L'H19T01RE SAINTB
(Exode XII, 37. Gomp. Nombr. XXXIII^ 3). GhampoUÎQn avait confessé son ignorance quant à la signification de ce nom propre. Aujourd'hui , il se rangerait sans doute à Topinion que ses immenses travaux ont concouru à former. En effet, dans la liste des rois égyptiens, il s'en trouve un du nom de Ramsès, et un autre du nom de Ramessès ou Ramsès Meiamoiin» Qr, ces rois ont dû être du nombre de ceux qui, suivant 1^ chronologie ^ptîenne., opprimèrent les Hébreux. D'après cela, qu'y aurait-il d'étonnant à ce que l'un ou l'autre d'jentre eux , par oi^eil ou pour se conformer à un usage antique, eût donné son nom à la ville qu'il avait contraint les Hébreux de hii bâtir? Nous ferons observer seulement qu'aucun des Pharaons avant Joseph. n'ayant porté le nom de Ramessès ; et, d'un autre côté, l'Exode nous apprenant que cette ville ne Ait construite qu'à l'époque à peu près, où naquit. Moïse , c'est-à-dire, près d'un siècle et demi plus tard ; il est probable qu'il faut traduire ainsi le premier dets passages que nous ayons cités : c Joseph, mit. son père et ses frères en possession du ^ lieu où Von bàtU depuis la, ville de Rhamsès ; > à moins que l'op ne préfère admettre l'existence de deux villes du même nom, ccmstruites à d^x époq«ies différentes, et situées dans deux parties distinctes du pays, ce qui donne lieu à beaucoup de difficultés. Quoi qu'il en soit, voilà le nom d'une des principales villes, fruit des labeurs pénibles et des trjste3^corvées
BT LBS HlÉROGtTPHBS. 503
des Israélites; expliqué par celui de rrni des rois leurs oppresseurs, retrouvé sur les monuments égyptiens, au moyen de Talphabet hiéroglyphique.
3* Rois DB LA DTNASTIB DBS PflARAOffS. Quatfe Pha-
raons apparaissent dans l'histoire du peuple hébreu. Le premier était contemporain d'Abraham. Il accueillit avec hospitalité le patriarche, que la famine avait contraint de chercher un refuge en Egypte ; mais il enleva Sara^ q^^'il ne rendit à Abraham qu'après avoir été châtié de Dieu (Genèse XII, 1 0-20) . Deux dynasties contemporaines régnaient alors sur deux parties différentes de l'Egypte : celle des rois-pasteurs, et celle des souverains légitimes. A laquelle de ces deux branches appartenait le Pharaon qui fut l'hôte d'Abraham ? c'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. M. Greppo adopte la seconde ; M. Coquerel avait d'abord souscrit à la première de ces deux opinions. Mais^l'après la chronologie qu'il a suivie dans la deuxième édition de sa Biographie sacrée^ où il admet que le séjour des Israélites en Egypte a été de 430 ans, et non de 215, et que le gouvernement des juges a duré 410 années environ , Abraham aurait vécu sous la XVP dynastie de Manéthon, dynastie thébaine qw a précédé immédiatement la conquête du nord de l'Egypte par les pasteurs ou chefs nomades (1).
(IJ BiofrapMè iocréiP, 2« édH., p. 477, art. Pharaon,
50k l'histoire saintb
Deux siècles plus tard, un secoud Pharaon régnail quand Joseph, emmené en Egypte, y fut vendu à l'un des oiBciers de la cour de ce prince. Le ûls de Jacob interprète les songes de Pharaon ^ lui promet sept années de fertilité, et lui prédit sept années de disette. Il est élevé par lui aux plus hauts emplois, et devient le sauveur de TEgypte, puis de sa famille, qu'il appelle et qu'il établit dans la terre de Goscen (Genèse XXXVII, 28-36; XLI-XLVII). Cette histoire occupe un espace d'environ vingt années. Ces vingt ans sont remplis par deux règnes , l'un de Thoutmosis III ou Mœris, l'autre de Miphra Thoutmosis ou Aménophis. Sous le premier, Joseph a été vendu àPutiphar; sous le second, il. a été nommé gouverneur de l'Egypte.
I^es noms de tous deux se retrouvent sur plusieurs monuments égyptiens, et justifient ainsi pleinement la chronplogie biblique.
Le troisième Pharaon est celui qui devint l'oppresseur des enfants d'Israël, et qui, pour les empêcher de se multiplier, leur imposa les plus rudes corvées (Exode I, 8-1-1. II, 3-10). Ici encore, M. Greppo se croit obligé de diviser les événements, et d'admettre que la persécution a duré sous plusieurs princes. Elle aurait commencé sous Achencherez Mandouei, continué sous ses successeurs, et sévi surtout sous Rauisès IV ou Meiamoun. Les constructions de Louqsor, le palais de Medinetabou , le tombeau de Biban-el-Molouk , le sarcophage enlevé à ces cata-
BT LES U1ÉR0GLYPUB8. 505
combes» et qui aujourd'hui orne le musée du Louvre, sont tous couverts du nom de ce Ramsès, oppresseur du peuple de Dieu. M. Coquerel, de son cAlé, ne voit ici qu'un règne, celui de Ramsès Meiamoun , ou Ramsès lY, qui a duré 66 ans. Cette dernière opinion, qui accorde mieux le récit de TExode II , 23, et celui des Actes VII , 23 , avec les antiquités égyptiennes, nous parait devoir être préférée.
Enfin, nous avons un dernier Pharaon, qui s'endurcit, malgré les dix plaies dont le Seigneur frappa l'Egypte, et qui, en poursuivant les Hébreux, périt, avec toute son armée, dans les eaux de la mer Rouge (Exode V, YII*XII). La plupart des chronologistes ont reconnu ce monarque superbe et impie dans la personne de Pharaon Âménophis, troisième du nom, appelé dans les monuments Ramsès V. On voit au musée Charles X une figure funéraire de ce prince en albâtre, et son nom est inscrit sur quelques parties du palais de Kamac, à Thèbes. JD'après les calculs de ChampoUion, la sortie d'Egypte doit avoir eu lieu la seconde ou la troisième année du règne de ce prince ; et comme depuis lors il avait encore régné dix-sept ans, on en avait conclu qu'il n'avait pas péri au passage de la mer Rouge. Or, dans le but de faire concorder la chronologie égyptienne avec le récit biblique, on s'était donné beaucoup de peine pour prouver que Moïse n'affirmait pas que Pharaon eût
500' l/HMOrOHIfi BAlHTt
péri arec «on armée (1). Mais^ depuis lord^ BoseDmi a. MMÊài^ celte d^M k àé notfvélk/& kiveistigatioiis , ei a^découY^rl que lé passage de la mer Rouge cofiadde atec là vingiièineret dernière année du règœ de ce prince^ iyo& ronpeat conclure , selon toute prûbbbi^ lîlé, qi>'^Aaien0|4ii» Rmisès a été engloMi avec tevte soii année, en voulsait poursuivre les Israélites à travers la mer Rouge^ C'est là» en effet, le sens de la narration de Moïse» pour tout homme qui la lit sans préjugéscientifiq«e; el jusqu'à AI; Greppo» personne a^ea avait douté (2)*
On s'était alacmé du silence de TEcrifture au sujet d'un fameux <M>nquérant égyptien^ nommé Sésostris. Oift s'était demandé avec inquiétude comiti^t il avait pu. arriver qu'un prince qui avait triom^dié de la Palestbie^ et qui» en vainqueur, avait parcouru pres^ que toute l'Asie et une partie de l'Afrique » ne fftt pas mette nommé dans l'iiistonre écrite par llfoise. Les calculs de ÇhattipolUan et de Rosellinî ont pleÎDemetit levé cetfie difficulté, en démontrantque les conquêtes de ce. prince colncklent avec le s^our des Israélites dans le désert » et que ^ par conséquent » n'ayant eu aucune relation ni directe ni indirecteaveo ce prineei les HâMrettx n'avaient pas eu besoin d'en faire men*^
' (1) Gr^ppo, Es$0i, etc., cb, IV«
(2) M. Coquerel n'admet pas non plus que Pharaon ait échappé au désastfeidtf ta mca^ R<Hig^ (S« leUfe^ p. 9),
BT LIB6 aiKJlO«I.YMI8S. S^V
tiondans leurs anmles* En;€ff6t^ smiflap|)#rt4ttléffO^ dote» Sésoatrift côtoya la mw pour se rQudre en Ba* leatine; et après sa couqu^, ilreyidt ^à Sgyitt^pw la Méditerraaëe. Daas«e nonmit. Moïse et ksHraé^ lileft a'enfoBçaient daM les saliles dad^ert, a«i Sud. Qael9 rapporta auraient donc pu exister gbOt^ 1^ grand Sëdostris ei le législateur des B^brewt ? Q» ?m{ d<Hic que rétude des monuments égyptiens. résoud des di£8culAés queToo croyaiA ineoluMeSt et que pf us OQ rapprofondtra^ plus ou répan$ifa de clarfé simt l'histoire biMique (1).
V AifTioiriTÉs teTprueniBs. Il- est peu de personnes qui n'aient entendu répéta cette objection banale ■: Comment Moïse , qui ne savait pas ëcriire , a-i-il pu. composer le Pentateuque? Sur q«el/» matériaux Tar. t-il tracé? Par quels moyens s'est41 procujré» dans le: désert, les instrument» nécessaires pour cela ? Jus^ qu'ici, on avait réfuté ces objections' par des réponses plus ou moins plausiJMes ; aujourd'hui, on peut leur opposer des faits, invoquer contre «lies des témpi* gnagies« Les découvertes faites par ChsunpoUion ont
(1) M. Ath. Coquerel, qui, le premier, a soutenu, avec beaucoup de sagacité, la contemporaiiéité du règne de Sésostris et du séjour des Israélites dans le désert (Voir sa 1^ Lettre, p. 31-47), a renooce depuis à cette opinion, et se déclare dans la 2* édit. de sa Bio- ^ ffraphie taerée, pour le système chronologique qui admet que le ' séjour des Israélites en Egypte a éié de 430 ans, à partir de Joseph et non à dater d'Abraham.
â06 L*HIST01II£ dAllITB
d^ontré que Tusage du papyrus et de récriture remonte à une époque antérieure à Moïse. Ecoutons sur ce point particulier le jugement d'un homme dont il est impossible de récuser la parfaite compétence :
€ Les Nécropolis (1) de Tantiqve Egypte , mines si fécondes, comme on le sait, de découvertes précieuses pour rhistoire de cette contrée célèbre, fournissent tous les jours , entre autres dépouilles des siècles , de nombreux manuscrits sur papyrus. Les uns , chargés de signes hiéroglyphiques , et ornés de peintures qui représentent les divinités de Tamenti, ou enfer des Egyptiens , et des scènes mystiques du passage des âmes, ne sont que des répétitions plus ou moins complètes d'une sorte de rituel funéraire, qui, dans un beau manuscrit du musée de Turin , occupe une longueur de soixante pieds. D'autres, et ce sont les plus rares et les plus importants pour l'histoire, tracés ordinairement en écriture hiératique, présentent des actes de différents genres des monarques égyptiens , et portent leurs noms et les dates des an* nées de leur règne. Â cette classe, appartient une suite de fragments de papyrus, qui, longtemps délaissés dans le musée de Turin , ont été heureusement
(i) On doane le nom de Néerapolii, ou vUU da morl$, aux lieux qui servirent de sépulture aux anciens Egyptiens, et daas lesquels on retrouve les momies et monuments funéiKires.
n LBS HliftOftLTPHBS. 609
reconnus par M. ChampoUion^ suite tellement remarquable par le nombre et la variété des pièces, qu'il a été pcHTté à conjecturer qu'elle formait les archives entières d'un temple ou de tout autre dépAt public. Il y a trouvé une quantité prodigieuse d'actes appartenant, pour la plupart, à la XVIIP dynastie, et dont aucun n'est postérieur à la XIX®. Mais le plus remarquable de tous , et bien certainement le plus ancien manuscrit connu jusqu'à ce jour, contient un acte de la cinquième année du règne de Thoutmosis UI, cinquième roi de la XVIIP dynastie. Ce monument ré-« pond assez aux assertions des incrédules.
» Voilà donc l'écriture connue et pratiquée dès le temps de Pharaon , et l'écriture hiératique bien plus facile et plus cursive que la méthode hiéroglyphique; voilà rem[>loi du papyrus, que quelques savants, d'après l'autorité de Yarron , ne jugeaient pas antérieur à la fondation d'Alexandrie. Or, Thoutmosis UI gouvernait l'Egypte au plus tard vers le temps où Joseph y fut amené comme esclave, et , par conséquent , deux siècles au moins avant celui auquel Moïse écrivit le Pentateuque. Il n'est donc pas vrai, comme Voltaire Ta prétendu , que , c du temps de
> Moïse, on n'écrivait qu'en hiéroglyphes, que l'art
> de graver ses pensées sur la pierre polie , sûr la
> brique, sur le plomb ou sur le bois était alors » la seule manière d'écrire , et que les Egyptiens » et les Ghaldéens n'écrivaient pas autrement. >
WD l'oiMTonn SAUirB
-Nom poavank le dènsiiidèr m notre tôar» Hoite^ in- «trnt dam la ietgesH des Egyptiem , devait^l îgiieiv 4'ftFt d'écrire? Dat^il avoir beaucoup de peine à se proonrer t^ette sabstanoe nnnce et légène, d'an tissge ai ;gâiéral en Egypteit que nous tnHivoas easployée à d'iQsage des scribôs pins de deux Bièdes avant ini ? Cnftn estrtil fort ëtontiaM que Tautofcaphe du législateur des Hébreux^ objet de vénération pour tout un peuple , et peodbait longtemps eonservé soignenss* ment dans Tarche , ait pu subsister jusqa'ân règne de Jusias , c'est^Mlire moins et neuf siècles après Moïse , quand les hypogées de Théhes viennent de nous rendre un papyrus qui ne contenait probablement que quelques transactiolis entre de bimples particttlièrSt et qui remonte à.5,M0 ans et plus ?» (1)
Au ch. I de l'Exode » y* 14» nous lisons que, dans le but d'opprimer les Israélites et de les ^npè^er de se multiplier , les Egyptiens les employèrent à &ire des briques et d'autres travaux* L'usage des briques en EgyptQ était trèsH^mmun ; presque toutes les coustru0ij(His se faisaient par ee moyen« (2) Une circon-
(1) Grbppo, etc., p. 236-^^9. Daùs le cfiap. tVlU v. i4 de PExode, il esl* positivement alT]fmô que Molifio 9 éerii pair l'or^^eite Dieu. (Comp. Éxode XXIV, 3-7. Nomb. XXXIII, 2; XVll, il. Deut. XXXI, 1S ; XVU, 18, 19. LJvit. XIX, 28.
(2) Voj. HERopoTie II, 136. Çip^j^reLLiON, Leifre$ écriies dTEgypU, p. 14. RosBLLfNi 11,2, p. 2i9. Wilk^kson, Mannèrs and ^im-
ET US HliMMWPBS. «Md
stap«e .«iMz >n6«i»rqafib)0 , c'eut qqa , ipow donaet pliig de poafiîBUmoe à cQsimipies et Jw Mre plus ht»lemmit pécher au «oleil , ou y pi^ak wie lOOFtaiue quAfitité dp «paîUe iMiiohée. C'eM ce que ReMUim a fmt^ ÀitefueoK démontrà» «m noyei» d'un enuupu attentif de Innqiie^ IfAMponiéee de Tlièbee en Bancii«e, et qui porteut la mwqiie de ïlhmtmès IV, otnquîèaie mi de la dU4iuiM^e dynastie* Toutes les j^îques tfai ap^ pailjiewient à oetle période, Minit afièl^ de paille; ei celles (J'une qualité rsupérieure et qui en ont le moÎM, eu pifésadtent cependant eniopre une certaine quauh ti^. Ge €wt sçrt à expliquer ce qm est rappoité a« cb. V, y. 7 et suîFm de la paille que les Israélites de»- Ygieut se procun^r pour &ire éi^u briques ; cette paille n'é\sà\ point destinée à bfMer ou à faire «cuire les bpâques , conupe quelques-uns Font cru» mais à être bâchée <^t mêlée à Targile ou à la ferre dont elles s* composa jeut, Lesmonuineote égyptîeiis rendent donc sur ce point encore témoignage à la parfaite exacti«tud^ 4^ rhistorien sacré.
Yofci un rapprochement qui n*est pas d'un moindre iptéirét. Sur un tableau (rouvé dans les Nécropolis de If bèbes, et doni Rpsellini a reproduit le dessein dans son grand ouvrage sur l'E^gypte II» 9» p- 2^ et suiv.; PU voit des grpupes d'ouvriers* Les uns sont occupés à transporter daus des vf^ses, de la terre ou du mor^ tier ; d'^ntr^ truYaillent Vargile avec des crocs ; des (rqisièrnes, enlèvent le^ bnques dg \fmn lormes et
51S l'histoirk sainte
les disposent en ordre; des quatrièmes» enfin, transportent les briques déjà séchées ou cuites. Dans ces différents groupes , rien n*est plus facile' que de distinguer les Hébreux des Egyptiens; couleur du visage, traits de la figure » barbe, costume, tout trahit les fils de Jacob. Les Egyptiens au teint noir, à la barbe rasée, aux cheveux coupés, tiennent à la main des bâtons el pressent les travailleurs. L'un d'eux même lève la main et s'apprête à frapper. Le tombeau où cette peinture a été trouvée appartient à un employé royal nommé Rochscéré, qui vivait du temps de Thoutmès IV, cinquième roi de la XVIII* dynastie. Or, ce Rochscéré, à ce que nous apprend Rosellini, était inspecteur «de tous les bâtiments publics , et en cette qualité il avait la direction de tous les travaux de construction. Voilà donc aussi les corvées des Hébreux sous les Pharaons incontestablement prouvées par des monuments qui subsistent encore aujourd'hui.
Nous pourrions multiplier ces exemples , et montrer combien Moïse est exact jusque dans les plus minutieux détails de son histoire et à quel point il connaissait l'Egypte de son temps. Ainsi Moïse porte habituellement un bâton à la main (Exode IV, 2). Il suivait en cela une coutume égyptienne, car nous voyons au ch. VII, v. 12, que chacun des magiciens avait le sien. C'est ainsi, en effet, que les monuments nous représentent les seigneurs ^yptiens , gouver-
BT LES H1ÉR06LYPI1BS. 513
neurs, employés, prêtres, etc. ; ils se seryaient tous, lorsqu'ils sortaient, de cannes de trois à six pieds de long ; elles étaient ou de bois de cerisier ou d'accacia.
Les employés préposés pour surveiller le travail des Israélites (Exode V, 10, 14) sont appelés sekote^ rinij proprement écrivains et non surveillants ou commissaires , comme Ton traduit ordinairement. Or, rien ne cadre mieux avec les fonctions de ces inspecteurs que le titre même qui leur est donné. Nulle part dans l'antiquité plus qu'en Egypte, l'art de l'écriture n'a été cultivé, recherché et appliqué. Il était général et d'un usage constant. Les tailleurs de pierre traçaient un hiéroglyphe sur chaque morceau de roc qu'ils avaient dégrossi ; les fabricants de briques imprimaient un estampille sur chaque brique mise en forme ; les administrateurs tenaient des rostres soigneusement écrits ; les murs des maisons, les parois des appartements étaient ornés de caractères et de lettres; les ustensiles, les vêtements même étaient marqués de certains signes. Dans tous ces travaux les schoterim devaient jouer un grand rôle : de là le nom même qu'ils portaient (1).
L'abrégé succinct que nous venons de donner des
(i) Sur tous ces points et d'autres analogues, voyez le savant ouvrage du D' Hengstenberg, Die Bûcher Mosei und jEgypten^ p. iêi-93. Consultez aussi sa dissertation sur tHe JEchlheit Ues Pentaleuch Vim erhœllniste %ur Geschickle dit Schreibekumt, Beilraege, lier B. p. 414-502.
&t4 l'HISTOIRB SAtNTB RT LB8 HIBHOGLYPHBS.
décourertes de l'archéologie égyptienne suffira pour prouver qu'il en est de cette science nouyelle, comme de la géologie. QiK>ique encore k sa naissance, elle a déjà rendu de grands services à la critique sacrée. Plus ses progrès seront réels, plus aussi les secours que l'apologétique chrétienne en retirera seront précieux. Loin donc de la craindre comme une ennemie, nous dev(ms la considérer comme une alliée, et bénir la Providence, qui fait concourir toutes choses au bien de la révélation. La science inaugurée par Cuvier a confirmé l'histoire du monde primitif telle que l'avait tracée Moïse ; celle dont Champollion a ouvert la voie, a eu les mêmes résultats pour l'histoire du peuple hébreu, et promet de devenir une auxiliaire toujours plus utile de la révélation divine. Désormais l'homme qui, en Europe , aurait des doutes sur l'authenticité et la vérité de nos saints livres, n'aura qu'à se rendre au Louvre ou à la Bibliothèque royale, au Vatican ou à Londres ; et là , sur une foule de débris de monuments antiques et de papyrus merveilleusement conservés, il pourra lire les noms des rois et les actes des règnes dont, il y a plus de trois mille ans, Moïse nous a retracé l'higtoire dans la Genèse et dans l'Exode.