‹ Essay analytique sur l'origine de la langue françaiseChapitre 1 sur 10 · ET SUR · texte numérisé non relu

ET SUR

im REGOUL DE MONIlfflEIlS DE CETTE LANGUE.

CLASSÉS CHROIfOLOGlQUEHEIfT DEPUIS LS IX*" SIECLE JUSQU'AU XVU^.

Messieurs ,

Beaucoup d'écrivains se sont occupés de l'histoire de la langue française depuis son origine , mais aucun , du moins à notre connaissance, n'a songé à donner, d'une manière suivie et spéciale , les pièces justificatives de cette histoire, c'est-à-dire à présenter de siècle en siècle et de règne en règne , une série progressive et continue de monumens fidèles et authentiques de cette langue depuis le neuvième siècle oîi l'on commence à en entrevoir le germe , jusqu'au dix-septième , époque de sa pleine maturité. Cependant il nous semble que rien ne serait plus intéressant et plus curieux qu'un pareil recueil dont chaque pièce rangée par ordre de date, oflFrirait scrupuleusement le texte et l'orthographe d'ouvrages français écrits

SOUS chaque règne , et surtout d'ouvrages en prose ; ce serait le moyen le plus sûr de juger du développement , des progrès et enfin de. la perfection de cette belle langue qui chaque jour voit reculer les limites de son vaste domaine et qui même n'est plus étrangère aux extrémités des diverses parties du globe (1).

(1) On ne peut disconvenir que depuis 150 ans, la langue française, par sa variété, sa clarté, sa précision et par une foule d'expressions consacrées aux sciences , au commerce de la vie , aux affaires , aux plaisirs , ne le cède à aucun idiome moderne; et que malgré les rivalités nationales, elle est la plus universellement répandue. M. Balbi , daus son Jtlas ctnographiqite, tabl. xii, dit : « La grande influence politique de la France <c depuis Louis XIV et la richesse de sa littérature ont rendu le «I français la largub sogialb et politique de l'Europe, et « par conséquent de tous les pays du monde ou les Européens «( ont des établissemens. » En effet , il est reconnu qu'en Afrique près de 200,000 habitans indigènes parlent français ; en Amérique, on en comptait, il y a dix ans, 1,523,800 — CooPER , dans un de se$ romans , LesPioniers , tom. Il , p. 13 , dit que le français est d'un usage commun chez les Iroquois. — On lit dans VAnnual Begister, Lond., année 1826, p. 38 : « Au « mois d'avril 1825, quatre chefs des tribus indigènes du u Canada eurent une audience du roi d'Angleterre. L'un d'eux « harangua ce prince en langue française ; le roi leur répondit <: également en français, et s'entretint ensuite avec eux dans la M même langue. » — A la Nouvelle- Orléans, toutes les proclamations et papiers publics sont imprimés en anglais et en français , sur deux colonnes. — En 1783, l'Académie de Berlin proposa pour sujet de prix cette question : Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle? Rivarol fut couronné, et son discours imprimé, Paris, 1784 , m 8® de 92 pag. avec celle épigraphe :

L'idée d'un pareil travail nous a souri depuis longtemps. Dès 1815, nous en avions déjà donné un léger aperçu dans notre Abrégb de l'Histoire de France, in-S** de Ixiij — 432 pag. , en présentant sous la plupart des règnes , depuis Hugues - Capet (roi en 987), jusqu'à Henri HI ( mort en 1589 ) , quelques fragmens d'ouvrages du temps , offrant l'état de la langue à chaque époque. En 1827, nous avons encore parlé de l'utilité d'une telle entreprise à M. Crapelet, si habile explorateur des trésors de la littérature du moyen âge , en lui envoyant THis- TOiRE de la Passion de Jésus-Christ, d'Olivier Maillard, qui fait partie de sa superbe Collection des anciens monumens de l'histoire et de la langue française (1). Mais dès-lors nous nous

Tu regere eloquio populos , o Galle , Dwmento» — Le gouvernement russe , il j a plus de trente ans , fonda une université dans une ville sur les frontières les plus reculées de son empire, au nord ; le discours d'inauguration y fut prononcé en français. — A Casan, ville sur les limites de l'Europe et de l'Asie, il existe depuis plusieurs années un théâtre français qui est très fréquenté. — A Saint-Pétersbourg, sur 8400 ouvrages publiés en langue russe, on compte 1523 traductions d'ouvrages étrangers, dont 802 sont traduits du français , 488 de l'allemand, 97 de l'anglais, 68 du latin, 86 du grec, 28 de l'italien et 17 d'autres langues. (1) Voy. dans le volume de V Histoire de la Passion^ la lettre qui suit la préface, pp. xix-xxiv. Puisque nous avons cité la précieuse collection de M. Crapelet,. on verra peut* être avec plaisir la liste exacte des chefs-d'œuvre typographiques qui la composent en 18 vol. gr, in-S,, tous imprimés sur Jésus vélin fort. Cette liste étant un peu longue , nous 4a renvoyons ^ la fin de cet opuscule.

sommes occupé plus spécialement de cet objet ; et , quoique dénué de ressources précieuses, à raison de notre éloignement des riches dépôts de la capitale , nous avons tâché de réunir une certaine quantité de ces monumens puisés dans 'es actes authentiques des différons siècles , que nous ont fournis les meilleurs ouvrages d'histoire littéraire et de diplomatique , une correspondance assez étendue , et les archives de Bourgogne confiées à un digne conservateur aussi éclairé qu'obligeant.

La bienveillance dont vous avez honoré nos essais précédons , nous enhardit , Messieurs , à vous entretenir aujourd'hui de celui-ci. Nous allons d'abord mettre sous vos yeux la partie préliminaire de notre travail, c est-à-dire une notice sommaire sur l'origine de la langue française. Cette introduction nous paraît indispensable à l'exposition de ses monumens de tous les temps : car il serait difficile de juger de leur importance si l'o» ne remontait aux sources d'où ils découlent. Il est donc essentiel de savoir ce que devint la langue gauloise sous les Romains , ensuite quel fut son sort pendant l'invasion des Barbares , et enfin comment , sous la domination des Francs , elle prit un caractère à elle et devint l'une des plus belles langues de l'Europe. Mais ses progrès furent très-lents; n'en soyons pas surpris, Messieurs; cette lenteur est commune à toutes les langues et à toutes les littératures anciennes et modernes : voyez les Grecs, il a fallu huit siècles de culture progressive depuis la guerre de Troie pour amener le siècle de

(9) Périclès; chez les Romains, le siècle d'Auguste était aussi le huitième depuis la fondation de Rome ; chez les Italiens , combien de temps écoulé depuis la chute de l'Empire jusquà Pétrarque et Boccace , disons mieux jusqu'au Tasse ; chez les Anglais , depuis la fin de l'heptarchie , en 828 , jusquà la fin du règne d'Elizabeth, en 1603 ; et chez nous, le siècle de Louis XIV est le douzième depuis Clovis. Oui , les progrès de la langue française ont été lents ; mais cette lenteur, loin de lui nuire , a peut-être contribué à l'amener à ce degré de perfection qui lui donne, parmi les langues modernes, une suprématie universellement reconnue. Passons à l'essai historique sur son origine ; ce préambule , ainsi que nous l'avons dit , nous mettra dans le cas de mieux apprécier la série de ses monumens.

ESSAI ANALYTIQUE

SUR l'origii^e de la langue française.

La France, dans ses limites actuelles, forme une grande partie des Gaules telles qu elles étaient après que les Romains en eurent fait la conquête ; nous ne rechercherons point quelles langues étaient en usage dans ces contrées soit au moment où le sénat déclara la Gaule Narbonnaise province romaine, l'an 125 avant J.-C. , soit à l'instant où César y mit le pied , 73 ans plus tard. N'ayant à parler que sommairement de l'origine et de Thistoire de la langue fran-

( <0 ) çaise, il suffit de dire que la langue dominante dans les Gaules , avant la conquête des Romains , était la celtique (1) avec ses divers dialectes.

En effet trois races principales se partageaient alors la Gaule : la race celtique , qui formait près des quatre cinquièmes de ses habitans ; la race germanique , qui comprenait ceux des provinces appelées depuis Flandre , Alsace et Lorraine ; et la race pélagienne , répandue sur le versant de la Méditerranée et dans la Corse. Cette division ne s'éloigne pas de celle que César mentionne dans ses Commentaires ; selon lui , la Gaule était partagée en trois nations principales (2), savoir : V les Celtae, qui étaient au milieu ; 2° les

(1) Les Celtes, origiDaîres de l'Asie, s'appelaient Gail ou Gael^ et de ce mot les Grecs ont fait Keltes^ et les Romains Gain.

Nous avons dëja eu occasion de parler de la langue celtique dans nos MÉLANGES littéraires , philologiques et bibliographiques, Paris, Renouard, 1818, in-8°; on y trouvera, pp. 140- 1 53 , une Notice sur la langue celtique , considérée comme ayant concouru à la formation de la langue des Romains y avec une plancbe gravée représentant Y Alphabet gaulois tiré deFabretti, et une inscription ou épitaphe, du 3" siècle, en caractères gaulois, et qui , rendue en latin , lettre pour lettre , signifie :

ThIS GORDIAIVUS GALLIK RlJIfCIVS JUGU LATCft PBO FIDE CUH FAMILIA TOTA QUIESCDIIT IN PAKE.

YtHFILA Alf cilla FECIT.

(2] Elle rétait en quatre; mais il ne compte pas la Gaule Narbonnaise, parée qu'elle était déjà soumise aux Romains.

fi»

Aquitani, qui étaient au sud ( ces deux nations appartenaient évidemment à la race celtique , quoiqu'elles eussent un langage différent) ; et 3" les Belgae , que plusieurs savans croient appartenir à la race germanique ; ils occupaient le nord de la contrée. Le nom de Belges , donné à ces peuples par les Celtes , signifie habitans d'un pays bas.

Mais des dialectes alors en usage chez ces différentes nations on ne connaît plus guère que deux idiomes principaux parlés encore de nos jours : le gaélique et le gallois. Issus évidemment d une source commune, ils diffèrent cependant assez pour être considérés comme deux langues distinctes. Chacun de ces deux idiomes se subdivise en. trois dialectes principaux , comme le démontre clairement le petit tableau suivant :

irlandais , gaëlique j manx , ' erse , Langue celtique

r gallois , gallois I comique , ^bas-breton.

Les trois dialectes gaëliques sont parlés en Irlande , dans l'île de Man , et en Ecosse ; ils sont assez rapprochés pour que les habitans de ces trois pays puissent converser sans beaucoup de difficulté. Le gaëlique est d'une richesse extraordinaire ; on y trouve soixante mots pour exprimer colline, trente-six pour noble, vingt-huit pour trwû, vingt-cinq pour grand, etc. ;

( <2) et pour chaque verbe un plus ou moins grand nombre de synonymes, par exemple dix sept pour observer, seize pour consumer, etc. , etc.

Les trois dialectes gallois sont parlés dans le pays de Galles , dans la province de Cornouailles et dans la Basse-Bretagne (1). Ils sont également assez rapprochés pour que les habitans de ces trois pays puissent s'entendre entre eux. Le gallois est moins riche en synonymes que le gaëlique ; mais il se distingue éminemment par un grand nombre de racines monosyllabiques d une signification abstraite et très-générale , qui donnent naissance à une foule de dérivés. Cette langue fait aussi un usage fort étendu des préfixes. On trouve dans le dictionnaire d'Owen (2) le préfixe privatif di appliqué à 4,300 mots, et le préfixe cy (le cum des Latins) à plus de 2,600. Les Gallois ont cinquante-deux préfixes du même genre qui expriment tous les rapports. ( 7. Owens welsh Grammar, p. 4i.)

(1) Le bas breton, qui nous regarde plus spécialement, est soudivisé maintenant en quatre dialectes : 1® le léonard, parlé sur le territoire de Saint- Pol-de-Léon ; 2» le tréeorien, sur celui de Tréguicr; 8** le cornouailler, sur celui de Quiraper- Corentin; et 4" le vanneteux^ sur celui de Vannes.

(2) Cet ouvrage qui contient environ 100,000 mots, et qui est précédé d'une grammaire galloise, a pour titre : DjctionàRY of the welsh language , explained in english ; with numerous illuetrations , from the literary remains, and from the living speech of the Cymry; hy fFilliam Owen. London , 179^-1794, et avec un nouveau titre, 1803; 2 voL gr, ^w-8^

Quelques philologues ont mis le basque au nombre des langues œltiques ; mais il s'en éloigne beaucoup et appartient évidemment à une famille différente. On le regarde mônàe comme une langue primitive et étrangère à toutes les autres. Les Basques descendent des Cantabriens , peuple dont Torigine est inconnue. On les trouve des deux côtés des Pyrénées , en Espagne et en France. Leur langue se divise en quatre dialectes : 1 • le biscaïen ; a^" celui de Guipuscoa ; 3"" celui de la haute Navarre et du pays d'Alava; 4° et celui de la basse Navarre et du pays de Labour. Mais nous n'avons pas à nous en occuper.

Quant aux dialectes , ou plutôt aux débris de l'ancienne langue celtique qui se parlait dans les Gaules avant que les Romains y pénétrassent , nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut. Voyons maintenant quel a été le sort de cette langue depuis l'invasion des Romains.

Ces JSers conquérans n'eurent pas plutôt occupé diverses contrées du pays, déclarées provinces romaines , qu'ils s'empressent , selon l'habitude de leur haute politique , d'y impatroniser leur langue (1). Adoucissant , autant qu'il était possible , le joug imposé aux vaincus , éveillant leur ambition en exaltant

(1) M. Raynouard, dans son excellent ouvrage sur les POÉSIES originales des troubadours, toni. 1°', pp. 1-6, a parfaitement développé les ressorts de cette adroite politique, et a cité plusieurs exemples qui prouvent quelle était la rigidité des principes de ces maîtres du monde à cet égard.

( H) la grandeur du nom romain auquel ces vaincus allaient participer, flattant la masse du peuple au milieu duquel se trouvaient des légions permanentes et beau* coup de Romains accourus à la suite de la conquête, ils ne tardèrent pas à voir les Gaulois multiplier leurs relations avec la métropole et briguer les honneurs et les titres honorifiques qui émanaient du sénat. Mais pour plaire aux vainqueurs et pour satisfaire à toutes les exigences de l'ambition , il fallait parler latin ; et c'est ce que firent bientôt les Gaulois. La langue du Latium se répandit de tous côtés , et des écoles fondées à Marseille , à Nîmes , à Narbonne , à Lyon , à Autun , à Bordeaux ^ à Bayeux , à Chartres, etc. , achevèrent de la populariser sur tous les points de la Gaule Transalpine (1) ; et peu à peu le celtique disparut , ou du moins vit , chez le bas peuple et dans les campagnes , ses dialectes bien affaiblis se mêler avec la nouvelle langue, et former une espèce de patois qui tenait de l'ancien langage et du latin , et qui par la suite prit le nom de Romana rustica (2) ,

(1) Rappelons-nous encore que cette Gaule que nous habitons , donna le jour à des écrivains latins de distinction , tels que Cornelius-Galius , Trogue- Pompée^ Pétrone , Lactance , Auscfne, etc.

(2) Ce mot rustica n'était pas nouveau, en tant qu'appliqué Il la langue. Â l'époque où l'on parlait le latin dans sa plus grande pureté à Rome, on distinguait deux dialectes, l'un appelé par Plante lingua nobilis^ et par la suite lingua classica ou urbana, et l'autre nommé lingua plebeia, vulg'aris et rustica ; mais Ci:iie rustica f espèce de patois du temps de Cicéron et d'Auguste,

{ 13) nom qu'il conserva cl qui lui fut encore plus approprié long-temps après l'invasion des Barbares ; mais n'anticipons pas sur les événemens.

La langue latine était donc popularisée dans les Gaules quand, après environ quatre siècles de domination , l'empire romain , accablé sous le poids de sa propre masse, et percé au cœur par le vice d'élection de ses empereurs, fut assailli de tous côtés par des peuples étrangers que la vengeance et Tappât du

était bien différente de ce qu*a été la romana rustica des ti* et vii« siècles.

Une cbose assez curieuse serait de pouvoir découvrir comment les Romains prononçaient leur langue, et comment et quand cette prononciation s'est altérée chez les peuples modernes , au point que très certainement le latin serait tout-^-fait méconnaissable pour un ancien Romain , s*il pouvait revenir aa milieu de nous. A coup sûr, Virgile ouvrirait de grands yeux et rirait aux éclats, s'il entendait un Anglais lui réciter ainsi le premier vers de ses éclogues :

Tallire tiou pétieulé rikioubans seub togmine fédjal.

C'est cependant ainsi que les Anglais prononcent le latin. N'en rions pas, car nous, avec nos u flûtes , nos c cédilles, nos um et nos am prononcés fortement , etc. , etc* , nous ne serions sans doute pas moins ridicules aux yeux ou pour mieux dire aux oreilles des anciens Romains , s'ils pouvaient nous entendre parler ou plutôt baragouiner leur langue. Cet article de la prononciation antique du latin a été un objet de rechercbes et de discussions entre les savans; nous avons recueilli leurs opinions à cet égard ; nous les publierons un jour ; mais en attendant nous dirons que tous s'accordent assez volontiers sur ce point , que le c avait toujours , chez les Romains , la force

( 16 ) pillage précipitèrent sur le colosse qui finit par s'écrouler avec un fracas épouvantable.

Dès Tan 241 , les Francs et les Sicambres, venant de la Germanie , avaient fait une irruption dans les Gaules ; mais Aurélien les avait forcés à se retirer. En 287, les Salions commencèrent à s'établir sur les bords du Rhin. En 400 , Honorius permet à plusieurs tribus de Goths de se fixer dans la partie méridionale de la Gaule. En 406 , les Vandales , les Alains ,

dq ^;f ainsi ils prononçaient dico^ dikis , dikit; le/ conservait toujours sa force martellante, ar/i»^ arMtum; Tu se prononçait comme u?, ou^ et scion d'autres, ce n*était pas tout-à-fait comme ou, mais comme o bref; Vum^ Vam a la fin d'un mot, étaient des syllabes sourdes , muettes dont on faisait à peine sentir Vm^ Télision en poésie en est la preuve; il n'est pas certain que le v eût l'emploi de consonne que nous lui donnons, etc. , etc. Finissons ce léger aperçu par deux petites phrases latines que nous transcrirons ensuite selon la prononciation présumée des Latins :

In Latio decus prmunciationis et eloquentiae est Cicero, — Utinam Ciceronem audivissemus , Romani, ut prononciaremus voces vestras ut decet.

Voici comment on croit que les Romains auraient prononcé ces deux phrases :

In Lathio dekous pronwnkiathionis et eloquen-

ihiae est Kikero, — Outinam Kikeronem audi-

wissemous. Romani, out pronwnkiaremous wo-

kes westras out deket.

Les Italiens et les Allemands et surtout les Hongrois ont conservé une partie de cette prononciation.

{ ^7) les Suèves y pénètrent ; mais en 409 ils passent en Espagne. En 41 3, les Bourguignons , entrés par l'est , s'emparent du pays qui porte encore leur nom, et s'étendent des Alpes jusques à Lyon et Vienne en suivant les cours de la Saône et du Rhône. D'un autre côté , les Francs pénètrent par le nord dans les méméà Gaules vers 420 , et bientôt sous la conduite de Clodion ils sont déterminés à s'y fixer. Dans le même siècle et au commencement du sixième, Clovis réduit presque toutes les Gaules sous son autorité , et là monarchie française est établie sur des bases inébranlables.

Voilà donc une quantité de nouveaux peuples qui , s incorporant à l'ancien , mêlent nécessairement leurs divers idiomes avec celui qui dominait à leur arrivée , et qui consistait , comme nous l'avons dit , soit dans le latin pur, soit dans la rustique romane , et sand doute dans quelques débris de la celtique et de ses dialectes enracinés dans quelques lieux peu abordables ou négligés par les Romains, tels que le fond de TArmoriqué (1 ) ou Basse-Bretagne.

Mais de la confusion de tant d'idiomes , il était difficile qu'il se formât un langage unique ; et , selon l'expression d'un savant moderne ( M. de Sisinondi) , « on pourrait assurer que pendant un long espace de temps les nations européennes n'eurent point dé

( 1 ) Le mot breton jérmorique , mieux écrit Armorik , est composé de la préposition ar^ sur , et du substantif morik , dimunitif de mor, mer, c^est-a-dire situé sur le bord de la mer.

{ 18) langues. Des races différentes se mêlèrent sans se confondre ; chaque village , chaque hameau contenait quelque conquérant teuton , quelque soldat barbare et quelques vassaux , reste du peuple vaincu. Leurs rapports entre eux étaient ceux du mépris d'une part , et ceux de la haine de l'autre ; jamais de confiance ni d'abandon : » tout était isolé.

Le latin pur avait totalement disparu comme langue parlée ; mais comme langue écrite , il s'est conservé , grâces au christianisme (i) et à un faible reste

(1) Il faut cependant convenir qae si le cbristianisme a été favorable au maintien de la langue latine , il ne Ta pas toujours été a sa pureté ni à la conservation des auteurs classiques , car Grégoire-le-Grand qui a occupé le trône pontifical de 590 à 604 , témoignait hautement son mépris pour la grammaire et pour les trésors de la langue latine. « Je n'évite point les barbarismes , « disait-il, je dédaigne d'observer le régime des prépositions, «• ainsi que l'élégance et l'arrangement des mots, parce que je « regarde comme une cbose indigne de soumettre les paroles

(I de l'oracle céleste aux règles de Donat ', n ( f^ita

s. Gregoriij à Joan. Diacono, lib. iv. ) Ce même pape informé que Didier, évêque de Vienne, donnait des leçons de grammaire, lui en fît de vifs reproches: u Nous ne pouvons rappeler sans i< bonté, lui écrivait-il, que votre fraternité explique la gram- «maire k quelques personnes; c'est ce que nous avons appris « avec chagrin et fortement blâmé ; nous en avons gémi. Non, « la même bouche ne peut exprimer les louanges de Jupiter et (c celles du Christ. Considérez combien pour un prêtre il est <i horrible et criminel d'expliquer en public des livres dont un

«( laïc pieux ne devrait pas se permettre la lecture »

[Epist. 54, lib, n. 5. Greg. regisiri epistoiar.) On prétend

{ ^9) de , goût pour les lettres , dont quelques individus faisaient encore profession.

Dans le midi de l'Europe , depuis le Portugal jusqu'à la Sicile, toutes les langues connues sous la dénomination commune de romanes , naquirent du mélange du latin avec le teu tonique , c'est-à-dire du mélange du peuple subjugué devenu romain , avec les peuples barbares qui renversèrent l'Empire. Ces langues sont le portugais , l'espagnol , le provençal , le français et l'italien ; mais nous n'avons à nous occuper ici que du français.

Rappelons-nous que trois des peuples dont nous avons parlé plus haut , savoir, les Goths , les Bourguignons et les Francs s'établirent dans la circonscription des Gaules qui forme maintenant la France, Ajoutons que de ces trois peuples , les Goths et les Bourguignons se fixèrent dans la partie au midi de la Loire , et les Francs dans la partie qui est au nord

que le zèle de ce saint pape le porta à faire brûler tous les exemplaires de Tite-Livi qu'il put découvrir ; mais ce fait n'est pas avéré , quoique raconté par saint Antonîn ; au reste ce serait plutôt l'erreur du siècle que celle de cet illustre pontife. Croirait-on que dans les temps modernes, un célèbre professée^ de Louvain, Jean Hcssels, mort en 1566, s'écrie dans un jde ses ouvrages : u O utinam muUos Gregorios mitierei Dominuê! u Ferè eteiiim Magnus Gregorius omnes lihros quos potutt « habere TlTI-LlMI comburi jussù,,». Antiqua quoque gen- «< tilium aedificiOf quaecumque potuti, subvertit j ne essent relu

<( quiae et mefnoria idolorum » (Hesssls, brevis et ca-*

tholica dccal. expositio. P. 68.]

de ce fleuve. Depuis la conquête de ces derniers , aucun peuple du nord ne vint y former d'établissement fixe ; à l'exception cependant des Normands qui, en 912, occupèrent, par traité, une partie de la province à laquelle ils ont donné leur nom* Mais les incursions qu'ils avaient déjà faites en France les mirent bientôt au courant des mœurs , des usages et de la langue du pays.

La langue romane , commune aux trois peuples mentionnés ci-dessus , se divisa en deux principaux dialectes : le roman provençal parlé dans les provinces situées au midi de la Loire , et le roman wallon parlé dans les provinces situées au nord.

Le roman provençal , mélange de latin et de teutonique, se consolida pendant une suite de princes qui régnèrent sur la Provence l'espace de 213 ans, depuis 879, époque oii Boson se fit couronner roi d'Arles et soumit à sa domination la Provence, le Dauphiné, la Savoie, le Lyonnais et quelques parties de la Bourgogne , jusqu'en 1092, oîi cette maison s'éteignit dans la personne de Gillibert qui ne laissa que deux filles, dont l'une (nommée Douce) épousa Raymond Bérenger, comte de Barcelone. Alors les Catalans se mêlèrent avec les Provençaux; et il faut dire que des trois langues romanes que parlaient les peuples chrétiens d'Espagne ( savoir le catalan , le castillan et le galicien ou portugais ) , la première , le catalan, était presque semblable au provençal.

Le roman wallon , composé d'un mélange de latin ou plutôt de romane rustique avec le tbéotisque ,

langage des Francs , domina dans les provinces au nord de la Loire ; mais la fusion lente , pénible , ne put jamais se faire complètement, soit à cause de. la rudesse du théotisque , soit parce que , pendant la première race de nos rois , et au commencement de la seconde jusqu'à Charles-le-Chauve , le théotisque était presque exclusivement la langue de la cour (i) ; Charlemagne , tout porté qu'il était à dissiper les ténèbres de son siècle , parlait lui-même théotisque. Nous apprenons par Eginhard , son biographe et son gendre , que ce grand prince donna des noms aux mois de Tannée dans son propre idiome. Jusqua lui, les Germains avaient désigné les

(1) Il parait certain que la masse, le vulgaire des Francs resta fidèle à sa langue jusque vers le milieu du ix° siècle, mais sans cliercber, ni à la polir, ni a la faire prévaloir sur la romane, ni même ^ l'amalgamer avec elle. Cependant dès le v* siècle ils se conformèrent aux mœurs et aux usages qui existaient alors dans le pays. Car Agatbias, écrivain du vi* siècle, nous dit , dans son histoire de Justinien, de rébus Justiniani, lib. i : <{ Les Francs qui sont tous catholiques pratiquent non-seule- <( ment le culte de la religion de la même manière que les Ro- « mains ; non-seulement ils ont des lois et des usages semblables H aux nôtres concernant les ventes, les achats et le mode de « rendre la justice; mais il y en a encore plusieurs d*entre eux i( qui exercent dans les villes les charges municipales , et qui se « sont engagés dans Tétat ecclésiastique, » Malgré cela , leur langue en général résistait à toute fusion complète avec le roman wallon, tant la force de Thabitude attache le vulgaire à son idiome naturel.

mois par des mots en partie latins, en partie barbares. Voici un petit tableau qui présentera celte double nomenclature :

Noms Signification de l'ancienne Nouvelle nomenclature

des mois. nomenclature des Germains. de Charlemagne.

Jartieb — Hais d'hiver. .•,... — WiifTBBHAiiOHT.

FÉTBiBR — Mois de boue — Hobuuiik.

Mars — Mois du printemps • . . — Leuzirmahoit.

Atbil ...... — Mois de Pâques — Ostebmanoht.

Mai — Mois d*amoor — Whirehaiigit.

Juin — Mois brillant — Pbabmanoht.

Juillet — Mois des foins — Hewihaitobt.

AoDT -^ Mois des moissons .... — Abaubanobt.

Sbptbbbbe .... — Mois des rents — Wirtohanoit.

Octobbb ..... — Mois des vendanges ... — Winoubmebaroht.

Notbbbbe .... — Mois d'automne — Herbisthanobt.

Dêcbbbbe ....—- Mois d'enfer — Hilhahobt.

Charlemagne inventa également pour chacun des douze vents une dénomination particulière ; avant lui on n*en distinguait que quatre. Il nomma celui d'est Ostroniwint , celui du sud Sundroni , celui de sud-est Sundrostoni, etc. Ce même prince, tou^ jours selon Eginhard, avait commencé une grammaire de sa propre langue, inchoavit et grammaticam patrii sermonh. V. Duchesne , Hist. Francor. , iom. 2, p. 103 (1).

(1) Malgré son attachement à l'idiome maternel, ce prince devait être instruit dans la langue romane , et même dans la langue latine. Au reste , dès la première race, nous voyons de nos rois francs, familiarisés avec le latin , et même s'occuper de quelque amélioration dans la langue vulgaire: par exemple, Charibert, roi de Paris en 561 (mort en 567)^ parlait tiès-bien latin, si

Il est donc certain que le théotisqae était la langue dominante à la cour ; mais en même temps le peuple conservait Tusage de la romane rustique ; ou pour mieux dire les deux langues se parlaient simultanément, avec toutefois quelques rapprochemens de Tune à Tautre, c'est-à-dire que des mots de la romane s'introduisaient dans la théotisque , et des mots de la théotisque s amalgamaient à la romane ; mais le fond de chaque langue restait à

Ton s*en rapporte aux louanges que lui donne le poète Fortunat, Hb, \i , carm. 4. II lui dit :

Cùm sis progenitas de clarà gente Sicamber , *F]oret iD eloquio lingua latina tuo.

Qaalis es in proprià docto sermone loquelà , Qui nos romano vincis in eloquio !

Grégoire de Tours [liv, v, eh. AÂ), et Aimoin (liv. m, ch. 40) , nous apprennent que Chilpëric, prince instruit, qui régna de 567 ^ 584 , rendit plusieurs ordonnances relatives k la langue. Ce prince fit ajouter h l'alphabet quatre lettres grecques, savoir, selon Grégoire, Yomicron, le psi, \e zêta et leitu; et, selon Aimoin, le thêia, \tphif le xi et Voméga, Mais Fanchet qui en parle dans ses Antiquités gauloises , p. 225, et dans son traité de Vorigine de la langue et de la poésie française^ prétend, d'après un manuscrit du xii® siècle, cité par Pithou, que ces quatre lettres étaient l'oméga des Grecs, le cheth, le teth et le zaïn des Hébreux. D'après cette conjecture, on pourrait croire que ces caractères furent introduits dans le tbéotisque pour des sons qui lui étaient particuliers^ et non dans le latin qui avait suffisamment de caractères. Au reste, il ne serait pas surprenant que Chilpéric eût emprunté des caractères à Talphabet hébraïque: il y avait beaucoup de Juifs à sa cour, surtout un nommé Prise qui était son intime favori.

chaque peuple , de sorte que la théotisque était parlée par les Francs et à la cour, tandis que la ron^ane Tétait par le reste du peuple. La preuve la plus évictente de l'usage journalier et simultané de ces deulL langues se trouve dans l'article 47 du concile de Tours, tenu en 813, lequel a7ticle recommande à chaque évéque d'avoir les homélies des SS. Pères , traduites en romane rustique et en théotisque, pour que le peuple puisse mieux les comprendre : Visum est unanimitati nostrae , disent les Pères du concile, ut quilibet episcopus habeat homilias conftnentes neœssarias admonittones quibus subjecti

erudiantur et ut easdem homilias quisque

apertè transferre studeat in rusticam romanam linguam , aut theotiscam , quo faciliùs cuncti possint intelligere quae dicuntur. V. acta concilio- RUM, Parisiis, ètyp. reg. 1715, 11 vol. en 12 tom. in-foL, vol. lY, ab anno 787 ad ann. 847, col. 1025. — Le concile de Reims de la même année prescrit la même chose aux évéques et aux prêtres ; et des expressions semblables se retrouvent dans le second chapitre du premier concile de Mons , tenu en 847 par l'archevêque Raban. Vid. acta concil., tom. V, col. 8. G. Rien ne démontre mieux que la romane rustique et le théotisque étoient les seules langues entendues et parlées par chaque peuple. L'un de ces peuples était devenu presque entièrementétranger à la langue latine; et l'autre ne l'avait jamais connue. Cependant ces deux langues , tout en éprouvant chaque jour quelques modifications, dominèrent jus-

que sous la seconde race, c'esl-à-dire jusqu'au moment où le partage entre les enfans de Louis-le- Débonnaire, vers 840 ^ vint les séparer pour jamais. Le roman wallon resta en France avec Charles-le- Chauve , roi de France ^ et la théotisque suivit en Allemagne Louis son frère , roi des Germains.

Tant que la cour de nos rois se tint à Aix-la-Chapelle , la théotisque l'emporta sur la romane ; mais aussitôt que. cette cour fut transférée et fixée à Paris, ce changement influa sui^ le génie , ou plutôt sur le matériel de la langue qui y étoit en usage. Les mots théotisques, s'amalgamant avec la romane , perdirent de leur apreté, et ne produisirent d'autre e£Pet sur

cette langue que de lui donner une physionomie encore plus différente que celle qu'elle avait déjà avec la langue qui se parlait dans le Midi (le provençal ) , et qui était , dans le fond , à-peu-près la même, car l'une et l'autre avaient pour base la romane , n(iais prononcée et orthographiée différemment. Nous observerons que cette différence de prononciation et d'orthographe annonce qu'il n'existait pas beaucoup d'union entre ces deux grandes portions de la Gaule. C'est surtout depuis le couronnement deBoson , roi d'Arles , en 879, dont nous avons déjà parlé , que la France romane fut partagée Vn deux nations qui demeurèrent, pendant quatre siècles , rivales et indépendantes. Ces provinces semblaient destinées à être toujours habitées par des races différentes. César avait déjà remarqué de son temps que les Aquitains différaient des Celtes par la

langue, les mœurs et les lois; et la division des deux monarchies , bien établie à la fin de la dynastie Carlovingienne, ne fit peut-être que confirmer une division plus ancienne entre ces peuples. Leur langage , quoique formé des mêmes élémens, difiîéra toujours davantage. Les peuples du Midi se nommèrent Romans provençaux, et leur langue prit le nom de LANGUE doc; los peuples du Nord ajoutèrent au nom de Romans qu'ils prenaient , celui de Waelclies ou Wallons que leur donnaient leurs voisins (1), et leur langue s'appela langue d'oïl ; c'est ainsi qu'on appelait alors l'italien la langue de si , et l'allemand la langue de ya. Ces dénominations pro-

(1) Ce sont les peuples Germaios qui donnaient a tous les Occidentaux, Bretons, Gaulois ou Italiens, le nom de Wael^ ches, fF'eUke on fp^elche. Ils appelaient langue loelsche, la langue latine, et population loehche, les indigènes de la Gaule au milieu desquels vivaient les Francs. Voltaire a donc tort d'employer ce mot dans le sens de barbare ; car dans la langue d*oii ce nom provient, il servait à désigner les peuples dont la civilisation était le plus avancée.

Le mot walU ou tvale est le substantif d*oii vient Tadjectif waîsk ou weîske , ou welsche^ dans les anciennes gloses de 4a loi salique, on se sert de ce mot pour traduire le mot latin romani ; et sur les frontières des deux pays distincts par le langage allemand et le langage français, on se servit, au dixième siècle et depuis , du mot wallons pour signifier les l^rançais, et du mot thiois ou teutske pour désigner les Allemands.

viennent de Taffirmation oui, exprimée dans chacun de ces idiomes.

Cependant la langue française , quoique divisée en deux branches nourries par une sève commune , commence à se former et à prendre un caractère à elle. Bientôt elle aura sa grammaire à elle, c*est-àdire ses principes , ses règles , une méthode , dont ne s'écarteront pas les premiers poètes qui la cultiveront , savoir les troubadours d'abord dans le Midi, puis ensuite les trocverbs dans le Nord. Ce n'est pas que cette grammaire ait été écrite dans ces temps reculés , mais il était réservé à un savant moderne de nous montrer ces principes que Ton ignorait totalement (1); oui, la langue romane méridionale ( dont les premiers essais et les écrits des x', xi« et

(I) Cependant oons dirons que, plus de 70 ans avant le savant moderne dont nous parlons, Pluche, dans son Spectacle de la nature, tom. vu, p. 249, semble avoir eu une espèce de pressentiment de ces principes, lorsqu'il dit : « Quoique Tortho- « graphe de ces siècles (les x^etxi*) ne soit pas régulière, et » que les copistes n*y gardent pas toujours une exacte unifor- «I mité , ce n*est point par négligence que nous voyons terminer M tant de mots par un s ou par un z que nous n'j mettons plus , u comme dans créés, pardurables, sains, espiriz. Créez res- «: semble bien plus au latin creatus que créé ; perdurabhb reste semble au mot perdurabilis, uns a unus et sainz à sanctus^ u espiriz à spiritus, etc. » Voilà tout ce que nous dit Pluche ; il y a loin de cette remarque unique, sèche et sans inductions , aux démonstrations grammaticales , si claires , si multipliées , si bien prouyées de M. Raynouard.

xn" siècles sont pour nous un jargon presque inin^ telligible), avait ses règles fixes et ses principes aussi positifs et aussi clairs que ceux de la langue française actuelle exposés dans la grammaire desWailly, des Lhomond ^ etc. Quiconque douterait de cette lérité s'en convaincra en lisant attentivement l'ouvrage le plus érudit et le plus détaillé qui ait paru sur cette paitie. Nous l'avons déjà cité dans une note précédente; c'est le choix des Poésies ori^ ginales des troubadours, par M. Raynouard , membre de l'Institut, etc. Paris, chez Firm. Didot, 1816-1822, 6 vol gr. tn-8" (1). On voit dans

(1) Ce titre modeste ne fait pas connaître suffisamment toute rimportance de ce bel ouvrage ; on en aura une idée plus juste et plus complète par le détail suivant des titres spéciaux de cbaquc volume.

Tome i^', contenant les preuves historiques de la langue romane, des recberclies sur Torigine et la formation de cette langue, les élémens de la grammaire avant Fan 1000, la grammaire de la langue des troubadours.

ToHB II , contenant des dissertations sur les troubadours , sur les cours d'amour, etc.; les monumens de la langue romane jusqu'à ces poètes, et des recherches sur les différens .genres de leurs ouvrages.

Tome m, contenant les pièces amoureuses tirées de soixante troubadours, depuis 1090 jusques vers 1S60.

Tome iv , contenant des tensons , des complaintes historiques , des pièces sur les croisades , des sirventes historiques et autres, des pièces morales et religieuses.

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