce qu'elle était impossible que Dieu ne l'a pas faite.

Il ne faut donc pas chercher , dans le récit de Moïse , des définitions exactes , des données positives, un exposé complet et systématique de la théorie de la terre tels que Cuvier et ses successeurs eussent pu les tracer, six mille ans après ; il ne faut pas s'attendre non plus à y trouver des vues sur le système solaire telles que Copernic et Galilée les ont

i'^utiç^ç de 1^ Gçp^&e; çàb, n'c;ptifS(it poinjt dana^n plw^ cc^a i}>v;Ht ^^u^ rapppift. av^c sa l^^ifA^ çt d*. yilffi, Tstf^sfpn. C^ qu'il nou$ a s^ppri^t &uc l'é^nutéde Diiçjifj^sw l!opgifl(&. d^ monde % ip0aiimei^ pli»& 40

^S d?)ip;, Ç^r» 4iUP i^tv Ua irrévocajbLenp/ent établi lf^^Yfir\%4i\^fff ufl Roioi^j.que, resprijLbittmin,a.tou|pttrs qbsjçwç^ Qtqui.pourt^i)! est (l'une souveyraÎQe im^rtapfîQ fipuf bifi)> et.l^ mpçale. Depwte qj»p çettq 3007 l^^^e^ iosp^ée s^ été éfii;il« : 4m qpmmâ^emetM , Z^'^ créfl l^ciefta} ef, (a (atT/Ç} tpii^les^hypollièsc^jCqntlWr re$,q|i(c qté à, Toc^s^ice. cqqdaD[knéeç., et sjfgoaléçs c(»)9iui^ de-d2^qgef (^^^^ er ei^dL'aboxxLrétapnitjé

(^ l^i^èr^ en^igqée par leç. pl^ilpsppheSigrecs, qfù ^ré^fili^j^n^ qw'aCTi^s avoir subsisté p?4i(^aBt Ipngtçmp^.à rqtf^tdç clffio^y la.Q)a^ièr^, ét^p^Ue co^im^ Pipv, sipifcéliéf au.bp|it d'qn cerlftin temps> mjmée, oi^anisée, mais non créée, par rintelligi9p<;e supréa\ç qui fi^tViipïfi: diç ruBiyecs; puis Je système dest ^anft)iiw*,dçSipbUi)5opbôft pjÇf^PPi q^M«^eMaie^^q^

len^nd» a.exi^fé/d^e towlejéternité en JQiieuv et que, dje vij^im» e^aenp^ que; lui» il décQule ii^cesQan»ment de sQp ètne, ooDuneune^expausioixde l'^emelle Jumièi:^ et de réterndle vieraprès cela;» le* dualisme; des 9iOSliqii«t^ qui pnftcbai^nt jr existeiuce simultané»: de

LA CRÉATIOir. 7

dent principes co-ëlef nefs, Tuil bon et Fanl^e méchant, se disputant l'empire dn monde; le pan* théisme enfin, tant ancien qne moderne, <|ui confond Dieu et le monde, et déifie la nature.* Tontes ces doctrines, aussi fatales à hv ftiorale qu'à la relîjpoii, parce qpa'en même temps qu'elles bornent laf totttepufssance divine , eltes détruisent la responsabilité humaitie', ont été combattues et renversées du jouir où* Moïse, guidé par la Sagesse d'en haut , af révélé à' rhunMnilé la grande et féconde vérité d'une ci^éation' de l'univers opérée dans le temps par un acte de la puissance créatrice. La matière n'est pas étemelle, car Dieu Ta appelée à Vètve par Tefifet de s6» omnipotence ; le monde n'est pas Dieu, car, quoique Dieu ait créé le monde, il est différent de lui, itadépendautl de hû, élevé auKiessus de lui. Le mal' qui' est dans rhorame et dans le monde ne saurait être ipiputé à Dieu, car Dieu ne l'a pas j^oduit, il ne pouvait le vouloir ; et dans aucun être le mal n'est ini élémenO nécessaire, n'est un' principe inhérent à sa liatttre. Ces trois axiomes , qui sont h la base de la théologie et de la morale chrétiennes; otit été popularisés^ dans le monde par les enseignements de Moïse; on les ignoMit avant lui, on les a mécoiiiiiis après lui'; les plus grands génies se sont égarée en les ' cherchimt ; et si aujourd'hui ils ont passé dans toutes les côiividtiouschrétietttiesetsont univetisellenientadtuis; cTest paMè qU^ls sont descendus dta'ciel eh terril 'par VOië

8 LA CRÉATIOlf.

de révélation. Quand le législateur du peuple hébreu n*eùt rendu que ce service à la religion et à la morale, il faudrait lui en tenir compte ; et pour atteindre un objet si grave, il eût valu la peine d'écrire le premier chapitre de la Genèse. Car dans ce premier chapitre du Pentateuque, il y a plus de vérité sur l'origine de l'univers que dans tous les systèmes de philosophie qui ont paru depuis le commencement du monde. Que dis-je ? sur le point particulier de la création, il n'y a de vérité que là; l'erreur est partout ailleurs.

Empressons-nous toutefois de l'ajouter : quoique Moïse n'ait pas eu la prétention de se donner pour un géologue ou pour un astronome ; quoique, en sa qualité de prophète , il n'eût , à proprement parler, rien à faire avec les sciences naturelles , nous soutenons qu'il n'a pu ni dû avancer sur ces matières une seule proposition qui îdt de nature à être renversée par lea investigations sévères et éclairées de la science. La Bible peut, sans inconvénient, renoncer à professer la science de la terre et du ciel : elle sait et apprend tant d'autres choses plus importantes ; mais elle ne saurait errer ni enseigner l'erreur sur aucun point des différentes branches des connaissances humaines. Il lui est permis de n'en rien dire , mais elle ne doit pas en mal parler. Une seule assertion fausse, une seule contradiction même sur des questions d'un intérêt secondaire et d'une nature toute

profane, compromettraient, selon nons, Tinspiration divine, en portant atteinte à la dignité du caractère de Dieu et à la toute sci^ice de TEsprit révélateur. L'écrivain sacré nous parle de la terre et des cieux, comme le ferait un spectateur qui en contemple la grandeur et la majesté ; il nous en décrit les révolutions comme elles apparaissent à nos sens , comme elles peuvent être perçues par nos organes. Le soleil lui semble placé tout exprès dans Tespace pour éclairer la terre ; la lune et les étoiles ont été créées, selon lui , pour décorer la voûte azurée , et pour former audessus de nos têtes comme un vaste pavillon illuminé. Ne vous en étonnez pas : il écrit en qualité de témoin oculaire, et non à titre de philosophe; et ce qu*il y a d'admirable dans son style, c*est que, sans admettre la précision du langage scientifique , il est construit pourtant de telle sorte, qu'il n'a jamais contredit et ne contredira jamais les résultats positifs acquis à l'humanité par les progrès incontestables des sciences profanes. La Genèse laisse une libre carrière à l'esprit investigateur de l'homme ; elle accepte d'avance toutes les solutions satisfaisantes des problèmes qui le travaillent , elle accueille avec joie toutes les découvertes certaines faites par lui dans le domaine de l'expérience ; elle les confirme, elle les sanctionne, et, par les données générales qu'elle fournit sur l'histoire de notre globe , l'on peut dire qu'elle a prévu ce que les plus savants naturalistes enseignent

iO LA CREATIOll.

aii)<Miid'hui^ et qu'elle Vsl e» quelque sorte fak pressentir.

Boraons^novs à on seul exemple. Qui n'a entendo parler de Tessor prodigieux qu'a pris ta: géologie àe* puisuademi'-aîècle, et des progrès étxmnante qu'elle a fsils? Si l'on en croit les représentants hes plus célèlire& de cette science, en France, en ^ngieterne, en Suisse et en Allemagne, il semble constaté, que la? croûte épaisse qui envelc^pe notre terre, et lut sert de surface, se compose de couches diverses de terrains et de rocs superposés les uns ai>-des8us des autres ; que ces formations do nature différente, appartiennent ans» à des époques très«éloignées ; que les stralÂfications les plus profondes ne renferment aucun débris d'êtres (H^ganisés;, mais qu'à mesure que l'on s'élère et se rapproche du sol que nous fou-> Ions aux pieds, l'on trouve des restes d'animaux dont l'organisation va en se perfectionnant par degrés* Il semble également prouvé que les squelettes* d'ani* nimaux, enfouis et pétrifiés dans les terrains des différents ordres, ne sont point de même nature que ceux des éts^es supériairs ou inférieurs, par Conséquent qu'ils n'ont pu leur donner naissance et qu^ils appartiennent à des créations successives. Il est démontré, à ce qu'il paraît aussi, que tons ces fossiles, tant de végétaux que d'animaux, depuis les terrains primitifs jusqu'aux terrains tertiaires^ ne représentent aucune des plantes ni aucune espèce

LA cmÊATioir. ii

de$ ajoiioaiix qui vÎTent act^lleine«A aur Ia tenrc» et qpi'ils leur soot de beaucoup iafërieurs patr leur oi^ia^ lûsâHiou. Vovk a été obligé d^ reeonsfiâtpe enccMre, <|ue cba<{ue couche^ aujourd'hui enterrée à de g^raur dei^ profondeurs^ a dû se trouver primiti^vement à kt suTÊice de la terre» avec les aaimaux dont on y dé-, couvre L^ débris, et que toutes elles n'ont pu dispa^ raitre ({ue par dea formations successives, q^î sont yengesi les recouvrir, ou par des révicrfutions du glot^^q«(^ Les ont abîmées squs les eaux.de TOcéan. L'on est fid^cé enfin d'accepter, comme un résultat asse? positif^ que la température de notrei terre efc la compoaitlon de ralmospbère ont subi, à différentBS époques^ des variations étonnantes; que. les ciroon^ stances dans lesqueHes-ont vécu et prospéré ks élares oi^ganiaés dont ou reUrouvè aujouixJ'hjuUes débris, se^ raient p|n4)ablçmçnt fatales à ceuxqui»respirentinaîii^ tenant sur la sur^boe du globe; et que les causes du cbangeou^ complot .desespèces-d'une époque à»une aalre^ soi^d^catastr^iiphes terribles, des cuises épou^ vaotables.dont ii est difficile de préciser la naiure. Or, il es^ évident qp'aucu,ne d^ révdutions qm ont amené li^ destruction de, toutes ces générations d'êtres, ne saurait être attribuée comme cause au diéf luge i^cbiq^ie^Xar, diabord, les eaux, du: déluge, quelcBoeppfondes, qu'elles eu^^sent été, quelque, se* }qm qu!elles eus^nt^ fait sur la> terre, n!auraiQ)it pplf^ pff^ produjure. dans. l'intérieur de la croûte ter*

restre , à plusieurs lieues de profondeur, des perturbations capables d'expliquer des soulèvements de terrain, des roches en fusion, des animaux pétrifiés dans des masses solides. Ensuite, et nous Tayons déjà dit, aucune des espèces d'animaux fossiles que le géologue extrait aujourd'hui des entrailles de la terre, n'appartient à celles que Noé conserva dans l'arche, et qui se sont propagées jusqu'à nos jours.. Rappelons-nous, après cela, que tous les fossiles d'un même lit sont de même espèce, et diffèrent de celles des lits supérieurs ou inférieurs ; qu'il y a gradation, perfectionnement successif dans les êtres qu'ils représentent, et qu'il serait impossible de concevoir comment le déluge engloutissant à la fois tous les êtres vivants, en eût pu trier parfaitement et classer systématiquement les dépouilles, dans des espèces de compartiments tout à fait distincts les uns des autres. N'oublions pas, enfin, qu'aucune des formations dont nous venons de parler ne renferme de fossiles d'homme, et que, tandis que les plus petits animaux, les plus faibles oi^anisalions, des insectes, des coquilles, par exemple, s'y trouvent admirablement conservés, il n'y parait pas une trace d'un squelette humain.

De tout cela, que pouvait-on raisonnablement conclure, sinon qu'avant de devenir la demeure de l'homme, notre terre a été le théâtre' de révolutions profondes, qui ont successivement métamor-

LA CBÉATION. i3

phosë sa sur&ce ; que pendant leur durée, des générations entières de plantes et d'animaux, ont vécu et péri, et que chacune de ces formations à exigé pour'se développer, finir et faire place à une formation subséquente, des périodes incalculables, devant lesquelles Tespril humain recule interdit et confondu.

Mais alors, comment faire concorder avec le récit biblique cette haute antiquité de notre terre? C'est ce qui paraissait d'abord impossible. Dans le premier moment, on n'a vu autre chose dans toutes ces recherches et dans leurs résultats, qu'un esprit de témérité et d'audace ; on s'est alarmé, on a craint, on a tremblé. Il semblait que les bases de la foi chrétienne étaient ébranlées, et que Moïse ne méritait plus aucune créance. Mais peu à peu l'on s'est ravisé, et l'on s'est convaincu, qu'à cette nouvelle épreuve la révélation résisterait comme à toutes les autres , et que , de cette crise elle sortirait victorieuse, comme de toutes celles qu'elle a traversées, comme de toutes celles qu'elle traversera encore. Les faits certains, constatés par la géologie, le récit de la Genèse ne les nie point, il les suppose au contraire , il les avait , à l'avance , à grands traits dessinés , il les avait prophétisés , en quelque sorte.

En effet, il y a deux hypothèses qui peuvent servir à montrer l'accord des premiers versets de la Genèse

avec ks liëoKMivertès les pl«s Mk^étiM êé là gëblo*^ gie* Qnelle qne soit celle que Ton adojite, là réVelâtioii est justifiée ; Moïse à {^féVenu la science moderne el fa dépassée. Sdoii la première, Ton explique les éeax premiers yersets du premier livre de Mofee , de la créatkm de l'àtiivers en gâlëral, et les suivants, jusqu'à la fin du chapitre, de la formation de notre terre en particulier. A c^ point de viie, tout resijace de temps dont les géologues ont besoin pour expliquer les changements successifs dont notre globe a été le théâtre, avant qu'il devint ta demeure de l'homme, se trouverait supposé pbr les quelques mots d'introductk)b qUe l'écrivain sacré a placés en tète de son livre. Entre le second et le troisième versets l'on pourrait, sans incouvénient, sbu&^nténdre ces espaces plus ott moins considérables, pendant là dttrée desquels là surface solide dé notre globe a subi, par l'eau et par le feu, eeS épreuves nombreuses qui devaient la préparer à devenir le séjour de l'bomme, et ou elle a tu paraître et disparaître ces générations innombrables d'êtres organisés, tour à tour créés et détiiiits pour faire place à des êtres plus parfaits, tels que ceux que nous voyons aujourd'hui. Avec le troisième verset seuleiiieiit commencerait la dernière formation, qui donna k notre globe. la configuration qu'il a maintenant, le cotl* vrit des végétaux et te peupla des animaux qui s'y sdnt propagés jusqu'à nos jours et dont le déluge

LA CBLÈàMtOK. it

mène n'a {« anéamârles races, «t qui litt ootaitmiiée par la cré«liqa ^ Tiioniine, ce cheM'i^ttTtie de la toute^putsMtfiee. Si l'on adopte oette explicatkm, les «x jours ne soatpasdes «poqaes; ce sont des |o«rs de TÎngHpiâtre heureê, représentâiM une divisionda ten^ dans laquelle il a plu à la souver^ne sagesse de classer les diverses parties de TœuTre de la dernière ereation, oa, pour mieux dire, de la d!emière formation de notre globe. Et qui pouirait contester à Dien te droit et la puisaanee d'assigter ainsi aux di*ters déveliQ|)pements de son œuvre des moments axes et déterminés, et de créer en six jours, suitant un ordre de succession, ce qu'il aurait pu produire en un instant? Aioai, dans le premier verset : Au tammmcemitu Dieu créa lei deux et la terre^ Moïse annonkcanit la création de tout ce qui existe, desmondes et de leura habitants, des étoiles fixes H des planètes ; de notre terre et de tous les corps qui compoèent avec elle le système auquel elle appartient. Le se«cond verset nous présenterait notre terre encore humide et ténébreuse, même après ces révolutions nombreuses que beaucoup d'années et peut-être de sièdes n'avaient pu achever. Avec le troisième ver-^ sel, seuleroent, commencerait la dernière période de formation et de création tout ensemble, de formation , pour l'enveloppe de la terre , de créatif, pour I'b<Hnn)e et les animaux qui devaient la peupler. Cette dernière opération ^'accomplit en six

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jours, et le septième, Dieu se repose de sou œuvre. D'après la seconde hypothèse, les jours sont des époques, représentanl une durée de temps qu'il nous est impossible d'apprécier au moyen de nos calculs. Chaque jour figure autant de siècles et plus peutêtre qu'il ne s'en est écoulé depuis la création de l'homme. Chacune de ces périodes de formation donne lieu à des êtres toujours plus parfaits, qui sont à leur tour remplacés par d'autres, jusqu'au moment où Dieu crée l'homme et les animaux qui doivent lui faciliter et lui adoucir le séjour de la terre. Au lieu de six mille ans écoulés depuis la création de l'homme, nous avons peut-être six cent mille ans entre l'époque de la première et de la dernière for* mation, ou entre le premier et le sixième jour de Moïse. C'est pendant la durée de ces espaces immen* ses que notre globe se purifie, que des animaux variés y naissent, y vivent et y périssent , et que se transportent, se déposent et se durcissent ces nombreux terrains élevés les uns au-dessus des au* très, et qui composent aujourd'hui la croûte solide de la terre. Une observation géologique, faite par tous les savants, semble confirmer cette seconde hypothèse, c'est que la position et la succession des différents fossiles à chaque étage de la croûte terrestre, se trouvent précisément dans l'ordre que nous trace l'écrivain sacré. Aux degrés inférieurs, au plus bas étage des terrains de transition, nous

LA CRI^ATIOlf. 47

trouvons les végétaux et les animaux inférieurs de tous les ordres, tels que les mollusques et les poissons; plus haut, apparaissent les reptiles ; au-dessus des reptiles l'on rencontre les oiseaux; après les oiseaux, dans des couches plus élevées, se montrent des mammifères; puis viennent les fossiles des animaux supérieurs, et des grands quadrupèdes, tandis que les squelettes humains n'ont été découverts que dans les terrains les plus élevés, autrement appelés diluviens^ et portent ainsi la date d'une époque beaucoup plus récente. Cette coïncidence, entre la distribution que fait Moise de l'œuvre des six jours de la création et la position des différents fossiles dans les nombreuses couches où ils ont été trouvés et observés, est singulièrement frappante, et servira probablement de point de départ à de nouvelles découvertes. Mais, d'un autre côté, il faut convenir que, quand on lit le récit de Moïse, sans système préconçu, sans préjugé géologique, il semble évident que l'auteur de la Genèse parle des différentes espèces d'animaux comme ayant été créées pour Adam, et destinées à habiter la terre en société avec lui, et non comme d'êtres progressivement organisés, ou graduellement perfectionnés en différents temps, et qui ont paru et disparu avant l'époque de la création de l'homme. Si ce n'était cette considération, il faut convenir que la dernière explication a beaucoup plus de probabilités en sa faveur

18 LX Cl^feATIoA.

que la première hypothèse qoe nous avons! exposée (1);

(1) Ud ami qui a fait de la géologie une étude spéciale et qui, après beaucoup do recherches, a cru devoir adopter la seconde opinion que nous avons rapportée, pense que la grande hypothèse de Là Place, dans sa Mécaniqw cétenle, n'est que le commentaire du récit des quatre premiers jours de la Genèse, comme toute la géologie est le commentaire des cinquième et sixième, jours. En conséquence, il distingue les six jours de la création en deux grandes époques de trois jours chaque, que nous ne faisons ici qu'indiquer sommairement.

1** ÉPOQUK. — PHTSICOCHIKIQUB.

Premier jour. Création de Tunivers et spécialement de la ma^e qui deviendra notre »y»tème solaire, — masse fluide, gazeuse ( informe et vide). La lumière : premier symptôme de vie physique. Cette masse devient lumineuse et se, détache de ce qui n'est pas elle (ténèbres).

Deuxième jour. Séparation de cette masse générale eu nrîasàes particulières, nécessairement globuliformes. Formation des planètes, entre lesquelles est Vétendue, ou les deux. Les eaux, ou masses fluides gazeuses au-dessous de l'étendue, c'est la terre. Les eaux au-dessus de l'étendue ou des cieux, ce sont les planiie$ et généralement les astres.

Troitièmejour. Là concentration (qui est la loi du progrès dans l'ordre de la gravitation qui domine ici) augmente. Elle a pour effet sur notre terre la séparation des terres, des mei-s, de l'atmosphère, dernier reste de la forme gazeuse. C'est la première moitié du troisième jour. Dans la deuxième moitié de ce même jour, le sec a paru et la végétation natt. Jusqu'ici le développement du monde et de la terre est phy tique et chimique. La végétation annonce l'époque organique,

2« ÈPOQtlB. — ORGANIQUE.

Quatrième jour. Les lois du développement des êtres organisés ont pour condition l'ordre des climats, des jours et des nuits, des saisons, etc. L'époque orgahique commence donc par une grande et dernière crise. qui fixe à tout jamais les rapports essentiels des divers corps célestes, spécialement de notre système planétaire,. de la terre avec le soleil. Cette grande crise, à laquelle participe notre terre, efface les traces de végétation et de développement antérieur. — Terrains primitifs, tant fouUee.

LA CRéATTON. 19

Oq le voit donc, quelque opinion que Von adopte, que Ton se range du côté de la première, ou que Ton préfère la seconde, ce qui demeure certain, c'est la haute ^tiquité de notre globe. Mais aussi loin qu*09 fasse remonter dans la nuit du passé l'origine de la création, il demeure prouvé que le monde n'est pas étemel... Entre l'éternité do Dieu et le moment où il crée, il y a tout un ^bime. Et que nous importe, après tout, la longue et ténébreuse bistoire de notre globe, jusqu'au moment où Dieu ordonne à l'homme de venir habiter la t^re ? De quel profit pous aurait été la connaissance de ces catastrophes qui se sont répétées, et de ces créations qui se sont renouvelées, dans un passé qui n'a pas d'histoire, puisqu'il n'a

Cinquième jour. Après et avec cette crise, commencent le développement organique et les divers soulèvements dont la géologie prouve les prouves dans Vexamen des terraifis. Moïse indiqua les deui coupes principales ; ce sont celles de la géologie. Le cinqnièn«e jour correspond aux époques diverses comprises depuis les terrains de transition jusqu'aux terrains tertiaires, et Moïse raconte les créations successives des animaux dans Tordre que constate la géologie.

Le sixième jour correspond aux terrains tertiaires. Premier demijour, les mammifères; second demi-jour, l'homme.

Puis vient le jour de repos qui couronne rœuvre, mais qui est en dehors d'elle.

Le déluge suit comme catastrophe de Vordre actuel.

Ainsi deux époques de trois Jours chaque ; le troisième, divisé chaque fois en deux demi-jours; puis le repos ou Tordre et l'harmonie. Tout semble ici symétrique et normal. L'intelligence divine procède avec ordre. Dans fa création, elle semble avoir voulu donner à l -homme ta triple leçon du travail, de Tordre et de Thar* monte.

pas d'humanité? L'hisloire de noire globe a commencé avec la création de Thomme. Jusqu'à cette époque Moïse n'avait rien à nous raconter ; il n'avait à nous dire autre chose que ces mots sublimes : Au commencement Dieu créa les deux et la terre. De là, il devait passer rapidement à la création de l'homme, qui vient compléter toutes les séries de créations, et qui elle-même n'a pas six mille ans de date. Ainsi, éternité de Dieu, non éternité du monde; haute antiquité de notre terre, récente création de l'homme ; ancienneté de notre globe, jeunesse relative de l'humanité : voilà tout ce qui nous importe dans le récit de Moïse, voilà ce qu'il met en évidence et à quoi il faut nous tenir.

Que l'esprit humain, incessamment actif, se lance dans de nouvelles recherches, que la science marche de progrès en progrès et de découvertes en découvertes, ni l'un ni Tautre ne trouveront jamais la Bible en défaut. La Genèse demeurera toujours le plus antique comme le plus vénérable des documents de notre histoire. La véracité des récits qu'elle renferme, l'exactitude des faits qu'elle rapporte, demeurcnt incontestables, malgré les attaques de l'incrédulité ; et la vraie science, dans ses plus nobles représentants, n'a jamais manqué de lui rendre hommage. C'est ainsi qu'après s'être étonné pendant longtemps que la lumière eût été créée avant le soleil et les astres, (v. 3 et 14), et en avoir conclu que

Moïse avait ignoré les premières lois de la physique et de Tastronomie, Ton s'est convaincu, plus tard, que les ^ soleils ne sont point, comme on l'avait cru, des corps lumineux par eux-mêmes, mais qu'opaques de leur nature, ainsi que tous les astres, ils ont dû recevoir la lumière d'ailleurs, par conséquent, que la lumière a pu, a dû être créée avant eux, selon que l'enseigne Moïse. C'est ainsi, encore, que la distribution des fossiles dans les diverses couches de terrain, d'après l'ordre invariable qu'indique le récit de la création, depuis les fougères jusqu'aux quadrupèdes inclusivement, est un fait qui rend aujourd'hui le plus éclatant témoignage à l'authenticité et à la vérité du premier chapitre de la Genèse.

Nous citerons à ce sujet des paroles pleines de sens, qui nous paraissent résumer admirablement tout ce qui vient d'être dit et en former la conclusion naturelle. Elles sont d'un homme que ses connaissances spéciales autorisent à tenir un pareil langage : 9 Puisqu'un livre, écrit à une époque où les

> sciences naturelles étaient si peu éclairées, ren-

» ferme cependant, en quelques lignes, le sommaire

> des conséquences les plus remarquables, aux-

> quelles il ne pouvait être possible d'arriver

> qu'après les immenses progrès amenés dans la

> science par le dix-huitième et le dix-neuvième 9 siècles; puisque ces conclusions se trouvent en

â2 LA ÊHÉATION.

> rapport avec des faits qui n'étaient ni connus ni

> même soupçonnés à cette époque, qui ne Tavaient

> jamais été jusqu'à nos jours, et que les philosophes

> de tous les temps ont toujours considérés contra- » dictoiremént, et sous des points de vue toujours

> erronés; puîsqu'enfîn ce livre si supérieure son

> siècle sous le rapport de la science, lui est égale-

> ment Supérieur sous le rappoi^ de la morale et de

> la philosophie naturelle, on est obligé de convenir

> qu'il y a dans ce livre quelque chose de supérieur

> à l'homme, quelque chose qu*il ne voit pas, qa^il » ne conçoit pas et qui le presse irrésistiblement (1). »

Avant de terminer, qu'il nous soit permis de dire un dernier mot. Dans l'exposé qu'on vient de lire, nous sommes parti du principe, que les résultats les plus généraux de la géologie sont certains et incontestables. Mais cette science ne fait que de naître et se trouve dans un continuel progrès. Il pourrait donc arriver que, plus tard, des problèmes, regardés aujourd'hui comme résolus, fussent ou renversés ou

(1) BoDBÉB. GMôgit popuiaire, Paris, 1833, page 66. Nous joignons ici l'indication de quelques ouvrages à consulter sur la matière. — GuviKR. Diseoun préliminaire iur Ui réwiulians du globe, llechèrches $ur le§ oisemenU fosnles^ voU 1, p. 58, et vol. Ul, p. 9. — Fraçmenli dtune histoire de la terre, e(c., par F. OB RoUGBiioiirr. — Bakbwbll. iniroduclion (o (jtfo^y. — J. V. F. Lamouhoux. Géingraphie pk^tiquê.^P. SiiiTH. OtiScrtplAre and Geology,--^, WiSB- MAïf . Rapports entre la teience et la religion révélée, — H. Hollard. Etud€ de la nature^ 1. 11.

LA CEKATION. 23

remis en question. Dans ce cas, devrions-nous avoir regret à notre travail ? Nous ne le pensons pas ; puisque nous avons essayé de démontrer, qu'au degré de développement où est parvenue la géologie, elle confirme plutôt qu'elle n'ébranle la vérité du récit de Moïse touchant la création.

<wm>

omisa m.

De la création du monde, nous passons à la chute de rhomme. Une catastrophe plus grande, plus profonde, plus terrible par ses conséquences que toutes celles dont noire globe a été le théâtre, a précipité la race humaine dans le péché et dans la misère. C'est le récit des causes et des effets de ce triste événement que Moïse nous a tracé dans le troisième chapitre de la Genèse. Après avoir été, dans les deux premiers chapitres de son livre , Thislorien magnifique de la création, il devient dans celui-ci l'historien véridique de l'homme, de sa tentation, de sa désobéissance et de ses malheurs. Dans les pages précé-

LA GHUtS. 25

(lentes, il lui a suffi d'un trait de plume, mais d'un trait de plume sublime , que TEsprit-Saint a guidé et formé, pour condamner à Tavance toutes les théories mensongères au moyen desquelles l'esprit humain chercherait , dans la suite des siècles , à rendre compte de l'origine de toutes choses. Selon lui, la création du monde ne peut et ne doit être expliquée ni par Téternité de la matière , ni par le système des émanations , ni par la doctrine des deux principes, ni par le panthéisme, ni par aucune autre théorie qui limite la puissance divine ou qui détruit la responsabilité humaine, qui confond Dieu avec le monde , ou qui détruit la personnalité divine. Ici , il s'explique sur l'origine du mal ; il nous en révèle la cause première et le véritable auteur ; et avant que la philosophie eût commencé à réfléchir sur l'affligeant phénomène du mal moral et du mal physique dans le monde , il avait déjà signalé la raison seule suffisante, seule vraie, qui sert à rendre compte de la source de toutes nos misères. Que de systèmes ne sont pas nés après lui, pour résoudre le difficile problème de la corruption de l'homme, et des innombrables soufTrances auxquelles il est en proie! Les uns en ont cherché le principe dans la matière, qui, en limitant les facultés et en comprimant l'essor de l'âme humaine, l'empêche de s'élever à la contemplation et à la possession du souverain bien; les autres l'ont vu dans la mauvaise éducation que

FhoniDie reçoit, et dans les funestes exemples qu'il a sous les yeux ; des troisièmes sont romontés » pour l'expliquer, à un principe du mal coexistant à Dieu, nécessaire, éternel, inhérent à ce monde, et n'en pouvant être séparé ; des quatrièmes, enfin, l'ont re- ^urdé comme une épreuve utile , indispensable au dévdoppement de l'homme, et sans laquelle la vertu, le mérite, ne seraient que de vains noms. Hais ces solutions n'ont jamais rien expliqué , on bien elles ont eu un résultat plus déplorable encore, celui d'attribuer le mal à Dieu, et de décharger l'homme de toute responsabilité à cet égard. Moïse n'est pas philosophe , il n'a nulle prétention d'établir de hautes et profondes théories ; il n'est qu'historien , maf s le fait qu'il raconte renferme la solution de l'inextricable mystère de l'origine des misères humaines. En nous enseignant la création de l'homme dans l'état d'innocence, et en rattachant sa chute à l'abus de sa liberté, il a justifié la Providence et sauvé Thonneur du caractère moral de Dieu. Adam , placé innocent dans le paradis terrestre, est tombé pour n'avoir pas su résister à une légère tentation; et en devenant coupable et malheureux, il a entraîné toute sa postérité dans l'abime. Quelles tristes, mais précieuses révélations sur les premières destinées de notre race ! A ce titre seul, ce document antique dmt avoir une immense valeur à nos yeux. Les faits qui y sont consignés paraissent, au premier moment, obscurs,

LA CHUTB. fft

inexplicables ; on serait tenté d*y voir une allégorie ; et dépouillailt la narration de Moïse de son vêtement oriental , on voudrait n*en retenir que les feits les plus simples, et la réduire à l'enseignement de quelques vérités morales. Cette manière de trancher des questions épineuses est brève et expéditive dans sa méthode , il feut en convenir ; mais est-elle permise ? est-elle raisonnable ? et, dans le fait, ses résultats sont-ils satisfaisants? Avant d'entrer dans Fexamen des difficultés de plus d'une sorte que présente rinterprétation du troisième chapitre de la Genèse, faisons notre profession de foi sur le caractère de ce document. A nos yeux, i\ est historique , purement et simplement historique , et voici en peu de mots les raisons qui nous empêchent d'avoir une autre opmion.

Comment admettre , d'abord , qu'un apologue ait été placé par Moïse en tète d'une histoire , et pour servir d^introduction aux annales des premiers âges de l'humanité qu'il se proposait d'écrire? Il y a entre le troisième chapitre de la Genèse et les suivants un lien étroit, tndissolitbte ; c'est le premier chapitre d'me histoire qui serait inintell^ble sans lui. Ensuite , le lieu de la scène est exactement décrit ; la position géographique du paradis est soigneusement indiquée. Après cela , l'état de l'humanité tel qu'il résulte du récit de la chute est aujourd'hui encore celui dans lequel nous la voyons ; de tous les faits

28 Là C1iOt£.

c'est le plus triste, mais aussi le plus réel. Ajoutons que, dans la narration de Moïse, rien ne trahit Tallégorie, et que tout, au contraire, fait pressentir Thistoire. D'où nous concluons que la nature particulière de l'ouvrage, aussi bien que le but spécial que se proposait son auteur, nous empêchent d'admettre, dans l'explication de ce fragment, un autre sens que le sens littéral (1).

. Ensuite, si ce morceau est allégorique, les autres ne le seront-ils pas aussi ? Et d'interprétations en interprétations, n'en viendra-t-on pas peu à peu à faire disparaître de nos saints livres, au moyen de l'explication mystique, tous les- faits surnaturels, tous les événements miraculeux ? A ce compte-là, non-seulement r Ancien-Testament , mais encore le Nouveau, ne renfermeront bientôt plus de faits extraordinaires; et des idées, des moralités seront presque partout substituées à l'histoire.

Gomment d'ailleurs, si l'on croit à la divine inspiration du Nouveau-Testament, ne pas voir, dans le troisième chapitre de la Genèse, le récit historique d'un fisiit réel ? S'il ne renfermait qu'un mythe ou une parabole, le Sauveur, en saint Jean (ch. Vin,44), saint Paul , dans sa deuxième Épitre aux Corinthiens (cb. XI, 3), et l'apôtre saint Jean, dans sa première Épître catholique (ch. III , 8) , se seraient-ils permis d'ap-

(1) Hengstbtiberg. ChriMologie, i th. i abth, p; 26.

LA CHCTE. 29

puyer, auraient-ils pu même, sans nous induire volontairement en erreur, baser leurs enseignements sur l'histoire de la première, tentât ion et de la première désobéissance, telle qu'elle nous est rapportée par Moïse (1)? Or, qu'on lise attentivement les différents passages du Nouveau-Testament où il est fait une allusion directe ou indirecte au troisième chapiire de la Genèse, et que Ton nous dise s'il est possible d'admettre que notre Seigneur et ses Apôtres n'en ont pas accepté le sens littéral , et ne partent pas tous du principe qu'il faut y lire le récit d'un fait historique. Sans doute l'interprétation littérale présente plus (l'une difficulté, mais l'interprétation allégorique en offre-t-elle moins ? Nous n'hésitons pas à le dire : pour quelques détails, où, dans le point de vue historique, la raison doit se taire et la foi se soumettre, il y a une foule de contradictions et d'explications forcées où Ion est obligé de se jeter, si l'on se place sur le terrain de l'allégorie. La doctrine du péché et la foi à l'existence du Diable disparaissent , l'accord entre les divines révélations se perd , l'harmonie entre TAncien et le Nouveau-Testament se trouve rompue, la vérité échappe, et l'on ne sait plus sur quel fondenient bâtir. Au contraire, que de questions se simplïûent, quand on croit que Moïse a été historien et non fabuliste , qu'il a rapporté un fait et non créé poéli-

(1) Voy. aussi Rom. V, 12.-1 Tut. if, 13, 14.

aO LA CttUTB.

quemont un mythe. C'est ce que nous allons essayer de montrer maintenant.

Qudie est la première et principale di£Gicultë que Ton rencontre dans le récit de la chute de nos premiers parents, et qui semble s'opposer à l'admission du sens littéral? C'est la présence du serpent, d'un serpent qui parle, d'un serpent qui raisonne,, et qui, par ses discours et par ses sophismes, parvient à séduire Eve, et par Eve, Adam. Il faut avouer que, si l'on ne voit dans le serpent qu'un animal destitué de raison, le document dont nous nous occupons devient obscur et singulièrement mystérieux. Mais sommesnous chrétiens, ou ne le sommes-nous pas? Et si nous le sommes, ne devons-nous pas expliquer r Ancien-Testament par le Nouveau, et porter dans les obscurités du premier les clartés du second. Or, que nous dit l'Evangile sur ce sujet? Il nous apprend très-positivement, et à plusieurs reprises : qu'un esprit malfaisant, ange déchu très-probablement, appelé tantôt Satan , tantôt le Diable, est devenu le tentateur de l'homme ; qu'il est l'auteur de sa chute, et qu'il doit être considéré comme la cause première de toutes les misères physiques et morales qui affligent aujourd'hui la race humaine (Voyez entre autres Matth. XIII, 39 ; XII, 28. 1 Pierre V, 8. Eph. II, 2). Notre Seigneur en particulier, faisant allusion au récit de Moïse, déclare que le Diable est menteur et meurtrier dès le commencement (Jean VIII , 44) ;

LA CUCTÊ. M

et son drp^e Jëaû, dans deux endroits de T Apocalypse (ch. Xn, 9; XX, 2), affirme que le serpent ancien qui séduit le monde, c'est Satan, c'est le Diable. Il y a donc ici non-seulement un reptile, mais un être inteNigent; non-seulement un instrument aveugle, mais un agent rusé ; non-seulement un serpent , mais le Diable ; car, d'après l'Ecriture , il faut voir, derrière le serpent de la Genèse, un ange de ténèbres, adrcHt, puissant , armé pour le mal, et qui ne se sert (l'une créature privée de raison que pour se cacher et pour mieux accomplir ses desseins pernicieux (1). La malédiction prononcée contré le serpent porte à la fois et sur le serpent et sur Satan : sur le serpent, qui s'est prêté à être l'instrument des volontés du Diable , et sur le Diable , qui s'en est servi comme d'un agent docile et soumis. La malédiction qui frappe le serpent consiste en ce qu'il rampe, en ce

(1) Vofci, d'après le D' Hbnqstenbbbg, les priocipales raisons qui doivent nous faire admettre que le serpent n'a pas été dans la chute d' Adam et&ve le principal séducteur, et qu'il n'a fait que serVird'orgaoeou d'instrument à Satan : f" la nature même des choses, qui nous empêche d'attribuer à un être destitué déraison un plan aussi bibilemeDt concerté; Eve a pu ne pas s'étonner du langage da serpent, parce qu'elle le connaissait encore trop peu, maiB ses descendants ne sauraient sVf rômpcr ; ^2^ la tradition de la chute des premiers hommes, telle qu'elle se trouve dans les livres religieux des Persans; Ahriman, sous la forme du serpent, est représenté comme Tauteur de leur perte (ZendaveHa, 3« partie, p. 84-85) ; 3<* la tradition des Juifs, qui attribue également à Satan la perte de Tin nocenceet du bonheur de nos premiers parents (Sagesse II, 24); i"" les nombreuses déclarations du Nouveau-Testament à c6 sujet, entre autres Apoc. XU, 9; XX. 22. —2 Cor. Xf, 3. — Rom. XV, 20.— lean Vl(l, 44. — ChfHBtologU I, \, 27-32.

qu'il se nourrît de poussière, en ce qu'il est en exccralion aux hommes ; la malédiction qui tombe sur Satan empire son état moral , détériore sa condition, aggrave sa condamnation, le précipite dans unabime de misère sans fond, comme sans terme. De méchant, de coupable, de malheureux qu'il était auparavant, il devient plus méchant , plus coupable et incomparablement plus malheureux.,

Vous vous étonnez peut-être que le serpent porte la peine d'une faute dont il n'est proprement pas l'auteur ; mais votre étonnement cessera , si vous réfléchissez que l'Eternel veut montrer par là à Adam, et par Adam à tous ses descendants, que le péché lui est en abomination, et que la créature qui le commet, ou qui seulement, par faiblesse, concourt à lui servir d'organe, se place sous le coup de sa justice, quel que soit du reste lemotif qui la fasse agir. D'ailleurs, Adam et Eve, ne connaissant que le serpent, qui était visible pour eux, et n'ajant pas aperçu Satan, qui leur était invisible, n'auraient pas compris une malédiction qui ne l'aurait pas atteint le premier ; le châtiment aurait été sans but à leurs yeux, par conséquent inutile et tout à fait inintelligible.

Vous êtes surpris peut-être encore que la malédiction de Dieu condamne le serpent à ramper, et vous demandez sans doute s'il ne rampait pas auparavant , Il n'est pas facile de vous répondre ; car d'abord il faudrait pouvoir décider à quelle espèce particulière

de s«^rpents appartenait l'individu qui a été Fagent l)assif de la tentation d'Eve : c'est ce que vous ne savez pas, c'est ce que je ne sais pas mieux que vous, c'est ce que personne au monde ne peut savoir ; l'Ecriture se taisant absolument là-dessus, nous sommes réduits sur ce point à de pures conjectures. Abstraction Faite de cette question préalable, il faudrait connaître ensuite quelle était la condition véritable de tous les animaux avant la chute, quelle était celle en [>articulier des serpents. Etaient-ils ailés? avaient-ils des pieds? ou, sans avoir des pieds, pouvaient-ils peut-être se dresser et grimper? Quand vous aurez résolu toutes ces questions, nous nous occuperons de trancher celle du changement survenu dans la condition ou dans la constitution du serpent. De deux choses l'une : ou sa condition a changé, ou elle n'a pas changé. Si elle est aujourd'hui encore ce qu'elle était avant la chute, la malédiction divine n'a fait que remettre ce reptile à la place qu'il avait insolemment quittée, et lui aura imposé comme châtiment une attitude qui auparavant lui était naturelle : c'est l'opinion de Calvin. Si, au contraire, sa condition a changé, elle a changé par suite de la malédiction , et l'animal qui était auparavant le symbole de la grâce, de l'élégance et de l'innocence, sera devenu depuis le type de l'infamie, de l'opprobre et de la bassesse : c'est l'opinion de Leclerc et de Rosenmuller. Il est assez difficile de

décider des questions de cette nature.

34 La chutk.

Dans une dissertation spéciale sur le serpent qui séduisit Eve (1) , le savant Bochart a' posé et résdu les huit questions suivantes : 1*^ Pourquoi le serpent est-il appelé le plus rusé des animaux de la terre, quand on sait qu'il en est plusieurs qui ne lui cèdent point en finesse, tels que le renard, le chien, le singe, réléphant, etc.? 2° Comment a-t-il parlé? est-ce de lui-même et par lui-même, ou bien le Diable a-t-il parlé par son moyen ? 3® Si c'est le Diable qui a parlé, en se servant du serpent comme d'un instrument, comment se fait-il que Moïse n'ait fait mention que (hi serpent, simple organe du Diable, et qu'il ait passé sous silence le Diable lui-même , qui a été le principal acteur en cette circonstance? 4** Pourquoi Satan a-t-il choisi le serpent, de préférence à tout autre animal, pour séduire l'homme? 5° Quelle espèce de serpent a-t-il employée dans ce but? 6** Comment estil arrivé qu'à la vue de cet animal, la femme n'ait pas frémi et ne se soit pas enfuie , et surtout qu'elle n'ait manifesté aucun étonnement à l'ouïe d'un serpent parlant le langage de l'homme ? 7® Satan se trouvant être par le fait le seul auteur delà tentation, pourquoi frapper le serpent, qui n'est ici que l'innocent instrument du mal? 8® Enfin, puisqu'il est dans fa nature du serpent de ramper et de manger la poussière de

(1) De Serpente ientalore, etc. Sam. Bocbarti Opéra omiita, t. ffl. p. 838.

LA CHCTB. 36

la terre, comment rendre compte de la malédiction qui le condamne à un état qui semble être sa condition naturelle ?

Comme il est probable que le travail de Bochart est peu connu , nous donnerons ici en peu de mots, en l'analysant sommairement plutôt qu'en la traduisant, la réponse que le docte pasteur de Caen a faite à chacune de ces questions; ces développements achèveront de compléter ce que nous avons dit plus haut sur ce sujet.

liéponse à la V^ question. — On ne nie pas que le Créateur n'ait accordé à plusieurs animaux un instinct admirable et une merveilleuse adresse. Malgré cela, le serpent semble les surpasser tous par la perspicacité de sa vue, par la finesse de son odorat, par la délicatesse de son goût, et surtout par ses ruses incroyables dont les exemples pourraient être mis en doute, s'ils n'étaient attestés par des observateurs aussi nombreux et aussi dignes de foi qu'ils sont versés dans l'étude de l'histoire naturelle. C'est pour ces raisons que le Seigneur nous le propose pour modèle de la prudence, quand il nous dit : Soyez prudents comme le serpent , et simples comme la colombe.

Réponse à la 2^ question. — Le serpent n'a ni raisonné, ni parlé de lui-même. Le don de la parole n'est le propre d'aucun animal ; il le serait moins encore du serpent que de toutes les autres bêtes, puisque sa langue, pointue comme un dard et divisée

en deux ou trois aiguillons, n'est propre tout au plus qu'à produire un sifflement. D'où il faut conclure que le serpent qui séduisit Eve ne peut l'avoir fait qu'au moyen d'une vertu cachée, qui lui fut communiquée par le Diable. Semblable à Tânesse de Balaam , qui prononça des paroles qui lui furent données par un pouvoir surnaturel , le serpent n'a fait que répéter le discours que Satan lui a inspiré, et dont celui-ci a produit en lui et la matière et le son, et les idées et les paroles. Or, si l'on admet que Satan, à qui ne manquent ni la finesse, ni la puissance, a été le principal acteur dans l'œuvre meurtrière de la tentation et de la chute, il ne doit pas en coûter beaucoup de croire qu'il ne s'est pas trouvé embarrassé dans le choix et dans l'emploi des moyens les plus propres h arriver à son but. N'est*il pas dit dans l'Evangile , qu'il lui est possible de se déguiser même en ange de lumière (1)?

Réponse à la 3^ question. — Moïse est historien et non interprète ; il raconte ce qui se voit, mais il n'ex-

(1) A Tobjectioii ci-dessus rapportée, Calvin répond comme suit: « Si l'on trouve incroyable que, par Tonlre de Dieu, des bétes aj^^nt » parlé, qu'on nous explique le don de la parole, dont Dieu est Tu- » nique auteur, puisque c'est lui qui a formé la langue de Thomme. » L'I^vangiie nous rapporte que , pour manifester la gloire do » Christ, des ^ons articulés ont retenti dans l'air, sans le secours » de la voix humaine; or ce fait est encore moins probable aux i> yeux delà raison charnelle que celui de discours proférés par la B bouche des animaux. » Commenl, in Genesin.

LA CHtJTR. 37

plique pas ce qui est invisible. Le serpent se montre, le Diable se cache ; donc, c'est du serpent que l'historien sacré devait parler, et non du Diable. D'ailleurs, comme il n'avait jusque-là rien enseigné, ni sur l'existence des anges ni sur leur chute, il n'avait l)as à révéler l'auteur véritable de la tentation, et à instruire le lecteur d'un fait dont la nouveauté l'eût jeté dans l'étonnement. S'il avait tenté de le faire, il aurait eu un traité complet de théologie à rédiger, ce qui eût été un hors-d'œuvre, au commencement d'une histoire. Il ne faut pas oublier non plus que, si l'économie de la loi est couverte d'un voile, la lumière de l'Evangile dissipe toute obscurité.

Réponse à /a 4® question. — L'homme innocent ne pouvait point être porté au mal par une impulsion personnelle; il ne pouvait y être sollicité que par une tentation venant du dehors. Cette tentation devait nécessairement se traduire en une parole, se transformer en un discours. Une voix traversant l'air, sans un corps qui lui servit de véhicule, des sons articulés sans organe, auraient surpris Eve, et lui auraient probablement fait soupçonner la présence d'un esprit malin. Le Diable ne pouvait pas davantage revêtir une forme humaine, car Eve n'ignorait pas que son mari et elle étaient les deux seuls êtres humains qui existassent alors sur la terre. Restait donc à Satan la ressource d'emprunter l'intermédiaire d'un animal quelconque ; mais la pré-

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sence de tout autre animal eût pu soulever la même objection que Ton fait à Fégard du serpent. On aurait demandé également : pourquoi cet animal plutôt qu'un autre a-t-il servi à la tentation? Â cet égard, voici ce que Ton peut répondre : Dieu a permis que Satan se cachât sous la forme du serpent, parce que de tous les animaux le serpent représente le mieux le caractère et le génie du mal. Le serpent rampe; Satan est terrestre et charnel. Le serpent mord en se cachant ; Satan surprend toujours les hommes à {'improviste. La langue du serpent est pleine de venin ; les discours de Satan distillent le poison dans nos cœurs. La langue du serpent est pointue, elle a deux et trois aiguillons; celle de Satan blesse de mille manières. Le corps du serpent est flexible et prend toute sorte d'attitudes ; il en est de même du Diable , qui , pour nous séduire, choisit les moyens les mieux ap* propriés à ses fins , et qui tantôt rampe , tantôt se dresse et se transforme quelquefois même en ange de lumière. Le serpent .est trompeur et cruel tout à la fois, prudent et audacieux à l'excès; les mêmes caractères se retrouvent dans le démon, qui est menteur dès le commencement, ennemi implacable du genre humain, et en même temps plein d'adresse et de hardiesse dans toutes ses séductions.

Réponse à ta 5^ question. — A la question, quel genre de serpent Satan a-t-il choisi pour tenter Eve, les uns ont répondu, le basilic, de tous le plus malin; les

autres, le scytale , doni les vives couleurs éblouissent la vue, et ravissent le spectateur en admiration ; le dragon surpasse tous les autres par la grandeur de sa taille; st*s écailles sont dorées et jettent un éclat merveilleux, ses yeux sont étincelants; aussi les Babyloniens Tavaient-ils mis au nombre de leurs dieux. Comme l'Ecriture appelle quelquefois dragon le Diable, on pourrait supposer que c'est celte dernière fonne qu'il a empruntée pour s'approcher de la mère du genre humain.

Répanse à la 6^ queslion. — Qu'Eve n'ait manifesté aucun étonnement, qu'elle semble n'avoir éprouvé aucune surprise à l'ouïe des paroles du serpent, on l)eut l'expliquer de trois manières : Ou bien, trop jeune, trop récemment créée et privée de toute expérience, elle n'avait peut-être point encore réfléchi que, parmi tous les animaux, l'homme seul était doué de raison, et avait reçu le don de la parole ; on bien, elle était distraite, occupée ailleurs, et, par une ruse facile à expliquer, le serpent l'aborda dans un moment où elle tournait la tête d'un autre côté et où, par conséquent, elle ne pouvait le voir ; ou bien, enfin, préoccupée du discours même du serpent, et appliquant toute sa pensée à en deviner le sens, elle n'a pas songé à se demander s'il parlait de lui-même ou non, s'il proférait des paroles ou s'il n'était que l'organe d^un être invisible et caché.

Répan$e à la V quesUm, — Pourquoi maudire le

hO LA CHUTB.

serpent s'il était innocent du mal voulu et accompli par Satan ? La peine dont il est frappé atteint en lui, non fauteur, mais Tinstrument de la tentation. La loi condamnait non-seulement celui qui avait eu commerce avec une bête, mais la bête elle-même (Lévi t. XX, 15). Saint Jude nous ordonne d'avoir en horreur jusqu'au vêtement souillé par la chair ( v. 23 ). Le corps subira la peine de l'âme,, parce que ses membres sontdevenus des instruments d'iniquité; le monde périra au dernier jour, quoiqu'il n'ait pas commis le péché sciemment comme l'homme, mais seulement parce qu'il a été souillé par son contact avec lui. Foules les créatures sont assujetties à la vanité ^ non de leur propre volonté, mais à cause de celui qui les y a assujetties (Rom. VIII, 20).

Réponse à la 8® question. — Ramper est la condition naturelle du serpent; il est fait pour se traîner sur la terre, comme le poisson pour nager dans l'eau, comme l'oiseau pour voler dans les airs. C'est . ce que démontre la structure de son corps. Il n'avait donc pas de pieds avant la chute, comme quelques-uns l'ont prétendu. Organisé comme il l'est, il eût trouvé dans des membres tels que des pieds un empêchement plutôt qu'un auxiliaire. La malédiction de Dieu n'a donc fait autre chose que convertir en supplice ce qui était un effet de la nature; elle a rendu laborieux ce qui était facile ; elle a mis un opprobre à ce qui n'en avait point. Depuis le péchéde

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l'homme, le serpent a rampé, mais avec peine, mais en vertu d'un châtiment, mais d'une manière humiliante. C'est ce qui est arrivé sous d'autres rapi)orts à la terre et à la femme. La terre, dans tous les cas, avait besoin du travail de l'homme pour produire ses fruits ; quand celui-ci n'aurait pas péché, il aurait dû la cultiver; mais ce qui, avant la chute, s'eflectuait sans fatigue, ne s'accomplit plus aujourd'hui qu'au prix de grandes et de pénibles sueurs. Il en est de même de la femme: jamais, et dans aucun cas, elle n'eût pu enfanter sans travail et sans douleur ; mais, depuis la chute. Dieu a augmenté son travail et multiplié ses douleurs.

En voilà assez sur le serpent. Que faut-il entendre, ensuite, par l'arbre de la connaissance du bien et du mal ? Comment concevoir, demandera-t-on peut-être, que le fruit d'une plante puisse agir sur l'âme et lui communiquer la science? Que l'on nous permette de répondre , que l'Ecriture n'enseigne rien de pareil à la supposition que l'on fait ici. L'arbre placé en Eden n'est pas appelé par Moïse l'arbre de la connaissance du bien et du mal, parce qu'il possédait la vertu occulte de rendre l'homme savant dans la science du bien, ou consommé dans la science du mal ; mais parce que de l'obéissance ou de la désobéissance de l'homme à l'égard du commandement qu'il avait reçu de son Dieu, devaient résulterpour lui, ou lesdouces et pures jouissances de la Gdélilé, ou la fataleet triste expérience de

k% LA CHUTE.

l'état de révcike. Transportons-nous aux premiers jours de l'innocence et du bonheur de nos premiers parents en Eden. La nature les a comblés de biens; au milieu de la nature, dans toute la fraîcheur de son printemps, sous le ciel le plus pur et le plus délicieux, ils ont à souhait tout ce qui peut rendre l'existence heureuse et douce; ils sont ornés l'un et l'autre de toutes les qualités nobles et aimables. Dans la santé florissante qui leur a été accordée et conservée, dans la plénitude de vie qu'ils goûtent, dans les joies de l'affection mutuelle qui les unit, dans l'amour et la reconnaissance envers leur suprême bienfaiteur, qui remplit leurs âmes, ils puisent des délices toujours renouvelées, et boivent à longs traits à la coupe d'ineffable félicité, que leur présente incessamment la main libérale de leur Père céleste. La création entière étale à leurs yeux ses trésors et les sollicite à chaque instant de s'en approprier les richesses ; les bétes des champs les servent dociles et soumises, et les arbres du jardin de l'Eternel les invitent à les décharger du poids de leurs fruits, dont la culture ne leur a coûté aucun labeur. Ils sont riches, riches des dons de la nature et des dons de la grâce, riches des dons de l'esprit et des dons du cœur, riches dans tous les sens et de toutes les manières : ils ont tout reçu et rien ne leur manque. Mais au sein de cette abondance, il faut (fu'ils se rappellent qu'ils ne sont qu'économes et non possesseurs; sous

la main de Dieu qui les bénit si magnitiquenient, il importe qu'ils n'oublient pas leur dépendance, et que, par Tobéissance et la fidélité, ils apprennent à se faire de leur innocence une vertu, de leur pureté originelle un talent acquis. Mais ce but ne saurait être atteint s'ils n'ont pas des occasions de prouver au Créateur leur soumission et leur esprit de renoncement, et de se rappeler sans cesse que leur bienfaiteur céleste ne leur doit rien, qu'il pourrait leur retirer, sans injustice, tous les biens qu'ils tiennent de sa grâce, et' que, s'il les a si richement traités, c'est par amour, par l'effet de son infinie bonté. C'est pourquoi, dans le nombre des arbres majestueux et séduisants qui font l'ornement d'Eden, un arbre leur est signalé comme étant seul excepté de la franchise qui leur est accordée d'user largement de tous les dons de la nature. Cet arbre, comme tous les autres, plus que tous les autres peut-être, est éclatant de beauté, et produit des fruits exquis ; ils de-

vront pourtant s'abstenir d'y toucher. En demeurant, à cet égard, dans une humble obéissance, ils prouven>nt au Seigneur qu'ils préfèrent l'accomplissement de sa volonté à la satisfaction de leurs désirs propres, et d'innocents qu'ils étaient ils deviendront vertueux, ils connaîtront le bien, ils auront la science du bien. Au contraire, en transgressant l'ordre de lïternel, ils perdront leur innocence, et feront lamère expérience du péché; ils connaîtront le mal,

hk LA CHOTB.

ils auront la science du mal. Voilà, en quelques mots, le commentaire le plus simple sur Farbre de la connaissance du bien et du mal (i).

La loi n'était pas sévère, l'on en conviendra, et l'obéissance était facile. Toutefois, la convoitise prévaut et la chute est consommée. Mais ne nous récrions pas sur l'immensité de la peine qui tombe sur la tète des coupables. Il ne faut jamais juger de la gravité d'une faute, d'après l'acte matériel dans lequel ou par lequel elle se produit, mais d'après les circonstances où se trouve placé le pécheur, et les motifs qui le déterminent à agir. Manger du fruit défendu d'un arbre interdit semble, au premier coup d'œil, une légère offense, un péché de gourmandise, une faute d'eniant, une peccadille. Mais considérez la position d'Adam et Eve, la grandeur et le nombre des grâces qu'ils ont reçues, leurs obligations sacrées envers Dieu et la douceur du joug qui leur était imposé , et vous ne tarderez pas à apercevoir dans leur transgression une complication inouïe des sentiments les plus condamnables : révolte contre Tordre de Dieu , incrédulité quant à la menace de mort qui leur avait été faite, ingratitude envers leur bien-

(I) Nous n'avons pas cm devoir nous arrêter à proposer l'opinion de ceux qui pensent que le fruit de Tarbre delà connaissance du bien et du mal était empoisonné et donnait la mort, ni celle de ceux qui croient qu'il pouvait échauffer le sang et exciter des désirs impurs. Rapporter ces interprétations, c'est les réfuter.

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faiteur suprême, préférence de leur volonté propre à la volonté divine, orgueil qui les fait sortir de leur condition, ambition qui les pousse à s'égaler à TEternel et à se croire plus sages que lui. Tous ces mobiles coupables, criminels, suffisent pour expliquer leur châtiment, et ce mot du saint des saints, qui mesure la profondeur de leur chute i c Voilà donc Tétat ouest réduit Thomme qui était commf l'un de nous, c'est-à-dire, que j'avais fait à mon image pour connaître le bien et le mal. Qu'elle n'est pas sa triste condition maintenant ! Pour avoir voulu s'élever, il est tombé; dans le criminel désir d'obtenir plus qu'il n'avait reçu, il a perdu même ce qu'il avait» (1)! Cette traduction est de beaucoup préférable à celle adoptée parla [)lupart de nos versions françaises, qui ont rendu ce passage ainsi : t Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous » ; au lieu de : c Voilà ce

(1) Pascal, suivant en cela Popinion de quelques pères de l'Eglise,

vu dans ce passage une sainte ironie, par laquelle Dieu aurait

châtié la folie de rhomine coupable. Mais l'interprétation que sous

proposons, et que justifie l'original, en exprimant de la part de

Dieu une profonde compassion pour sa créature misérable, nous

paraît beaucoup plus conforme au caractère divin et à l'analogie

des Ecritures. Bossuet a dit, comme Pascal : « Cette dérision di-

B vine était due à sa présomption. Dieu dit en lui-même et aux

» personnes divines , et si Ton veut aux saints Anges : Voyez-moi

• ce nouveau dieu, qui ne s'est pas contenté de la ressemblance

tt divine que Dieu avait imprimée au fond de son âme, il s'est fait

»dieu à sa façon; voyez comme il est savant, et qu'en effet il a

» bien appris le bien et le mal à ses dépens ; prenons garde qu'a-

9 près nous avoir si bien dorobé la science, il ne nous dérobe en-

B core l'immortalité ( EUvationâ sur ies my$tère$, XIV, p. 386).

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qu*est devenu^ par le péché, rhomme qui était comme Tun de nous avant sa chute > !

Quand on met en parallèle ces mots : Vun de nous^ avec cette solennelle déclaration du chap. I, v. 26 : Fai$m$ Vkomtne à notre image^ l'on ne peut s'empêcher d'y voir une révélation des trois personnes dans la divinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Il vaut la peine d'entendre le gra«d Bossuet sur ce sujet magnifique : < Dieu prend conseil en lui-même, comme allant faire » un ouvrage d'une plus haute perfection, etiM>ur M ainsi dire d'une industrie particulière où reluisît > plus excellemment la sagesse de son auteur... 9 Pour donc créer un si bel ouvrage. Dieu consulte » en lui-même, et voulant produire un animal capa- » ble de conseil et de raison, il appelle en quelque » manière à son secours, parlant à un autre lui- 9 même, à qui il dit : Fai9(ms; qui n'est point une 9 chose faite, mais une chose qui fait comme lui et » avec lui; et cette chose ne peut-être que son Fils et » son éternelle sagesse, engendrée éternellement » dans son sein, par laquelle et avec laquelle il avait » a la vérité fait toute chose, mais qu'il déclare plus 9 expressément en faisant l'homme (1). »

Nous avons un mot à dire encore sur quelques détails de notre histoire, et d'abord sur cette circon-

[I] Elémliofis fur Ui Mytlères, V. p. 314.

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stance, qu'après leur faute Adam et Eve découvrent qu'ils sont nus. Dans Tétat d'innocence, ils étaient loin d'ignorer ce fait; toutefois, comme ils étaient simples de cœur, et purs de sentiments , iis ne songeaient pas à s'en faire scrupule , ils n'en rougissaient point. Mais maintenant que la passion a été réveillée en eux par la jouissance du fruit défendu, leurs désirs les plus légitimes participent de la corruption de leur nature , et ils se trouvent criminels, même dans les choses permises. Quelle profonde connaissance du coeur humain dans cette narration simple et sans art !

Nous arrivons maintenant à la fameuse prophétie du verset 15:^/ je melirai^inimitié entre loi et la femme^ mire ta poslértié el la sienne ; die te blessera la tête, et lu lui blesseras le talon. Si l'on applique ces paroles au serpent, elles présentent un fort beau sens , en nous tendant raison de la répugnance profonde, invincible, que ' tous les hommes éprouvent à la vue de ce formidable reptile; et peut-être le redoutons-nous moins h cause de ses morsures perfides et de son venin mortel, que par suite d'un instinct irréfléchi qui noiis rappelle involontairement le souvenir des maux dont il est devenu pour notre race l'innocent mais fatal instrument. Mais n'oublions pas ce que nous avons (lit plus haut du châtiment qui tombe à la fois sur le serpent et sur le Diable, sur l'agent aveugle et sur Tauteur véritable de la tentation, et nous ne pourrons

kS LA CHUTE.

pas ne pas chercher dans la sentence de TEtemel un sens plus profond que celui que nous venons d'indiquer. Or, ce sens mystique, sublime, est celui de la prédiction de la victoire future et finale de Christ sur l'ennemi de Dieu et des hommes. La postérité de la femme , c'est le Sauveur, qui devait nattre de Marie selon la chair, et écraser la tête du serpent , en dé* truisant l'empire du Diable. Satan a voulu tenter le Messie promis, et a suscité contre lui les haines les plus violentes; il a réussi même à le faire saisir, condamner, crucifîer, et en cela il lui a blessé le talon. Mais cette mort ignominieuse et cruelle, qui semblait devoir entraîner la perte de Christ et l'anéantissement de ses plans d'amour envers la race humaine , est devenue , dans les décrets du ciel , le moyen glorieux et puissant de la réconciliation de l'homme et de sa restauration morale. Par la croix, la puissance de Satan a été brisée, et son empire détruit dans l'âme de tous les fidèles. A chaque fois qu'un pécheur se convertit, sa conversion apporte une nouvelle preuve en confirmation de la vérité de la prophétie (i).

L'arbre de la connaissance du bien et du mal n'a-

(1) l.e D^ Hengstenberg ( Chrislologie , T, i, 42 ) propose un autre sens. Par la postérité de la femme, il entend l'Eglise et non Christ. D'après lui, le sens de la prophétie serait : « Tu as fait à la femme «une cruelle blessure, et tes enfants ne cesseront dans tous » les temps de nuire à sa postérité ; mais malgré le plaisir que tu

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vait en soi, avons-nous dit, aucune vertu meurtrière qui fût de nature à éloùffer en l'homme le germe de la vie et à l'assujettir à l'inexorable loi de la mort. Par la même raison , l'arbre de vie ne pouvait par lui-même ni lui communiquer, ni lui conserver le principe d'immortalité qu'il tenait par grâce de la munificence de son Créateur. Il n'était, ainsi que le premier, qu'un symbole. L'arbre de la connaissance du bien et du mal était destiné à rappeler à Adsgfn sa dépendance du Créateur et la soumission qu'il devait à ses lois; l'arbre de vie figurait constamment à ses yeux l'immortalité glorieuse qu'il obtiendrait pour prix de sa fidélité. Maintenant que , par le péché , il a perdu la vie en perdant l'innocence, l'accès à l'arbre de vie lui est interdit, il ne doit plus en approcher: l'épée flamboyante de la justice divine l'en éloigne, il est chassé du paradis , et des mesures sont prises par l'Eternel pour qu'il n'y rentre pas. A cet efTet, des chérubins sont placés à la porte d'Ëden pour en garder l'entrée, et ils y sont demeurés sans doute jusqu'à ce que ce délicieux jardin, frappé de la malédiction de Dieu , eût perdu peu à peu sa beauté native et sa magnificence première (1).

» prends à faire le mal, sache que tu ne pourras lui infliger que B des blessures salutaires; et même le jour vient où les descen- » dants de la femoie triompheront de toi et te feront sentir toute n ton impuissance. i> Calvin, Uerder et Storr ont eu à peu près la même pensée.

(1) Celui qui voudra connaître les principales opinions des an-

50 LA CHDTB.

Mais n'est-ce pas assez d'explications? Les éckûrcissements , les commentaires , utiles , nécessaires même jusqu'à un certain degré, ne finissent^ils pas, lorsqu'(m les multiplie et lès prolonge , par affaiblir l'impression du récit , et par lui àter son caractère de grandeur et de sainteté? De quel intérêt moral, de quelle valeur dogmatique n'est pas l'histoire de la chute prise dans son sens le plus simple et le plus naturel? C'est encore aujourd'hui l'histoire de toute tentation et de tout péché, et la profonde connaissance psychologique que suppose et renferme ce récit trahit à chaque verset, à chaque ligne, à chaque mot, l'Esprit divin qui a présidé à sa rédaction. D'abord il y a l'attrait extérieur, la sollicitation au mal venant du dehors. Et comment la séduction serait-elle venue du dedans , puisque l'àme créée à l'image de Dieu était pure de toute pensée mauvaise, de tout sentiment coupable ? Puis, par l'influence de

ciens sur la situation probable du paradis terrestre, peut lire la dissertation qui se trouve en tête du grand ouvrage de Bochart, sur la Gfographic Sacrre, et qui a pour titre De Paradiso UrreUri, Voyez aussi Serm(ms deSxMDEL Bocbart sur la Genèse, t. Ifl, serm. lO'. Nous n'avons pas cru devoir nous occuper ici de réscHidre cette question. Quelques-uns ont placé le paradis terrestre daos l'Arménie ; le pliis grand nombre, et parmi eux Bocbart, ont cru le retrouver dans la contrée où était située rancienne.Babylonc. Les noirs des flcMives indiqués par Moïse comme arrosant Eden, le rison ou le Pbasis, TÂras ou TAraxe, leGihon ou l'Oxus, Tlliddekel ou le Tigre, et l'Eupbrate, rendent assez vraisemblable Popinion de coux qui pensent qu'Eden était situé quelque part dans la Mésopotamie.

LA CBDTB. M

Tageet extérieur, nait dans Tâme la premièrre impressîoD , qui produit en elle un ébranlement nouveau , un trouble inconnu jusqu'alors : le doute est survenu, le combat a commencé, Terreur est devenue possible. Une fois la passion excitée, la sensualité acquiert des forces , elle devient peu à peu maîtresse, elle triomphe enfin deFEsprit ; alors la chair domine et rame est esclave : le péché est consommé. Et dans ce qui se passe immédiatement après la chute, dan^ la fuite d'Adam et d'Eve coupables, dans cette confusion qui couvre leur face , dans ces tristes et désolantes découvertes qu'ils font, dans cet interrogatoire qu'ils subissent , dans ces excuses qu'ils allèguent et qui ne font qu'accroître et manifester leur défaite , dans ces craintes qu'ils éprouvent, dans ces remords qui les poursuivent , dans tous les détails de cette histoire si dramatique, quelle savante peinture du cœur humain ! Malheur à qui ne comprend pas ces choses, et qui, suivant les inspirations d'une fausse sagesse, s'enhardit à défigurer, par des interprétations téméraires , ces antiques et vénérables monuments de la révélation divine! Nous l'avons dit ; toute la théologie chrétienne est là : la création de l'hon^ne dans l'état d'innocence , le Démon , la tentation , la chute , le péché , la condamnation , les misères et la mort, sans oublier le Rédempteur promis qui, avec sa puissance victorieuse et son œuvre réparatrice, dominé et éclaire ce drame lugubre : tout est là, rien

ne manque. Béni soit Dieu, pour le troisième chapitre de la Genèse ! Béni soit Dieu pour toutes les révélations de sa Parole éternelle et infaillible (1) I

(1) Les lecteurs qui, sur les différents points que nous Tenons de toucher, demanderaient de plus grands développements que ceux que nous avons nu donner, les trouveront dans tes discours de M. le paFtour L. lionnct, intitulés : UHomme banni iTEden, et en particulier dans les notes exégétiqucs ' et critiques qui accompagnent cet ouvrage.

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