‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 52 sur 77 · LA MANNE ET LES CAILLES · texte numérisé non relu

LA MANNE ET LES CAILLES

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L40RSQUB les Israélites quittèrent FEgypte pour se rendre dans le pays de Canaan (1) , le chemin direct qu'ils eussent dû prendre était au nord-est de la terre de Gessen (Goscen). En suivant cette direction dans leur voyage, et en longeant les côtes de la Méditerranée, trois journées de marche eussent suffi pour leur faire atteindre leS frontières du pays de Canaan

(1) Le ,liea qui lenr servit de rendez-voas ou de place de rassemblement fui, sek)n toute probabilité, Ramassé ou Rabmésis, prés de Héroopolis , sur les limites de TEgypte et de TArabie (Exode XII, 37). Les Israélites avaient dû fortifier cette ville pour le roi Pbaraon.

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et les mettre en rapport avec quelque tribu des Philistins (1). Mais, au lieu de leur laisser suivre cette route directe , Dieu leur ordonne de faire un détour considérable, et de descendre au désert vers la mer Rouge (2). Un plan de voyage aussi surprenant, aussi extraordinaire , mérite que Ton s'arrête un instant à le considérer. Si Moïse Teût choisi lui-même, il eût pu , à bon droit , être taxé d'imprévoyance ; car son effet le plus direct devait être d'impliquer une caravane aussi nombreuse dans d'inextricables difficultés. Mais Moïse n'était qu'un instrument ; il agissait sous une direction supérieure ; il était conduit^ par Dieu, et il y avait, dans l'ordonnance du plan de voyage tracé aux Israélites , des vues bien sages et bien profondes. De ces raisons, l'Ecriture en indique quelques-unes ; nous pouvons supposer les autres. Et d'abord , après une si longue servitude , à la suite de si rudes travaux, au sortir d'une oppression aussi cruelle, le peuple d'Israël avait besoin de repos ; il lui fallait respirer quelque temps en paix et reprendre des forces. Il ne se trouvait ni physiquement ni moralement, dans un état qui lui permît d'entrer immédiatement en lutte avec des nations belliqueuses, qui devaient lui disputer l'épée à la

(1) Philon , De la vie de McUe. Voy. aussi Josèphb, De te Guerre desJuifif I. V, ch. xiT.

(3) Exode XIU, 18.

£T LBâ CAILUS.

main Feotrée de leur pays. La vue d'une année l'eût effrayé, la perspective d'une guerre opiniâtre et sanglante l'eût plongé dans le plus sombre décourage* ment. Cette première raison se U*ouve clairement indiquée dans le verset 17 du chapitre XllI de l'Exode: c Or, y est-il dit , quand Pharaon eut laissé aller le » peuple. Dieu ne les conduisit point par le chemin » du pays des Philistins, bien quil fût le plus proche ; car » Dieu disait : Il est à craindre que le peuple ne se re- B pente j quand il verra la guerre, et qu'il ne retourne en M Egypte. *

Ensuite, Dieu l'avait expressément déclaré à Moïse, lorsqu'il lui était sqpparu en Horeb : c Quand tu auras » retiré mon peuple hors d'Egypte, lui avait-il dit, » vous servirez Dieu prés de cette montagne > (1). C'est sur le Sinaï que le Seigneur devait manifester sa gloire aux yeux de son peuple , lui donner sa loi, lui prescrire son culte, traiter alliance avec lui , et se l'attacher par les liens les plus solennels et les plus sacrés» Mais , pour cela , il fallait prendre le chemin de la mer Rouge, suivre la lisière des déserts d'Ëlim et de Sin, et ^rriver ainsi à ce mont de Sinai, choisi par l'Eternel pour devenir le théâtre de tant de merveilles. Et quel moment plus propice que celui oii se trouvaient les Hébreux, pour leur donner une triple

(1) Exode IU, 12 ; oomp. 1S.

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constitution, religieuse» cérémonielle et politique ? Ils sont encore sous l'impression d'une magnifique délivrance; ils ont été les objets de la puissante protection du Seigneur; ils ont vu son bras se déployer en leur faveur, et écraser leurs ennemis. Que Dieu parle, et ils écouteront; ils ne peuvent faire aucune objection ; ils ne doivent montrer aucune répugnance; la reconnaissance, l'amour, l'adoration sont les seuls sentiments qui puissent remplir leurs cœurs ; et si jamais Dieu a dû trouver son peuple docile, c'est après la servitude d'Egypte , et au sortir de la mer Rouge. Aussi, quelles sont les premières paroles qu'il leur adresse, en leur donnant sa loi? Ce sont les suivantes, qui résument toutes les impressions des Hébreux à cette heure solennelle : Ecoute^ Israël^ je suis r Eternel Ion Dieu , qui t'ai retiré du pays d* Egypte el de la maison de servitude.

Ajoutons à ces considérations que le séjour des Israélites en Egypte avait été funeste à leur caractère, à leurs mœurs. L'esclavage les avait courbés ; *le malheur les avait démoralisés. Il fallait leur rendre, avec le sentiment national qui s'était affaibli, avec la piété des patriarches qui s'était presque éteinte , la conviction de leur vocation sublime, de leur destination glorieuse , et ces principes nobles et énei^iques qui seuls pouvaient en faire un grand peuple. La génération présente , élevée en Egypte , où elle avait respiré l'atmosphère de l'idolâtrie, devait disparaître,

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