LÀ LUTTE DE JACOB
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F ODR saisir comme il faut Tespril et le but de l'appa-* rition exti'aordinaire qui nous est rapportée à la fin du chapitre XXXU* de la Genèse, il &ut se placer dans la position où se trouvait Jacob à cette époque de sa vie. Après un séjour de vingt années en Paddan-Aram» le patriarche est sur le point de rentrer dans la terre promise et d'y revoir son frère Esaû , dont il avait fui jadis la colère , el qu'il pouvait supposer hostile encore à sa personne et à ses desseins (1). Jacob est
(i) GniÉiB XXVU, 43, U, i5.
nk LA LmCTB DE JACOB.
timide, craintif par caractère. On a pu le voir dans plus d'une circonstance antérieure de sa vie ; on le voit surtout ici, par les préparatifs qu'il fait pour fléchir le courroux de son frère aîné, par les présents qu'il lui envoie dans le but de le toucher, par les discours pleins de soumission qu'il enfpge ses gens à lui tenir, par la manière sage et habile dont il partage et dispose sa troupe. Evidemment il est agile et troublé; les souvenirs du passé font naître dans son esprit mille appréhensions funestes. Il prie , et sa prière est l'expression de la plus sincère reconnaissance pour les bienfaits du Seigneur, et de la plus touchante confiance en son divin secours. Cette prière lui a rendu de l'espoir, du courage ; elle lui a, pour un moment , donné du calme et une humble assurance. Mais , quelque temps après , l'inquiétude renaît, le doute s'empare encore de son àme ; de tristes pressentiments viennent de nouveau l'assiéger. Et qui ne connaît pas par expérience ces rmoul^s de crainte, même après une prière pleine de foi et de ferveur; ces alternatives de lumière et d'obscurité, de paix et d'angoisse, même avec la meilleure volonté de s'abandonner tout entier à la volonté sainte da Seigneur? Jacob essaie de se livrer au sommeil ; mais il ne le peut ; il se lève la nuit. Le voyes>vous, sur les bords du torrent de Jabok, après qu'il a fait passer le gué à toute sa famille? Il est seul , pensif, plongé dans de sombres réflexions. Tout est sHeneîeax, tout
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6tt sombre auiûvr de hir; Vîmage àe son firère eouvroucë et de» quatre icents horames qpii aKlrcbent à sa suite est toujours présente à son esprit ^ et il ti'en salirait détourner sm Ipensée. Fatigué par la durée d'un violent cooibat inférieur qui se renouvelle sans cesse, et par les soins et les préparatifs d'une journée qui a eiigé Tapi^icstion de toutes ses focaltés, nous pouvons nous le représenter dans une situation d'esprit qui tenait à la fois de Tétat de veille et de l'état de soouneil , et où l'accableniênt du corps et la surexcitation de la pensée réagissairat Fun sur l'autre.
C'est dans ce moment, c'est an milieu de la nuit, c'est dans cette disposition d'àrae de Jacob , que se passe la scène mystérieuse que nous avons à cmisidérer maintenant. Pour en mieux juger encore , reportons un instant nos regards en arrière, et rappelons-nous un événement pareil, qui eut lieu non plus au moment où le patriarche retrait au pays de Canaan, mais à l'é* poque, au contraire, où., quittant la maison paternelle, il s'aebeminak vers la Mésopotamie. Il venait de Se se* parer de son pare et de te mère, et dans un moment bien douloureux : son frère en voulait à sa vie. Pauvre exilé, banni de son pays, il allait, et pour longtemps, chercher un refuge dans la terre étrangère. Que l'avenir était incertain pour lui, qu'il était obscur ! Quel monde de soucis ne devait pas peser sur son pauvre cœur! A son départ de Béer-Sébah, dès la première