L'HISTOIRE SAINTE ET LES HIÉROGLYPHES
LiORSQUE nous avons ouvert les premières pages de la Genèse, nous avons vu les résultats des études géologiques concourir à prouver les deux grands feits de la création et du déluge ; plus tard , en consultant les découvertes les plus récentes faites dans le champ des sciences géographique » physique et philologique, nous nous sommes assurés qu'elles étaient venues, elles aussi, apporter leur témoignage à Tappui de deux autres faits non moins importants : Tunité de la race humaine, et la confusion des langues. On ne trouvera donc pas étonnant qu'avant de conclure nos observations sur le Pentateuque,
l'histubs sauitb et lis hjèrogltphis. 485
nous nous demandions, quels secours l'histoire sainte a reçus et peut retirer encore des travaux qui ont eu pour but dedéchifl&rer les écritures ^yptiennes. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, nous n'avons point la prétention d'enseigner des choses nouvelles. Tant d'autres plus aptes que nous à traiter de pareilles matières ayant déjà publié, sur ce sujet , le fruit de leurs savantes et patientes recherches, il y aurait de notre part une impardonnable simplicité à vouloir rivaliser avec eux. Mais notre travail déjà si incomplet, l'eût été bien davantage encore, si nous t'eussions terminé sans dire un mot d'une science désormais intimement liée aux progrès de la critique sacrée et de l'histoire des Hébreux. Nous tenions à consigner dans ces études, ne fût-ce que comme mémoire, les résultats de travaux importants des procédés desquels nous sommes loin de nous croire juge compétent, mais qui , comme produits de la science , ne pouvaient nous demeurer indifférents. (1)
(I) Nous indtqaerons ici le titre des oavrages que nous avons eoDMiltés, et auiquels nous prenons la liberté de renvoyer ceux de nos lecteurs qui auraient besoin de plus de développements :
1* Lellre à M. Charles Coqvêrd, sur le système biéroglypbique de If. Champollioh , considéré dans ses rapports avec TEcriture- Sainte, par A. L. Coqobrbl. Amsterdam, 4825.
2" Seconde leUre sur le système biéroglyphique, etc., par M. Athanase Coqubrrl.
a*" Eesai mut le sfftiême hiéroglyphique de M. Champollioh le
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Jusqu'au XiX^ siècle de Fère chrétienne» rhistuîre de rsgypte était demeurée presque eptièrement couverte d'un voile. On ne savait guère que penser de Tantiquité de sa population, de Torigine de s^ civilisation, de la suite des dynasties qui s'y étaient succédées les unes aux autres, du commencement, des progrès des institutions, des sciences et des arts qui y ont fleuri pendant tant de siècles. Une énigme indéchif* frable semblait envelopper tout son passé : et ses temples, et ses obélisques avec leurs inscriptions mystérieuses, qu'aucun hiérophante n'était encore parvenu à lire, semblaient défier la science moderne et devoir demeurer à toujours inexplicables. L'incré* dulité n'avait pas manqué de profiter de cette ignorance pour créer mille ingénieuses hypothèses sur la haute antiquité des Egyptiens, et pour rêver à plaisir une civilisation qui, chjsz eux, remontait bien audelà de l'époque assignée par Moïse à la création de notre globe. Deux zodiaques découverts en Egypte par l'expédition française, l'un à Denderah (l'ancienne Tentyris ) et l'autre à Esneh ou Latopolis ,
jeiioQ, et sur les avaatages qu'il offre à la critique sacrée, par J. G. H. Greppo^ vie. gén, de BcUey. Paris, 1S29.
i"* IHteoun tur le$ rapporlt entre la êcience ei la religUm révélée^ par N. WisEMAïf, S" discours, 2* partie. Paris, 1843.
5» Mrod, à CÀne. Testam., par J. E. Cbllbrier fils. Genève, 1832, p. 80-98.
G"" Die BUcher Moeee und JEgyplen, voo G. W. HBJfOSTSNBKRa. Berlin, 1841.
£1 LES IIIËROGLYPHBS. 487
étaient venus donner pour quelque temps une sorte de crédit à ces suppositions sans fondement. Enlevés du portique des temples auxquels ils avaient appartenus et transportés en France, ils y étaient devenus l'objet d'une espèce de culte de la part des savants. On ne mettait pas en doute qu'ils ne présentassent des signes astronoofûques destinés à peindre Tétat du ciel, à l'époque où ils avaient été construits. Selon les uns, ils ne pouvaient avoir une antiquité de moins de 7000 ans ; selon les autres, ils devaient compter 4000 ans de date ; et ceux qui leur attri* buaient l'existence la plus moderne leur assignaient une origine de 2000ans avant l'ère chrétienne. Inutile de dire que cette prétendue découverte n'allait à rien moins qu'à renverser la chronologie biblique et qu'à ébranler la foi en la divine autorité des livres saînts.M.Letronne fut le premier qui fit justice de ces interprétafions imaginaires. L'étude attentive et savante de l'architecture des temples auxquels avaient appartenu les zodiaques, et l'explication des inscripti<Mis qu'ils portaient, ne lui permirent pas de douter que les peintures du temple d'Ësneh ne fussent de la dixième année du règne d'Antonin, et que celui de Denderah n'eût été bâti sous Tibère et dédié à ce prince. Au moyen de son alphabet hiéroglyphique, U. Champollion le jeune vint confirmer les conclusi(ms du savant professeur de Paris, et parvint à lire sur le frontispice de ces temples les noms des ein-
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pereurs romains en l'honnenr desquels ils avaient été élevés. Ainsi les prétendus zodiaques astronomiques se sont trouvés n'être que de simples inscriptions monumentales ; au lieu de se perdre dans la nuit des temps, par leur haute antiquité et d'accuser une civilisation perfectionnée au delà de l'époque antérieure au déluge» ils sont devenus contemporains de rère chrétienne. Relégués dans les galeries de la Bibliothèque royale, ils ne sont plus aujourd'hui qu'un simple objet de curiosité, bien plus remarquables par le bruit étrange qu'ils ont fait et les méprises grossières auxquels ils ont donné lieu, que parles services qu'ils peuvent rendre à la science et à l'art. (1) Mais par quelle voie la divine Providence a-t-elle donc permis que les écritures égyptiennes , demeurées obscures jusqu'à nos jours , fussent enfin déchiffrées, et qu'en faisant évanouir les hypothèses hardies d'un Yolney et d'un Dupuis , elles vinssent, par leurs dates et leurs faits, confirmer l'authenticité et la vérité des récits de Moïse? C'est d'une manière inattendue et tout à &it remarquable. Vers la fin du siècle dernier, des soldats français , attachés à l'armée d'expédition d'Egypte, étaient occupés, avec quelques travailleurs, à creuser les fondements du fort Saint-
(1) Letronne, Obiervaliant criiiquêt et archéologiques tur robjêi dee inlerprétaUons zodiacales qui nous restent de f antiquité. Paris. 1824, ia-8^
BT LES HIÉROGLYPHES. 489
Julien, près de la ville de Raschid ou Rosette. Eu bêchant la terre, ils heurtèrent de leurs instruments un bloc de basalte noir, très-irrégulier , ayant une fracture considérable, et poli d'un côté seulement. Ce fragment informe , qui , sans les quelques lettres qui s'y trouvaient gravées , aurait été mis en pièces et jeté de côté, était destiné à devenir la clef du mystère des hiéroglyphes de TEgypte. En effet, on pouvait y lire encore les restes de trois inscriptions : Tune en grec, l'autre en caractères hiéroglyphiques ou symboliques, la troisième en lettres euchoriales ou démotiques, ceprésentant l'alphabet linéaire de la langue cophte, qui est le dialecte vulgaire de l'Egypte. 11 était facile de supposer , et l'on n'eut pas de peine à s'assurer que ces trois inscriptions n'étaient dans le fait qu'une seule et même inscription en trois langues et caractères différents. L'on avait donc devant soi une inscription égyptiennne en caractères hiéroglyphiques, et en langue vulgaire ou démotique, interprétée et commentée par une phrase grecque. Il ne s'agissait plus que de comparer entre eux ces divers signes, de les expliquer les uns par les autres , d'en déterminer la vraie signification , et d'en composer un alphabet au moyen duquel on pourrait lire toutes les inscriptions analogues. MM. Ameilhon et Sylvestre de Sacy, en France; M. Akerblad, Suédois, à Rome; le docteur Young , en Angleterre , s'essayèrent dans ces sortes d'investigations, mais sans beaucoup de
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succès. On était parvenu à lire quelques noms propres et à trouver quelques lettres de l'alphabet euchorial ; mais les signes hiéroglyphiques demeuraient toujours un mystère, et Ton n'avait pas même découvert les premières lettres de cet alphabet (1)* Il était réservée un jeune savant français, à M. Champollion, dont le nom est désormais inséparablement uni à l'archéologie égyptienne, d'ouvrir une voie nouvelle et inconnue a ses devanciers.
Depuis longtemps on avait soupçonné que certains signes hiéroglyphiques entourés d'un cadre oblong ou parallélogramme, appelé depuis cartel ou cartouche royal, devaient exprimer des noms propres. Ces encadrements, à coins arrondis , se retrouvaient sur presque tous les monuments égyptiens, et semblaient indiquer que les noms qui y étaient compris joiuissaient d'une distinction particulière. Mais comment parvenir à les déchiffrer ? Car, si certains objets ou certaines idées pouvaient être représentées par des signes emblématiques ou hiéroglyphiques, comment admettre qu'il en fût de même pour des noms propres , qui , ne rappelant à l'esprit aucune idée , ne pouvaient être rendus que par des caractères phoné-
(I) L'erreur était provenue, en grande partie, de ce que Ton s'é- Mi Huaginé que tous tes caractères btérogly^lqaea étaiefiifdéo • graphiques, c'est-à-dire que chaque signe erobléinatique représentait une idée, tandis que la plupart de ces signes sont phonétiques 011 représfotem de» lettres ou sons vocaui.
■T tSS BIBKOCLTniBS.
tique», b'esfrà-dire, expiimant les bods de la lauftue parlée î Le bloc de Rosette fournit à cet ^rd un poiut précieux de comparaison; et en étudiant attentivement les lettres des cartouches qui y étaient tracés, et dont l'inscription grecque donnait une sorte de traduction, Champollion pat^iut à y lire distinctement les noms de Ptolémée et de Bérénice (Ptolmes ei Brneks). Dons le premier de ces deux noms , le savant arf:faéotogue possédait sept lettres qui pouvaient lui servir à composer l'alpbabet des biéroglypbes. Plus lard , il réussit à lire , sur un <^[>élisque de Philœ, transporté à Londres, le nom de Cléopâtre, qui , avec les deux précédents , lui donna sept consonnes et trois voyelles, au moyen desquelles il poursuivit , avec une rare patience , sur une foute de mmiumeots, la lénûcalïoa de la science à laquelle sa précieuse découverte venait de l'iDÎtier. Depuis lors, il marcha de conquêtes en conquêtes ; chaque inscription étudiée par lui, en lui fournissant de nouveaux points de comparaison, le conflrma dans la voie où il était entré. Tout fut mis à contribution par lui : temples, obélisques, cercueils, momies, tableaux, Bgnres, papyrus, vinrent successivement enrichir et compléter son alphabet phonétique ; et grâce au système hiéroglyphique (1) qu'il réussit à construire , il
(1) Prici* dK ty«tfm« kiéngljfphiq%u, 2 toI. in-8* avec plaocfaes. HT édit., 1828.
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ne fat plus seulement possible, au moyen de la connaissance des signes hiéroglyphiques^ de lire certaines sentences inscrites sur les monuments égyptiens, mais Ton put encore, par Texplication des caractères phonétiques, déchiffrer les noms propres de princes, de rois et de villes auxquels ces sentences se rapportaient (1).
Malheureusement , la mort vint interrompre subitement le cours de si laborieuses et si utiles recherches. Mais, ayant de mourir, ChampoUion avait lu, sur les principaux monuments de l'Egypte, les noms de presque tous les rois qui ont gouverné ce pays pendant vingt-deux siècles ; et, au moyen de son alphabet si clair et de son système si précis, un homme sans culture littéraire aucune peut aller soit au Capitole, soit au Vatican, soit au musée Charles X, soit à Londres , déchiffrer les noms propres qui abcmdent dans les inscriptions égyptiennes.
(i) Les Egyptiens avaient trois sortes d'éeriture : 1* l'écriture vulgaire, que Clément d'Alexandrie appelle épUlolographique^ le monument de Rosette, euchoriaUy Hérodote et Diodore de* Sicile. dénudique. ^ L'écritore sacerdotale ou sacrée, autrement dite hiératique. S"» L*écriture hiéroglyphique proprement dite, qui procédait de trois manières différentes : phtméiiquemenl, c'est-à-dire, par l'emploi des premières lettres de l'alphabet ; «ymMiçtiemciil, par riroitation au propre ou les signes figuratifs; énigmaUquement, c'est-à-dire par le moyen des tropes. C'est de cette dernière écriture , l'écriture hiéroglyphique , que s'est surtout occupé ChampoUion Jeune. (Greppo, SiMt, etc., p. 49, 50. D' Wisevah, p. 2%.)
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Il s'agissait maintenaDt de coordonner les matériaux chronologiques recueillis par ce savant, et de les mettre eurapport soit avec la table d'Abydos, soit avec le catalogue des rois donné par Manéthon, Thistorien de l'Egypte, soit avec le papyrus du musée de Turin , qui , quoique mutilé , renfermait une liste de pins de cent rois. Un homme se rencontra pour faire ce travail ; ce fut M. ChampoUion-Figeac , parent de l'illustre savant , qui , dans ses notices chronologiques, est parvenu à rétablir la chronologie de l'ancienne histoire égyptienne. Il fut suivi par HH. Burton et Wilkinson, dont le premier, dans son Recueil^ et le second, dans son Traité hiéroglyphique^ rendirent d'importants services à la science, soit en rectifiant la série des rois, soit en faisant des découvertes impor^ tantes applicables à la traduction de l'Ecriture- Sainte. Après eux vint le célèbre professeur Rosellini, compagnon de ChampoUion dans l'expédition scientifique en Egypte, qui fit paraître, à Pise, un ouvrage d'un prix immense, en quatre volumes, dont deux contiennent les monuments des rois, et deux l'explication des textes. Un jeune savant allemand, encouragé par les suffrages du roi de Prusse et par l'amitié de l'un de ses ambassadeurs, le chevalier de Bunsen, semble destiné à recueillir l'héritage de Cbampollion, et à achever son œuvre. M. Lepsius, que nous avons l'avantage de connaître, et dont la piété égale la science, s'était déjà distingué par d'importantes re-
%H t'niStOlftS SAIHTB
cherohés ; maift il vîenl; tout récenimeiit de se ùâre
une place ëminente parmi les archéoiogaes égyptiens, en découvrant, dans la cour du grand temple d'Isis, à Phîloe, un second exemplaire de rinscription de Rosette parfaitement conservé, et oia il sera fiidle d'achever la lecture des lignes que la fracture considérable de la première pierre avait empêché M. Champollion de lire en son entier.
L'aperçu rapide que nous venons de tracer sur Torigine et les progrès de la science des hiéroglyphiques était nécessaire pour faire af^précier ses résultats. Il est temps de parler de ceux-ci, et de mon<^ trer de quelle utilité ils sont devenus pour éclâirctr la chronologie sacrée , et en général pour confirmer Tauthenticité et la vérité des écritures de FAnden- Testament. Mais , comme préambule de Texposé que nous nous proposons d'en faire, nous nous félicitons de pouvoir reproduire ici une lettre écrite le 83 mai 1827, par M. Champollion-Figeac , et qui en détermine le véritable point de vue. Ce savant , non phis que son parent homonyme, Fauteur du système hiéro^ glyphique, n'avait jamais rien publié qui fbt de nature à prouver la conformité de ses découvertes avec les fhits de la Bible ; et cette circonstance pourrait servir à elle seule à prouver combien étaient indépendants dans leur pensée et dans leurs recherches, deux savants qui, en se livrant à des études de prédilection, avaient eu moins pour but de prouver l'Ecriture, que
ET LES HIÈR0GLT1PHB9. (9S
d*aTancer lee intérêts de la science. Des esprits méticuleux et des théologiens à vues étroites s'étaient empressés d'en conclure que les travaux de Champollion finiraient par ébranler l'autorité des écrivains sacrés. On ne se borna pas h de téméraires jugements ; on alla jusqu'à proférer des calomnies. Pour faire taire ces faux bruits et rendre impossible le re* nouvellement d'aussi injustes accusations» Champollion*Figeac écrivit les lignes suivantes au duc de Blacas :
€ Taurai l'honneur de vous adresser, sous peu de jours, une brochure contenant le résumé de mes découvertes historiques et chronologiques. C'est l'indication sommaire des dates certaines que portent tous les monuments exist^^nts en Egypte, et sur lesquels doit désormais se fonder la véritable chronologie égyptienne.
» MM. de San-Quintino et Lanci trouveront là une réponse péremptoire à leurs calomnies, puisque j'y démontre qu'aucun monument égyptien n'est réellement antérieur à l'an 2,200 avant notre ère. C'est certainement une très-haute antiquité, mais elle n'offre rien de contraire aux traditions sacrées , et j'ose dire même qu'elle les confirme sur tous les points. C'est en effet en adoptant la chronologie et la succession des rois données par les monuments égyptiens, que l'histoire égyptienne ccudcorde admirableblement avec les livres saints. Ainsi , par exemple,
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Abraham arriva en Egypte vers 1 ,900 , c'est-à-dire sous les rois pasteurs. Des rois de race égyptienne n'auraient point permis à un étranger d'entrer dans leur pays ; c'est également sous un roi pasteur que Joseph est ministre en Egypte et y établit ses frères, ce qui n'eût pu avoir lieu sous des rois de race ^^ptienne (1). Le cl)ef de la dynastie des Diospolitains, dite la dix-huitième , est le rex novus qui ignorabai Joseph de l'Ecriture-Sainte, lequel, étant de race égyptienne, ne devait point connaître Joseph, ministre des rois usurpateurs; c'est celui qui réduisit les Hébreux en esclavage. La captivité dura autant que la dixhuitième dynastie, et ce fut sous Ramsès Y, dit Âménophis, au commencement du quinzième siècle, que
(1) Cette circoDstanco lève la contradiction apparente qui semble exister entre Genèse XLVI, 33, 34; XLVII, i, et Gen. XLVI, 34. et XLVII, 6, 2. Car, dans l'un de ces passages, Joseph engage ses parents à dire qu'ils sont pasteurs, et dans l'autre, il est remarqué que les Egyptiens ont en horreur les bergers. Mais si c'est sous les rois pasteurs ou usurpateurs que Joseph a gouverné l'Egypte, l'on comprend comment la circonstance que les Hébreux étaient bergers a pu ôtre agréable au souverain de ce royaume, tandis qu'elle était odieuse au peuple qui lui était soumis. II. le pasteur Cpquerel propose une autre solution de cette difficulté. Selon lui, et d'après la chronologie qu'il adopte, les rois pasteurs avaient été depuis longtemps chassés d'Egypte quand Joseph devint gouverneur de ce pays. Mais les Egyptiens n'en avaient pas pour cela conservé moins de mépris et de haine pour les tribus errantes et pastorales auxquelles avaient appartenu les souverains étrangers qui .les avaient longtemps opprimés. Cette circonstance expliquerait le mot de Joseph et la séquestration des Hébreux dans la terre de Goscen, loin de tout contact avec les Egyptiens.
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Moise délivra les Hébreux. Ceci se passait dansFado lescence de Sésostris qui succcéda immédiatement à son père , et fit ses conquêtes en Asie , pendant que Moïse et Israël erraient durant quarante ans dans le désert. C'est pour cela que les livres saints ne doivent point parler de ce grand conquérant. Tous les autres rois d'Egypte nommés dans la Bible se retrouvent sur les monuments égyptiens , dans le même ordre de succession et aux époques précises où les livres saints les placent. J'ajouterai même que la Bible en écrit mieux les véritables noms que ne l'ont fait les historiens grecs. Je serais curieux de savoir ce qu'auront à répondre ceux qui ont malicieusement avancé que les études égyptiennes tendent à altérer la croyance dans les documents historiques fournis par les livres de Moïse. L'application de ma découverte vient, au contraire/invinciblement à leur appui. »
C'est à justifier les assertions contenues dans la lettre que l'on vient de lire que nous consacrons le résumé suivant» oii nous nous proposons de montrer qu'effectivement les résultats du système hiéroglyphique concordent avec le récit biblique de la Genèse et de l'Exode : 1^ sous le rapport de quelques noms propres d'hommes ; 2^ sous celui de la géographie ou- des noms de villes et de lieux ; 3^ quant à la suite des rois de la dynastie des Pharaons ; 4^ quant aux antiquités de l'Egypte.
1^ Noms propres d'uommbs. Le nom de l'eu-
nuque de Phsu'^on, grand officier 4e sa cour, pi:év4te de ^on palais, auquel Joseph fat vendu par les marchands ismaélites, s'appelait Potiphar ou Putiphar et Pétéphré d'après les Septante (Genèse X^XIX, 1). Le grand-prèti-e d'On ou d'HéUopoUs,doint Joseph époiisa la fiUe, portait le.mènie nom (Genèse XLI, 45). Qn en peut conclure airec quelque vraisemblance ou que ce nom étai,t celui d'une famille a^sez noinbreu$e, ou qu'il était commun à plusieurs .graud-s persannages de la nation. Quoi qu'il en soit, ]tf. Champollion l'a retrouvé tel que Jes Septante J'om éierit Pétéphré (n8T8(ppY)), sur le papyrus d'uu m^u^crit (îuiéraire, qui peut-être' a appartenu à l'uu^ ou l'autre des familles dont il vient d'être fait n;iention. Quelle preuve de l'exactitude de la BihlQ jusque dan$ les moindres circonstanciés I Le nom de Pétéphré signifie Celut qui appartient au êoleil. Comme tp} , i) convenait parfaiteiQcnt au beau- père de Joseph, qui ét;iî)r graqdTprè^re d'Héliopolis 9 la ville du soleil.
Le nom de Pharaon s'expliqua psur h même racine. Porté , selon l'historien juif Josèphe , pendant treize siècles par tous les souverains de l'Egypte » il était devenu une énigme pour tous les commentateurs . Josèphe lui-même et Jules l'Âfrics^n avaiçpt prétendu qu'il signifiait rot, et était le mot générique d^ (ous les monarques égyptiens.D'autres l'a v^ipnt dérivé de l'île de Pharos, célèbre en Egypte. Bochart, s'appuyant sur flzéchiel ( XXIX » 5 ) , avait avancé qu'i( sîgni-
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Hait trwodiU. Bon nombre de coBamentatéùrs lui avaient àoané pour racine le verbe hébreu parih , se venger, coinme qui dirait h vengeur. ChampoUion ayant cru reconnallre dans le mot Pharaon le nom du seif>ent VrœuM^ qui était un signe caractéristique des mis ^^tiens, avait imaginé que le titre de pharaon avait quelque analogie avec le symbole dont était surmonté le diadème on la tiare que portaient ces monarques. Mais Rosellint srafible avoir définitivement troavé la racine et fixé la signification de ce mot, dont rorigiae était demeurée jusqu'ici douteuse. Il a reconnu qu'il avait une analogie frappante avec celui de Pétéphrè et qu'il était identique avec le mot pken on phré qui signifie le soleil.
Lorsqtte Joseph fut devenu ministre de Pharaon, ce prince changea son nom et lui donna celui de Têàphmaih^Pahanéah, d'après le texte Hébreu; de Peotfr ihampkanêeh selon les Septante, et de Sauveur du monde d'après la Vulgâte (Genèse XLI , 45). Jusqu'à ce jour ce nom égyptien avait mis à la torture la sagàèité des interprètes et nul n'avait pu le deviher. Rosellini l'a clairement expliqué d'après la langue égyptienne ; il a prouvé qu'effectivethent il signifie sauveur du mande. Or, n'est41 pas vraiment étonnant qu'un mot qui , depuis que Moïse l'avait tracé, c'est-à-dire depui^i trois bille deux cents ans, n'avait peut-être jamais été compris, ait été lu dans notre siècle au moyen de l'admirable découverte de l'alphabet hiéroglyphique ?
500 l'histoirb sainte
2^ Géographie ou noms de villes et de lieux. Au ch. XLI de la Genèse, v. 45, il est fait mention d'une ville égyptienne nommée On.Les Septante ont rendu ce mot par HXtou icoXU, et la Vulgate par Héliopolis (la ville du soleil ). Quel rapport y a-t-il entre le mot du texte hébreu et celui du texte grec ? Comment reconnaître le nom d'Héliopolis dans celui de On? Qui a donc pu autoriser les traducteui's grecs de T Ancien- Testament à substituer le nom d'une ville à cehn d'une autre ville ? Pour satisfaire à ces questions, on n'avait pu jusqu'ici proposer que des conjectures. On s'était dit : les Septante ayant accompli leur version grecque de l'Ancien-Testament en Egypte et d'après les ordres d'un roi d'Egypte, ont dû être assez exactement informés pour savoir et pour écrire que la ville qui, du temps de Joseph, s'appelait On, avait changé de nom sous les successeurs d'Alexandre et était devenue la ville de Héliopolis. Depuis Champollion, cette supposition s'est changée en certitude.Ce savant a découvert , en effet , que le nom de la ville de On signifie soleil (1), et son opinion se trouve confirmée d'ailleurs par le fait que nous avons rapporté plus haut, que Putiphar ou Pétéphré, dont le nom signifie qui appartient à Phré , le soleil , était grand-prêtre de On, Héliopolis, ou la ville du Soleil, c Cette analogie
{i) L'Egypte sous les Pharaons^ t. Il, pr*l.
ET LES HlÉaOGLTPHBS. 501
• firappante, dit M. Greppo, entre le nom du pontife » et le dieu objet do son culte, peut achever de nous » cpnvaincre que le nom de On , donné par le texte
> hébreu à la ville où Putiphar exerçait son sacerdoce, » est bien véritablement le nom primitif de cette an-
> cienne ville égyptienne, et que les auteurs des ver- » sions grecque et latine Tout rendu avec exacti- » tttde, quand ils ont adopté le nom grec plus mo- » derne de HXioo m\ky ou la ville^ du soleil » (1).
Les villes de Phitom et de Ramessès sont au nombre de celles que l'un des tyrans de l'Egypte obligea les Israélites de construire, dans le biU d'affaiblir ou d'éteindre leur race (Exode I, 11). La première a été retrouvée, par d'Anville et Cbampollion, dans le lieu qui porte le nom de Thoum dans l'Itinéraire d'Âutonîn, et de Patumos dans Hérodote. La seconde Ramessès, ou Héroopolis d'après les Septante, était probablenient située dans le pays de Goscen , sur la place occupée aujourd'hui par Abukescheid , entre l'un des bras du Nil et le golfe Arabique (2). Cette ville importante est mentionnée plusieurs fois dans l'Ecriture. C'est là que Joseph avait établi son père et ses frères (Genèse XLVII, 11). C'est de là que les Israélites partirent, lorsqu'ils quittèrent l'Egypte
(i)£Mai, etc.,p. 210,21i.
(2) Voy. Champollion , L' Egypte sotû let Pharaon», t. Il, p. 89. Du Bois Aymée, Desenpfton, t. II, p. 376.